Verbes déplacement..

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Oct 21, 2013 (4 years and 19 days ago)

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1

LINGUISTIQUE ET TRADUCTION

: LE CAS DES VERBES DE DÉPLACEMENT



Introduction

: quelques concepts théoriques

Notre point de départ sera théorique, et nous partirons d’une double interrogation

: comment un événement, au sens
linguistique du terme (passage dy
namique d’un état de départ à un état d’arrivée), est
-
il
conceptualisé
, c’est
-
à
-
dire
comment, chez le locuteur, sont assignées des limites, des frontières, à ce qui en dernière analyse, n’est qu’un
continuum de perception

? D’autre part, quels sont les moy
ens linguistiques dont disposent les langues pour mettre
en rapport des structures syntaxiques et les concepts

choisis pour rendre compte de l’événement en question

?

Le cas des verbes de déplacement nous a paru doublement intéressant

; même s’il n’est pas

dans nos intentions
(ni d’ailleurs dans nos compétences) d’apporter une réponse même partielle à la première question, ces verbes, dont
on peut dire sans trop de risque d’erreur qu’ils font partie, cognitivement parlant, des plus saillants, nous fournisse
nt
une excellente occasion pour, dans le cadre de la deuxième question posée, procéder à quelques comparaisons que
nous espérons fructueuses entre les moyens dont disposent deux langues
a priori
aussi proches que l’anglais et le
français pour lexicaliser l
es événements une fois ces derniers perçus et conceptualisés.

Examinons donc, indépendamment de toute langue particulière, les composantes conceptuelles d’un événement de
type “

déplacement

”. Selon Talmy 1985, dans un article fondateur, ces composantes so
nt au nombre de six, dont
quatre “

internes

” à l’événement, et deux “

externes

”.

Tout événement de ce type suppose la présence d’une entité (terme choisi à dessein pour son acception plus large
que celle de “

objet

”) qui se déplace, et qui, en linguisti
que cognitive, est appelée
figure
(certains
spécialistes conservent le terme de “

figure

” en français)

;

Cette entité se déplace par rapport à un point ou lieu de référence, lui
-
même fixe, appelée
ground
, traduit
parfois par “

fond

”, parfois par “

arrièr
e
-
plan



; aucune de ces deux traductions ne nous paraît satisfaisante
en français, dans la mesure où il peut précisément s’agir d’un simple point

;

Tout déplacement suppose un chemin, une trajectoire (
path
) suivie par la “

figure

” par rapport au fond

;

F
inalement, la dernière composante “

interne

”, est la présence en soi du mouvement lui
-
même (
motion
).


Les deux composantes dites “

externes

” sont ainsi nommées en raison du fait qu’elles peuvent elles
-
mêmes être
conceptualisées comme des événements sépa
rés. Ce sont

:

La manière (
manner
)

;

La cause (
cause
).


À ce stade, il n’est pas inutile d’apporter quelques précisions et commentaires. D’une part, la dichotomie
fondamentale
figure / ground
a beaucoup de points communs avec la dichotomie
repère

/
repéré

(ou plus
précisément, en l’occurrence, respectivement repéré / repère) telle qu’elle est utilisée par les linguistes anglicistes
français, en particulier ceux qui travaillent dans le cadre de la Théorie des Opérations Énonciatives (T.O.E.)

; elle ne
lui es
t pas pour autant superposable. D’autre part, la différence entre
figure
et
ground
se ramène à une différence de
saillance cognitive. Dans la fameuse image reproduite ci
-
après (Fig.1), due au psychologue danois Rubin, on sait que
l’on peut alternativement
percevoir comme “

figure

” un vase noir sur un fond (
ground
) blanc, ou bien deux profils
blancs sur un fond noir

:



Fig.1

Bien évidemment, nous sommes ici dans un cas limite, où les deux entités sont susceptibles d’échanger leurs
rôles à l’infini. Mais, d
ans une situation classique, on observe des corrélations fortes entre certains critères extra
-
linguistiques et cette notion de saillance cognitive, en particulier le trait {+animé} (on ne dira pas par exemple “

?le
champ contient le fermier

”, mais “

le fe
rmier est dans le champ

”, la bizarrerie de la première version, parfaitement
grammaticale par ailleurs, tient uniquement à ce décalage entre les statuts de
figure
et
ground
d’une part, et d’autre
part les propriétés notionnelles des deux entités en cause)
. Lorsque les deux entités ont le même statut par rapport à
ce critère (ex.

:



?la table est sous le livre


vs



le livre est sur la table

”), ce sont d’autres critères physico
-
culturels
qui vont jouer

; dans le cas d’espèce, c’est la taille relative, et

surtout l’aptitude du livre à être déplacé par rapport à
la table plutôt que l’inverse. On voit que la mobilité est un critère déterminant, et c’est une des raisons pour
lesquelles nous nous intéressons en priorité aux verbes de mouvement.


2

Cependant, il
nous faut également faire une autre remarque, que le lecteur attentif a peut
-
être déjà formulée à la
lecture de ce qui précède

: l’opposition
figure
/

ground
n’est pas réductible au seul événement “

mouvement



; on
aura remarqué dans nos deux exemples pré
cédents que les cas de simple localisation spatiale, sans déplacement,
relèvent également de cette problématique. Il faudra donc compléter nos définitions comme suit

: la “

figure

” se
déplace
ou est localisée

par rapport au “

fond

” qui peut donc servir d
e
site
en l’absence de trajectoire. Le
mouvement, quant à lui, subsumera la
localisation spatiale
. Dans tout ce qui suit, nous traiterons donc les verbes de
localisation spatiale (et en particulier la série
stand
,
sit
,
lie
,
hang
) comme des cas particuliers

de verbes de
déplacement, au sens où nous ferons de leur invariant sémantique, non pas la stativité, mais l’absence de tout
dynamisme.

1.

Lexicalisation des composantes conceptuelles du déplacement

Observons à présent quelques exemples artificiels, afin
d’illustrer ce qui vient d’être posé

:

The pencil rolled off the table

The pencil blew off the table

The pencil lay on the table

The pencil stuck on (to) the table (after I glued it)

Dans ces quatre énoncés,
pencil
fonctionne comme “

figure

”, et
table

com
me “

fond



; dans les quatre, c’est la
préposition qui lexicalise, soit la trajectoire pour [1] et [2], soit le site pour [3] et [4]. Quant aux verbes, qui font
l’objet de cette étude, ils lexicalisent non pas une des composantes conceptuelles définies pl
us haut,
mais deux

: le
mouvement ou la localisation, dans les quatre cas ([1] et [2] pour le mouvement, [3] et [4] pour la localisation), et la
manière ou la cause ([1] et [3] pour la manière, [2] et [4] pour la cause). Il est crucial de bien apprécier la

portée de
ce dernier point

: l’anglais est une langue où le verbe est susceptible (voir plus bas) de lexicaliser à la fois la présence
même du mouvement (composante interne) et la manière ou la cause de ce même mouvement (composante externe).
La trajectoi
re, en revanche, est lexicalisée séparément, en l’occurrence dans nos deux exemples par la préposition.
En schéma

:

Fig.2

Figure

Ground

Path


Motion


Manner / Cause



X


X



X





V


Nous avons représenté par



X

” les catégories lexicales correspondant en surface aux composantes conceptuelles
mises en évidence pour bien montrer qu’elles sont des variables

; par exemple, la trajectoire n’est pas forcément en
surface une préposition, même si c’est le cas le plus
fréquent et le plus visible. Ce peut aussi bien être un adjectif

:

The gate squeaked
open

on its hinges

De même, il est des cas où la “

figure

”, en principe autonome, peut se combiner au mouvement, comme dans

It
rained

in through the bedroom window

I
spa
t

into the cuspidor

Ceci n’est pas un cas standard dans une langue telle que l’anglais, mais ce type d’incorporation (
conflation
) est le
cas majoritaire dans certaines langues (Talmy 1985 cite comme exemple type l’Atsugewi, une langue indienne de
Californi
e du Nord). Et, de fait, il est possible de dégager une typologie des langues du monde en fonction du type de
fusion qu’opère le verbe. Nous venons de décrire l’incorporation “

figure

” + “

mouvement

”, nous n’y reviendrons
pas car elle est trans
-
linguisti
quement assez minoritaire

; en revanche, la fusion schématisée fig.2 est caractéristique
de très nombreuses langues au monde, dont il est intéressant de constater qu’elles appartiennent à des familles
génétiques très différentes

: l’anglais et les langues
germaniques, le chinois, les langues slaves, les langues finno
-
ougriennes (qui n’appartiennent pas, comme on le sait, à la famille Indo
-
Européenne). Et il existe une autre grande
famille, où le verbe lexicalise une incorporation “

trajectoire

” + “

mouveme
nt

”. En schéma

:


Fig.3

Figure

Ground

Path


Motion


Manner / Cause



X


X



V




X


3


Ces langues sont les langues sémitiques (arabe et hébreu), le japonais, la plupart des lan
gues bantoues, et (
last but
not least
),
toutes les langues romanes
. On pourra vérifier sur un autre exemple fabriqué, et sa traduction

:


Fig.4


Bill



ran




out of the room





Figure

Motion Manner


Path


Ground



Bill


est sorti


en courant



(de) la pièce


Autrement dit, le verbe dans les deux langues lexicalise la présence du mouvement, mais l’anglais incorpore à ce
mouvement la manière (ou la cause), lexicalisant séparément la traje
ctoire, là où le français lexicalise séparément la
manière (ici, au moyen d’un gérondif), en raison du fait que son verbe principal incorpore la trajectoire. Deux
remarques s’imposent ici

:



Tout d’abord, on peut apporter une précision importante au fame
ux principe du “

chassé
-
croisé

”, un cas
particulier de la technique de traduction dite “

transposition

” (voir Vinay & Darbelnet 1958, Chuquet & Paillard
1987). On vérifiera sur notre schéma que c’est en fait la composante “

mouvement

” qui va aller fusi
onner avec
la trajectoire dans le cas du français, mais avec la manière dans celui de l’anglais, laissant dans les deux cas
l’autre composante se lexicaliser sur un morphème ou un syntagme autonome.



D’autre part, on peut également mieux expliquer pourqu
oi on a généralement l’impression que le français


ajoute quelque chose

” dans ces cas. Sémantiquement, comme on le voit sur le schéma, rien n’a été ajouté,
toutes les composantes conceptuelles trouvent une correspondance lexicale dans l’une et l’autre la
ngue

;
cependant, syntaxiquement, le verbe prend un
complément

(au sens strict) prépositionnel en anglais, mais en
français, le gérondif “

en courant

” est en position de circonstant, nécessitant donc une
adjonction

(au V’ pour
être précis), et alourdissan
t ainsi la structure.

2.

Conséquences

: une typologie stylistique

?

Même si le modèle théorique cognitif qui les sous
-
tend est, à notre sens, trop mal connu en France, ces mécanismes
sont, somme toute, assez bien connus intuitivement. En revanche, on n’en

a pas développé toutes les conséquences,
qui sont d’une très grande portée

: ce qui semble se jouer en effet, c’est la manière même d’appréhender et de décrire
les événements dans l’une et l’autre langue.

2.1.

Manière et mouvement

Bien entendu, anglais c
omme français disposent des ressources lexicales et syntaxiques pour calquer le
fonctionnement de l’autre langue, par exemple

:

Bill a couru hors de la pièce

Bill went out of the room running

Les énoncés ainsi obtenus sont parfaitement grammaticaux au sens

étroit du terme (ils répondent à toutes les
règles de bonne formation dans l’une et l’autre langue). Il n’empêche qu’ils sont très improbables, et semblent tout
droit sortis d’un logiciel de traduction… Comme sont très improbables les traductions des énon
cés suivants, d’une
simplicité qui cache des problèmes redoutables

:

The bird flew in through the open door

The snake crawled across the sidewalk

Va
-
t
-
on, si l’on applique mécaniquement la règle du chassé
-
croisé, traduire “

?L’oiseau est entré par la porte

(ouverte) en volant

”, ou bien “

?Le serpent a traversé le trottoir en rampant



? Encore une fois, ces énoncés,
parfaitement bien formés, sont extrêmement improbables

; on aurait tout simplement “

L’oiseau est entré par la
porte

”,



Le serpent a travers
é le trottoir

”, c’est
-
à
-
dire que le français se contentera de lexicaliser la trajectoire,
laissant au destinataire le soin d’inférer du contexte la composante “

manière

”. En l’espèce, les propriétés
notionnelles des actants des processus en cause seront
cruciales à l’interprétation. On notera par ailleurs que, à
l’inverse, en anglais, un énoncé tel que

[8’]

?The bird came in through the open door


4

serait également ressenti comme tout aussi improbable

; l’impression serait que l’oiseau est entré d’une mani
ère
inhabituelle (à pied

?). La conclusion s’impose d’elle
-
même

: l’incorporation “

manière

” + “

mouvement

” est en
anglais, et dans toutes les langues de sa famille typologique,
l’option par défaut
. En français, cette même option par
défaut est de ne pas

lexicaliser la composante “

manière

”, sauf si elle est cognitivement saillante, et par conséquent
non
-
inférable à partir du contexte

; ainsi,

[8’’]

The bird hopped in through the open door

est
-
il directement traduisible, sans gêne aucune, en appliquant
le chassé
-
croisé

: “

L’oiseau entra par la porte en
sautillant

”.

Il n’est pas, dans ces conditions, difficile de prédire que, dans une langue du type de l’anglais, on trouvera un
lexique beaucoup plus riche en verbes incorporant la manière au mouvement.
Tout angliciste connaît cette difficulté

:
par exemple, dans un seul chapitre de
The Hobbit
, on a dénombré 25 verbes différents

:
clamber
,
climb
,
crawl
,
creep
,
fall
,
flee
,
fly
,
jump
,
leap
,
limp
,
march
,
push

(through)
,
roll
,
run
,
rush
,
scatter
,
scramble
,
sc
uttle
,
slide
,
step
,
swarm
,
sweep
,
swing
,
swoop
,
trot
. Il y en a moins de la moitié utilisables en français… Nous avons pour notre part ouvert un
dictionnaire bilingue (Robert & Collins Senior), et regardé combien de verbes anglais étaient donnés pour le se
ul
verbe “

entrer

” en français. Nous en avons, rien que dans la première rubrique, dénombré 9 (
come, go
,

get
,

walk
,

slip
,

run
,

drive
,

burst,

le tout associé à
in
, bien entendu). La même tendance est observable dans les autres langues de
la famille typolog
ique de l’anglais (voir Slobin 1996, 1997, 2000). Par ailleurs, le lecteur attentif aura sans doute
noté qu’il manque le 9
e

verbe à la liste citée plus haut. En l’occurrence, il s’agit de
enter
, ce qui nous fournit
l’occasion de préciser que l’anglais disp
ose bien d’une série de verbes incorporant, comme en français, mouvement
et trajectoire

; outre
enter
, on peut citer
exit
,
pass
,
rise
,
descend
,
return
,
separate
,
join
… Mais on aura remarqué que
ce sont tous (à l’exception notable de
rise
) des emprunts au f
rançais.

Il est temps d’observer à présent des exemples authentiques. Nous en avions de trois sortes dans notre corpus

: bien
entendu, dans l’optique de traduction universitaire où nous nous situons pour cette étude, nous avons relevé en
majorité (voir bib
liographie) des exemples traduits dans les deux sens. Mais les traductions directes posent des
problèmes, en particulier celui de la contrainte exercée sur le traducteur par l’original. C’est pourquoi nous avons
également travaillé sur deux autres sources,

d’une part quelques articles de presse traitant des mêmes événements
dans les deux langues, d’autre part un corpus de récits oraux spontanés obtenus de locuteurs de différentes langues et
de différents âges (de 3
-
4 ans à adultes) à partir de la descriptio
n d’une histoire dessinée.

On peut, sans trop de risque, prédire que, lors du passage de l’anglais au français, le traducteur aura une forte
tendance à effacer les composantes “

manière

” incorporées aux verbes, lorsque le contexte est suffisant pour que
ces
composantes soient inférées par le lecteur francophone. Ainsi

:

… the two of them
walking into the house

and
up to the wheelchair
,…
(William Faulkner,
Hog Pawn
,
1955)

[10’]


pour
entrer
avec lui
dans la maison
,
se diriger vers le fauteuil roulant
,…

Pe
rhaps she had it,
walking back out to the street

with him five minutes later,…

(ibid.)

[11’]

Peutêtre l’avaitelle, cette détermination, lorsque, cinq minutes plus tard,
elle ressortit avec lui dans la
rue


I
steamed past

prudently, then stopped the engine
and let her
drift down
.
[HD]

[12’]

Je
passai

prudemment, puis stoppai les machines et laissai le vapeur
redescendre avec le courant
.

So Dori actually
climbed out of the tree

and let Bilbo
scramble up

and stand on his back
. [H]

[13’] Dori
descendit donc jus
qu’à terre

afin de permettre à Bilbo de
grimper

sur son dos et de se dresser
sur ses épaules.

Il est inutile de multiplier les exemples

: il s’agit véritablement ici d’une tendance “

lourde

” lors du passage
anglais français. Notons la différence entre le
s deux verbes de l’exemple [12]

: le premier a été “

neutralisé

” de la
façon que nous venons de définir, mais pas le deuxième, où la manière est pertinente pour le récit. Plus important,
remarquons également l’utilisation de
climb
à l’exemple [13]

; tout
se passe comme si en soi, il n’était pas


directionnel

”, mais renvoyait seulement à “

une certaine façon de se déplacer en s’aidant des quatre membres, sur
une surface non
-
horizontale

” (on peut également, du reste, avoir
climb down
). C’est une autre ten
dance lourde qui se
dessine ici

: dans un contexte approprié, l’anglais peut associer à la trajectoire n’importe quel verbe, même si celui
-
ci
n’est pas “

directionnel

”. Ne l’étaient ni
fly
,
crawl

ou
steam
dans les exemples précédents, ni
dance
dans des
én
oncés comme
they danced out of the room
, et l’on peut même aller jusqu’à trouver des verbes qui non seulement
ne sont en rien directionnels, mais sont même parfaitement statiques

:


5

There was also Eddie’s hundred
-
and
-
fifty
-
dollar wristwatch they were paying

on, and luckily Eddie wasn’t
wearing it now (he was wearing his cheap one), because
he didn’t wear the good one to work
.
(Patricia
Highsmith,
Those Awful Dawns
, in
Slowly, Slowly in the Wind
, 1979)

Là où
wear
, associé à une préposition de type statique co
mme
at
(cf. [14’]
he didn’t wear the good one
at

work
),
n’est nullement interprétable comme un événement de type “

déplacement

”, dans [14], il faudra le traduire par “

il
ne portait pas la neuve
pour aller au travail

”, où l’on notera que l’on a transposé

la préposition en prédicat séparé,
mécanisme que nous détaillerons dans notre prochaine partie.

Mais regardons à présent ce qui se passe dans l’autre sens, au passage français anglais. Là, on peut s’attendre en
toute logique à ce que le traducteur soit a
u contraire amené à
rétablir

les indications de manière, sous peine que sa
traduction ne ressemble trop à… une traduction

! À nouveau, le corpus va dans ce sens

:

A huit heures quarante, Phileas Fogg et son domestique prirent place dans le même compartimen
t. A huit
heures quarante
-
cinq, un coup de sifflet retentit, et
le train se mit en marche
. [80j]

[15’]

Phileas Fogg and his servant seated themselves in a first
-
class carriage at twenty minutes before nine;
five minutes later the whistle screamed, and
the
train slowly glided out of the station
.

Le Parsi se jucha sur le cou de l’éléphant, et à neuf heures l’animal, quittant la bourgade,
s’enfonçait par le
plus court dans l’épaisse forêt

de lataniers. (
ibid
.)

[16’]

The Parsee perched himself on the elephant’s

neck, and at nine o’clock they
set out from the village
,
the animal
marching off through the dense forest

of palms by the shortest cut.

Mais des cris, des clameurs et même une balle,
perçant le chapeau de Phileas Fogg
, leur apprirent que la
ruse était déc
ouverte. (
ibid
.)

[17’]

But the cries and noise, and a ball
which whizzed through Phileas Fogg’s hat
, apprised them that the
trick had been discovered.

La comparaison d’articles de presse traitant des même sujets

donnera les mêmes résultats

: voici par exem
ple, mis
en parallèle, des extraits d’un article de
Libération

et d’un article du
Daily Telegraph

du même jour (21/9/2000)
racontant l’évasion de deux otages sur l’île de Jolo, aux Philippines

:

[18]

…les deux Français
marchent de nuit dans la jungle

[…] “

On
avançait

à la queue leu leu,…

” […]
On en a profité,
on s’est projeté

et on s’est planqué derrière une maison […] Les deux hommes …
partent
en courant sur la route
, […] Les deux fuyards
rejoignent alors la route
… puis sont interceptés par un
bataillon
militaire…

[18’]
…forced them
to flee through the jungle

[…] “We were
walking

in single file on narrow paths” […] In
that big mess
we

jumped to one side
… […]

After that
we ran down the road
. […] …before
leaping out

to stop a vehicle carrying troops.


La mê
me tendance se vérifie sur les histoires racontées par des locuteurs francophones de tous âges à partir d’une
histoire dessinée. Là où par exemple on aura en anglais

an owl flew out of here
[3 ans],
the owl popped out
[5 ans],
an owl flew out of the hole i
n the tree

[adulte], on aura en français

: “

puis après le hibou i sort de son trou

” [3 ans],


uN hibou sorta (
sic
) de ce trou

” [7 ans], “

le hibou sort de l’arbre

” [adulte]

: très régulièrement, on observe la
fusion “

manière

” + “

mouvement

” même ch
ez des sujets très jeunes. Les études psycholinguistiques montrent, en
fait, que ce type de vocabulaire est acquis à un stade très précoce par les jeunes anglophones. Slobin (2000) cite 18
verbes relevés dans le vocabulaire d’une enfant américaine de 3 ans

non encore scolarisée

; la liste donne le vertige

:
boom
,
bump
,
climb
,
crawl
,
creep
,
dive
,
fall
,
flop
,
jump
,
run
,
ski
,
skid
,
sled
,
slide
,
slip
,
swim
,
tumble
,
walk
.

Par comparaison (Slobin,
op. cit.
), le vocabulaire d’un enfant francophone au même âge para
ît d’une grande
pauvreté, avec en tout et pour tout 6 verbes (courir, faire du ski, glisser, nager, sauter, voler).

Nous terminerons cette partie en revenant sur les verbes de localisation spatiale, dont nous avions dit au tout début
qu’ils étaient à trait
er comme un cas particulier de verbes de déplacement. Quelques exemples

:

Sur la cheminée,
une pendule électrique

correspondait avec la pendule de la chambre à coucher de Phileas
Fogg, et les deux appareils battaient au même instant, la même seconde
.
[80j]

[19’]

Electric bells and speaking
-
tubes afforded communication with the lower stories; while on the mantel
stood

an electric clock
, precisely like that in Mr. Fogg’s bedchamber, both beating the same second at the
same instant.

Le paquebot
était là

fumant
, prêt à partir. Passepartout n’avait que quelques pas à faire. (ibid.)


6

[20’]

The steamer
lay

puffing alongside the quay, on the point of starting. Passepartout had but few steps to
go;

She
stood

watching him, for he was a very graceful young man, thinking

that tomorrow morning he would
gaze soberly at his spoiled hat and soggy shoes and possibly associate her with his misery.
(Katherine
Ann Porter,
Theft
, 1935)

[21’]

Elle
resta un moment

à le regarder, car Camilo alliait la jeunesse et la grâce, tout en pe
nsant que,
demain, une fois dégrisé, il penserait à elle, contemplant son chapeau tout abîmé et ses chaussures trempées
et l’associerait peut
-
être en pensée à son infortune.

His brother John was
sitting

here on a chair, talking to two other men. He had gro
wn fat, and
sat

with his
hands on his knees like a chief.

(Alan Paton,
Cry, the Beloved Country
, 1948)

[22’]

Son frère John
était là, assis sur une chaise
, à parler avec deux autres hommes. Il était devenu gras, et
se tenait

dans une position de chef, main
s sur les genoux.

On vérifiera dans tous ces exemples (et des dizaines d’autres dans nos différents corpus) qu’il s’agit là de la
même tendance lourde du français à neutraliser la manière lorsque celle
-
ci n’est pas mise au premier plan, et donc
pertinente

narrativement (en gros, lorsqu’il est pertinent que la position assise s’oppose, par exemple, à une position
debout ou allongée). Dans l’exemple [22], cette pertinence est vérifiée sur la première occurrence de
sit
, mais pas sur
la deuxième

; toute répéti
tion de “

être assis

” serait extrêmement lourde en français.

Une dernière remarque avant de conclure cette partie

: la même règle vaut pour des exemples (très fréquents)
comme

:

If the bus stopped here, Rose thought,
looking down over the side
, she woul
d get up. The bus stopped, and
she rose.
(Virginia Woolf,
The Years,
1937 [CAPES 2000])

As she stood there,
looking down at the water
, some buried feeling began to arrange the stream into a
pattern.
(
ibid.
)

Car le regard doit être envisagé métaphoriquement

comme un déplacement, et
down
comme lexicalisant la
manière. Il n’est donc pas surprenant que le français soit amené également à neutraliser

:

[23’]

Si le bus s’arrête ici, se dit Rose, penchant la tête pour regarder à l’extérieur…

[24’]

Tandis qu’elle s
e tenait là à contempler l’eau…

2.2.

Trajectoires et mouvement

Dans cette partie, nous nous intéresserons de plus près à la lexicalisation de la composante “

trajectoire

” dans l’une
et l’autre langue. Nous avons vu qu’elle était en français incorporée au
verbe même, là où en anglais elle était
lexicalisée en surface par un morphème autonome ou un syntagme séparé. Les choses seraient beaucoup trop simples
si elles devaient s’arrêter là

; car une des caractéristiques de l’anglais est l’omniprésence des traje
ctoires complexes.
Pour illustrer, à partir de notre exemple de départ
Bill ran out of the room
, on peut complexifier la trajectoire en
ajoutant à ce point de départ un point d’arrivée et un point de passage

:
Bill ran out of the room down the stairs into
the street.

L’énoncé obtenu est parfaitement naturel en anglais, à tel point que, là encore, ces schémas semblent
acquis très tôt par les enfants anglophones. On trouve très couramment dans le corpus d’histoires mentionné plus
haut des énoncés tels

:
He st
arts running and he tips him
off over a cliff into

the water.
[9 ans],
He threw him
over a
cliff into

a pond

[5 ans]. Le schéma est immuable

: un seul verbe, mais une accumulation de prépositions, qui dans
les cas les plus simples sont toutes seules (et do
nc syntaxiquement, à strictement parler, sont des adverbes). Talmy
(1985) donne l’exemple extrême suivant

:

Come right back down out from up in there!

Cependant, dans la plupart des cas, les prépositions en question gouvernent des syntagmes nominaux (et s
ont
donc de véritables prépositions…). Par conséquent, on aura donc une imbrication très étroite de la composante


trajectoire

” et de la composante “

fond

” (
ground
). Voici quelques exemples

:

Slowly the car toiled
up

through

the grey mud,
into

the villa
ge of Bolehill, that hung on the slope,
round

the
old cross, with its steps, that stood where the road branched,
on

past

the cottages whence came a
wonderful smell of hot tea
-
cakes, and
beyond
, still
upwards
,
under

dripping trees and past broken
slopes of
bracken, always climbing.

[V&G]

Whenever Henry Wilt took the dog for a walk, [...] he always took the same route. [...] They went
down

past

the Post Office,
across

the playground,
under

the railway bridge and
out

on to

the footpath by the
river. A mile
al
ong

the river and then
under

the railway line again and
back

through

streets where the
houses were larger than Wilt’s semi and where there were large trees and gardens and the cars were
all Rovers and Mercedes.
(Tom Sharpe,
Wilt
, 1976)


7

On the aeroplane she

spoke to no one, sometimes looked out of the window and often at her watch, and
dropping

down and down
at last

through
the bright air

to the coconuts and coral

and the wonders of
her daughter’s house which stood in a spice plantation and smelled night and

day of incense, she lost
no time in measuring her grandchildren for knitted cotton vests which they never dreamed of wearing.

(Jane Gardam,
The Weeping Child
, 1987)

Tout se passe comme si, chez un locuteur anglophone, la trajectoire était bel et bien conc
eptualisée comme
un
seul

segment, et que les différents “

points de passage

” ne venaient pas en interrompre la continuité. C’est la raison
pour laquelle la présence d’un seul verbe semble être la règle par défaut dans ce type de situation. Si l’on regarde

à
présent le fonctionnement du français, on constatera une différence radicale

:

[26’]

Lentement, la voiture
se fraya un chemin

dans la boue grisâtre et
pénétra
dans le village de pierre de
Bolehill, qui était accroché au versant,
contourna

le vieux calva
ire, avec ses marches, qui se trouvait à
l’embranchement des routes, et
continua

en passant devant les petites maisons d’où provenait une
merveilleuse odeur de brioches chaudes, et, au
-
delà, toujours en montant, sous des arbres dégoulinants,
passant

devant

des versants irréguliers de fougères, sans jamais cesser de grimper.

[27’]

... Ils passaient devant la poste,
traversaient

le terrain de jeux,
passaient

sous le pont de chemin de
fer, et de là,
prenaient

le sentier qui
longeait

la rivière. Après avoir
sui
vi

la rivière pendant un mile, ils
repassaient

sous la voie ferrée, et
rentraient

par des rues …

[28’]

…et, tandis qu’enfin l’avion amorçait sa descente dans l’air ensoleillé,
se rapprochant

des cocotiers,
des coraux, et…

Ici, la trajectoire unique est déc
omposée en autant de segments séparés, chacun étant lexicalisé comme un verbe
de mouvement (“

mouvement

” + “

trajectoire

”) et un repère spatial (“

fond

”). Autrement dit, il n’y a pas pour un
francophone de trajectoire unique, mais une série de trajectoi
res conceptuellement séparées, et mises bout à bout
dans la chaîne linéaire. La seule façon d’éviter un prédicat séparé est de construire le repère spatial comme un vrai
circonstant de lieu, ce qui revient à neutraliser la trajectoire

: c’est ce qui se pas
se dans [28’] (
through
the bright air




dans

l’air ensoleillé

”), c’est également ce qui s’est passé (dans l’autre sens) en [18]
supra
(“

les deux Français
marchent de nuit

dans
la jungle




forced them to flee
through

the jungle
). On constate également c
ette différence de
fonctionnement dans les récits oraux, et ce à tous les âges

; à nos exemples précédents
He starts running and he tips
him off over a cliff into the water
. [9 ans],
He threw him over a cliff into a pond

[5 ans] répondent chez des
francoph
ones du même âge des formulations comme

: “

après on faisa (
sic
) tomber le chien et le garçon, après i
tomba dans l’eau,…

” [5 ans] “

elle le fait tomber, et et le chien aussi i tombe
-

dans après i sont dans l’eau.


” [8
ans] “

le cerf s’arrête en haut d’
un d’un ravin faisant tomber le petit garçon ainsi que le chien au fond
-

du ravin donc
en l’occurrence il atterrit
-

dans euh: l’eau ilZ atterrissent tous les deux dans l’eau

” [adulte].

En dernière analyse, ce qui semble se jouer ici a une portée bien pl
us vaste que les seuls verbes de déplacement.
Revenons à l’exemple [5] ci
-
dessus (
The gate squeaked
open

on its hinges
). Cette structure, dite structure résultative,
se laisse décomposer comme la mise en relation de deux événements, dont l’un est un
change
ment d’état

du sujet
grammatical

; l’autre renvoie soit à la cause de ce changement, soit à la manière (en l’occurrence dans [5] à la
manière, et à la cause par exemple dans
the dog licked the plate clean
). Il n’est pas indifférent que nous retrouvions
dan
s ce schéma les mêmes composantes conceptuelles que dans le schéma cognitif qui nous a servi de point de
départ (cf. fig.1 et 2). Or, on s’aperçoit que l’anglais lexicalise le changement d’état sous la forme de l’adjectif, et la
manière sous la forme du ve
rbe unique de la phrase. Le français, selon un renversement qui nous est à présent
familier, réserve au verbe principal l’expression du changement d’état (
La porte
s’ouvrit

dans un grincement de
gonds
,
Le chien
a nettoyé

l’assiette à grands coups de langue
, etc.).

De la même manière, on posera que, dans les trajectoires (simples ou complexes, la complexité en l’espèce ne
change rien au problème, elle le rend simplement beaucoup plus visible), tout ce qui conceptuellement est
appréhendé comme un
passage de
frontière
, c’est
-
à
-
dire, en gros “

entrer

”, “

sortir

”, “

traverser

”, “

passer devant


(qui cognitivement est un cas particulier de “

traverser

”) sera construit linguistiquement en français comme un
changement d’état

; dès lors, un prédicat séparé devi
ent nécessaire, comme pour la structure résultative. En revanche,
l’anglais ne construit pas ces passages comme des changements d’état, mais comme des étapes entre un point de
départ et un point d’arrivée. Il n’est pas indifférent, du reste, que la liste d
es langues admettant des structures
résultatives sur le modèle de l’anglais
the dog licked the plate clean

coïncide presque exactement avec celles qui
appartiennent à la même famille typologique pour les verbes de déplacement (celle schématisée fig.2)

; à
l’inverse,
les langues qui n’en admettent pas, comme le français, appartiennent pour leur immense majorité à l’autre grande
famille typologique (fig.3).

Conclusion


8

Nous nous sommes efforcés de démontrer à travers cette étude que les différences de fonction
nement entre deux
langues que l’on dit aussi proches que le français et l’anglais relevaient en fait d’une hétérogénéité beaucoup plus
radicale. Les deux appartiennent à deux familles typologiques qui lexicalisent à l’inverse des composantes
conceptuelles
pourtant communes. Certains linguistes (voir Slobin 2000,
op. cit.
) en tirent même des conclusions très
intéressantes par ailleurs sur la façon dont les sujets parlants se représentent visuellement les événements (par
exemple, les anglophones se représente
nt les scènes de façon bien plus concrète, la manière étant linguistiquement
mise au premier plan de façon naturelle, non
-
marquée

; à l’inverse, les francophones ont une mémoire plus vive de la
trajectoire, etc.). Nous nous garderons de nous aventurer sur
ce terrain
-
là (notons tout de même que c’est l’hypothèse
Sapir
-
Whorf qui semble corroborée si ces résultats se confirment), mais il n’en reste pas moins que les locuteurs
francophones conceptualisent les événements d’une manière qualitativement différente
des anglophones, que les
deux langues développent donc un style narratif qualitativement différent, et que toute traduction, au
-
delà de la
fidélité au contenu de l’original, se doit, autant que faire se peut, de respecter ces différences. Pour conclure à u
n
niveau très modeste et très pratique, il nous semble peu indiqué, dans un cadre de traduction universitaire, d’exiger
absolument que “

tout soit traduit

”, au risque d’encourager chez nos étudiants une conception mécaniste et non
relativiste du fonctionn
ement même des deux langues et du langage en général.


Jean
-
Charles KHALIFA

Université de Poitiers, FORELL/CERLITEP


Cet article, basé sur une communication présentée le 25/11/2000 au Symposium Agrégation de Paris III, a été
publié dans les Actes du Sympos
ium (Éditions du C.R.E.E.A.C.T.I.F., Paris III Sorbonne). Nous remercions P.
Badonnel pour nous avoir autorisé à le reproduire.



9

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deux textes sont disponibles électroniquement sur le Web.