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Oct 21, 2013 (3 years and 10 months ago)

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1


Cette séquence a été réalisée par Mme Jacky BENET, certifiée de


Lettres Modernes, pour ses élèves de Terminale du Lycée


privé du Sacré Cœur à Digne



Plan de séquence pour l’étude des liasses II à VIII des



Pensées de Pascal

(programme de la classe de terminale L

; année scolaire 2009
-
2010)


(Edition
Folio
classique n° 4054. Texte établi par Michel Le Guern)


L’objectif

de ce cours est d’amener les élèves à entrer dans u
ne pensée complexe
par ses enjeux et déroutante par sa mise en forme.

Séance 1

Objectif

: Contextualiser l’œuvre.

Travail préparatoire

: Les élèves ont été invités à rechercher au CDI des
renseignements sur la biographie de Pascal et la cadre historique.

Le cours invite les élèves à prendre conscience de «

l’effrayant génie

» qu’a été
Pascal. On insiste ensuite sur le contexte idéologique (le libertinage et ses causes) et
le contexte religieux (Augustinisme / Jansénisme / Réforme / Contre Réforme).
L’appui

sur la lecture de la lettre
12

des
Provinciales

et du discours de Tout
-
à
-
Tous
à la belle Sainte
-
Yves dans
L’Ingénu

de Voltaire (chap.
16
) permet de souligner
l’importance de la question religieuse au XVIIème siècle et de ses prolongements au
siècle des Lu
mières. On donne ainsi, rétrospectivement en ce début d’année, un
éclairage plus précis sur des problématiques déjà abordées en classe de Première.


Séance 2

Objectif

: Accompagner les élèves dans leur lecture du texte de Pascal.

On revient sur la genèse d
u texte et surtout sur l’état des premières éditions dont
l’examen pose d’emblée le problème du classement. On justifie ainsi l’appellation
2


«

liasse

» pour désigner ce qui apparaît comme un chapitre et «

fragment

» un
paragraphe.

On échange ensuite avec l
es élèves sur leurs difficultés à lire un texte aussi
fragmenté

: certains d’entre eux soulignent à ce stade la difficulté à saisir une
signification d’ensemble ainsi qu’à mémoriser ce qu’ils ont lu.

C’est l’occasion d’aborder avec eux les fragments les pl
us énigmatiques (l’histoire
des


«

mouches

» fr.
20
, du «

perroquet

» fr.
98
, des «

laquais

» fr.
17
). On peut
expliciter tout de suite certains d’entre eux en montrant les références implicites de
certains (le débat sur les «

animaux machines

» de Descartes
fr.
98
par exemple)
mais surtout montrer d’autres occurrences des mêmes «

thématiques

» dans
d’autres fragments parfois éloignés (comme les fragments
47

Vanité

et 56
Misère
)

:
cette observation permet de dessiner des points d’ancrage de la réflexion
pascal
ienne et répondre par la même occasion aux interrogations des élèves.

Travail

préparatoire
: faire rechercher aux élèves le vocabulaire récurrent des
liasses
II
,
III
,
IV



Séance 3

Objectif

: Déterminer à qui s’adresse Pascal et à quelles préoccupations maj
eures
font référence les liasses au programme.

On «

corrige

» les tables de fréquence réalisées par les élèves, corrigé grâce auquel
on peut s’interroger sur la signification exacte des termes employés par Pascal. On
peut partir des hypothèses de sens émis
es par les élèves eux
-
mêmes (dont on
s’aperçoit qu’elles sont souvent inexactes) et, par le recours à l’étymologie mais
surtout par la relecture des fragments en classe, préciser la portée véritable des
termes employés.

On retiendra particulièrement les te
rmes suivants

:
misère
,
coutume
,
imagination
,
vanité


Travail

préparatoire
: Etablir le champ sémantique du mot
vanité.


Séance 4
(séance détaillée)

Objectif

: Etudier une vanité en lecture d’image.

Le travail porte sur une reproduction du tableau d’Hans Ho
lbein «

Les
Ambassadeurs

»

1533 et sur la première de couverture de l’édition Folio des
Pensées

(un détail de «

La Madeleine pénitente

»

de Georges de La Tour) .

3


Après avoir défini le thème du «

double portrait

», identifié les deux personnages (le
religi
eux/le laïc) à l’examen de leurs vêtements, le jeu de symétrie entre les deux
(connotant l’harmonie et l’entente), les élèves observent les étagères du meuble sur
lequel s’appuient les deux hommes et sur lesquelles sont disposés des objets

:
mappemonde , i
nstruments de mesure astronomique , livre , partition et instruments
de musique .

On amène ensuite les élèves à s’interroger sur la signification de leur présence

:
après avoir rappelé à cet égard le contexte de la Renaissance qui a vu naître ce
tableau, o
n interprète ces objets comme les signes d’une promotion des
connaissances humanistes. En allant plus loin on peut identifier la partition comme
étant un psautier luthérien. On considère alors que le tableau est porteur d’une idée
de tolérance religieuse

: le légat du Pape (personnage de droite) cohabite avec le
réformateur allemand

! .

Les élèves, dont l’œil commence à s’approprier l’œuvre dans les détails, ne
manquent pas alors de repérer l’anomalie du premier plan

: un objet non identifi
able
barre le sol de façon oblique. Une petite manipulation de la feuille, observée par le
champ droit

; va permettre de révéler en fait une tête de mort. La signification du
tableau s’impose alors

: les œuvres humaines, si belles soient
-
elles, sont vouées

au
néant. Les élèves reconnaissent alors l’un des sens de «

vanité

» recherché à la
maison

: l’idée du vide, de la fragilité et de l’inconsistance. On rappelle la phrase de
l’Ecclésiaste (
I, 2
)

:
«


Vanité des vanités, tout est vanité.

»

Le rapport avec P
ascal devient évident à la lecture du fragment
19

:
«


Ainsi les
tableaux vus de trop loin ou de trop près. Et il n’y a qu’un point indivisible qui soit le
véritable lieu …

»

Le «

bon

» point de vue, celui de la foi, permet de considérer la
faiblesse de la

nature humaine.

La première de couverture de l’édition Folio qui reproduit le détail de «

la Madeleine

pénitente

»
de La Tour (la chandelle à moitié consumée et son reflet dans un miroir)
est maintenant regardée différemment dès lors que les élèves ont s
ous les yeux
l’intégralité du tableau

: ils découvrent alors le personnage féminin (la Madeleine)
dont la main repose sur une tête de mort. Le tableau est vu alors lui aussi comme
une «

vanité

». La bougie aux trois
-
quarts consumée prend une fonction symbo
lique

:
suggérer la fragilité de l’existence humaine. Le miroir, quant à lui, peut évoquer le
rôle des puissances trompeuses au sens où l’entend Pascal. Enfin , le choix fait par
l’éditeur de ne reproduire qu’un détail du tableau , outre qu’il est signifi
catif , nous
invite à voir dans l’œuvre qu’il illustre la notion de «

fragment

» dont le sens , d’abord
caché , ne peut naître que de la confrontation avec d’autres parties de l’œuvre .
L’illustration de couverture devient donc une invitation à mettre en p
lace un véritable
protocole de lecture des
Pensées
.


4


Séance 5

(lecture analytique du fr
. 41

L’imagination

«

Qui dispense la
réputation…introduits en chaque lieu.)

Objectif

: Analyser la force argumentative du texte.


Appréhender l’universali
té du phénomène.

Travail préalable

:

Les élèves ont eu à répondre au préalable à trois questions

:

1
-

Quelle est la composition du fragment

?

2
-

Pourquoi Pascal prend
-
il l’exemple du magistrat et du philosophe

?

3
-

En quoi ce fragment est
-
il à sa place dans la lia
sse
Vanité

?

AXES D’ETUDE

:

I


Une puissance qui trompe les plus sages

-

La personnification et son rôle argumentatif

-

L’imagination

: maîtresse d’erreur

-

Les grands esprits sont atteints

II


Une puissance omniprésente dans la société

-

Tous les pouvoirs son
t touchés

-

La généralisation

III


Une étape de l’apologétique

-

Un dérèglement voulu par le Créateur

-

La vérité hors de portée de la raison humaine


Séance 6

Objectif

: Encourager les élèves dans leur lecture personnelle en circulant avec eux
dans le texte
.

A la suite d’un travail de recherche mené à la maison la séance consistera à repérer
pour chaque liasse les fragments

clefs. On n’hésitera pas à expliciter le sens littéral
des passages que l’état de la langue a rendus peu accessibles à des jeunes gens

de
dix
-
sept ans. La séance portera sur les liasses
II
à
V
.

5


Devoir maison

:



Quelle est l’importance du thème de la vanité dans les liasses II à VIII des
Pensées

de Pascal

?



Séance 7

(lecture du fr.
126

depuis «


Ainsi l’homme est si malheureux …songer à
eux

»)

Objectif

: Evaluer l’importance de la notion de
«

divertissement

»

dans la conception
anthropologique de l’auteur.

AXES D’ETUDE

:

I


Définir la notion

-

Montrer sa ge
nèse dans l’œuvre (fr
. 33
, fr.
43

puis
126
)

II


Le rôle argumentatif des


«

études de cas

»

-

Le père qui a perdu son fils, les notables …

III


La généralisation du phénomène

-

Le divertissement au cœur de l’homme

-

Elargissement avec la lecture du fr.
129
(le

travail comme divertissement)




Séance 8

: (Compte
-
rendu du devoir maison)

Objectif

:

Remédier aux erreurs des élèves (articulation d’une démonstration, exploitation
précise et pertinente de l’œuvre).


Séance 9

:

Objectif

: (le même que la séance 6

:
enco
urager la lecture des élèves
)

Le travail portera cette fois sur les liasses
VI

à
VIII
.




6


Séance
10

:
(
séance détaillée
)

Objectif

: Se demander dans quelle mesure Pascal propose une vision tragique de
l’homme.

Travail préalable

:

Les élèves ont été invités

au préalable à rechercher dans deux tirades de
Phèdre

de
Racine (
II
,
5

v.670 à 711 et
IV
,
6

v.1257 à 1294) les composantes du tragique.

On rappelle rapidement le rôle de la fatalité (
II

v.679 à 682 le feu fatal) qui montre
Phèdre impuissante face à l
a volonté divine

(les vers 687 et 694 en font d’ailleurs le
constat)

; le sens étymologique du verbe «

séduire

» au v. 682 (égarer, tirer de côté)

:
le héros tragique est une victime détournée du droit chemin.

Mais cette impuissance à dominer son destin s’
assortit chez lui d’une conscience de
l’impasse dans laquelle il se trouve (cf. le sursaut de lucidité des vers 1264 à 1270
IV
,
6
) et celle de la faute commise (relevé du vocabulaire relatif au «

crime

»
-

mot
trois fois repris
-

ainsi que «

inceste

»,
«

imposture

»,
«

homicide

»).

Sans entrer dans la controverse suscitée par le rapprochement entre le dramaturge
et Pascal, on rappellera l’éducation janséniste de Racine, son séjour à Port
-
Royal et
sa sensibilité à une doctrine qui, à l’exemple de Pascal,
pose le péché originel
comme fondement du sentiment tragique.

On demande maintenant aux élèves de lire le fr.
4

(hors programme) et de repréciser
le sens du mot
«

misère»

(= malheur). A quoi ce malheur est
-
il dû

? A ce que notre
nature est par essence
«

cor
rompue

»

(= «

gâtée

», «

abîmée

»)

:
«


Que

la nature
est corrompue par la nature même

»
. On invite les élèves à préciser ce qu’entend
Pascal par cette phrase

: en s’appuyant sur la séance 1, on fait émerger l’élément
central de la théorie janséniste

:
«

L
’homme est une créature déchue

»

qui ne peut
racheter son salut .L’idée d’impuissance s’impose donc et le rapprochement avec
Pascal s’en trouve justifié.

C’est à ce moment qu’on peut poser la question

: «

Qu’est
-
ce qui compose les
malheurs de l’humanité po
ur Pascal

?

»

I


L’homme malheureux

1
-

Le fr
. 41

est d’abord évoqué et, après avoir fait rappeler aux élèves que
l’imagination mène le monde (cf. séance 5), on aborde la notion des
«

puissances trompeuses

». Après la lecture cursive de quelques fragments
co
urts, on montre que l’homme est prisonnier des apparences et des
illusions

: fr
.37

l’homme préfère l’artifice à la réalité, fr.
19

le changement de
l’angle de vue modifie la perception. Ces éléments composent les malheurs
individuels de l’homme.

7


2
-

En prenant
appui sur le fragment
57

on élargit ensuite la problématique à la
dimension sociale

: la justice est aussi variable que la mode. Même ce qui est
censé fonder l’ordre est sujet à caution

: on relit le fragment
18

«


il demeure

au
-
delà de l’eau

«


et on insi
ste sur la vanité de la coutume à l’origine d’un
ordre social arbitraire.

3
-

Enfin sur le plan intellectuel le fr.
10
1 nous apprend que la raison ne peut juger
de tout

: elle doit s’incliner devant l’intuition. On peut alors rappeler cette
phrase ironique extr
aite du fr
.41

«

Plaisante raison qu’un vent manie et en tout
sens.

»

Tout chez l’homme se trouve donc corrompu (souvenons
-
nous de la
conclusion du fr.
129

«

Que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordure

»

:
cœur au sens de fondement, d’essence.) L’homm
e est donc prisonnier d’une
nature vaine et tout ce qui le touche est affecté de cette corruption

: la société
qu’il a formée comme ses réalisations intellectuelles.

Mais quelle est l’origine de ces malheurs

?

II


L’homme déchu


1


Si nous portons
notre regard sur les fragments
108

et
122

nous nous
apercevons que la Chute a imprimé sa trace de manière indélébile. La voix passive
des verbes utilisés


«

il est déchu

»
,
«


nous sommes déchus

»

-

suggère l’état
irréversible de cette déchéance. Selon l
a vision janséniste, le péché originel est en
effet une trace ineffaçable laissée sur l’humanité qui doit payer indéfiniment le crime
des origines

: vision proprement tragique dans la mesure où il y a conscience
douloureuse d’un drame annoncé.


2


M
ais, dans ces deux fragments, la douleur ne réside
-
t
-
elle que dans la
sanction pressentie

? De quoi l’humanité est
-

elle déchue

? D’

«

une meilleure

nature

»
, d’
«

un degré de perfection

»

dont elle est désormais privée. Le sentiment
de malheur chez l’homm
e se double alors de celui d’avoir changé de nature

: c’est la
conscience d’avoir perdu un bonheur initial, d’être un roi dépossédé.

III


L’homme angoissé


1


L’angoisse de l’égarement que l’on percevait tout à l’heure chez Phèdre ne
se trouve
-
t
-
il pas aussi chez Pascal

? Regardons les fragments
38
,
39

et,
paradoxalement, un détail du fragment
104

: que lit
-
on dans l’expression
«

infini
,
milieu

», dans le constat désespéré «

combien de royaumes nous ignorent

!

» ou
celui plein d’effroi
«

l’univer
s me comprend et m’engloutit

»
, sinon des images de
l’égarement

? L’univers pascalien est bien celui du vertige, vision moderne d’un
monde dans lequel l’homme a perdu la place centrale

:
«

Qu’est
-
ce que l’homme

dans l’infini

?

». Cette panique se double en
core de celle de la claustration
8


(Baudelaire n’est pas loin

!), voire de la dévoration

: que laisse entendre en effet la
syllepse du verbe «

engloutir

»

?


2


Notons aussi la capacité chez Pascal à communiquer l’angoisse en feignant
(

?) d’abord de
l’éprouver

: ne dit
-
il pas
«


l’univers me comprend

»

? Le recours à la
première personne montre


et les élèves doivent en prendre conscience


que
Pascal ne se situe pas au
-
dessus de la mêlée humaine mais participe totalement de
cette humanité qu’il déc
rit. On peut trouver ailleurs cet aveu pascalien de l’effroi

: le
fragment
64

enchaîne en effet quatre occurrences de la première personne

je

m’effraie et m’étonne de me voir ici plutôt que là
). Est
-
il besoin d’ajouter à cette liste
la célèbre phrase du f
ragment
187

(hors programme)

:
«


Le silence de ces espaces
infinis m’effraie »

!


Nous sommes bien là dans l’émotion tragique, celle qui associe à la
surabondance de questions l’absence totale de réponses.


3


La pensée de la mort est
ce qui achève enfin de composer le portrait
tragique de l’homme. Les fr.
126

et
128

évoquent la mort comme une caractéristique
fondamentale de notre nature



le malheur naturel de notre condition faible et
mortelle

…»). A ce titre le divertissement n’est
là que pour nous empêcher d’y penser
«

de près

».

Mais à ce point de la réflexion ne convient
-
il pas de revenir à ce que nous dit le fr.
4

?
Lui qui évoquait les «

misères

» de l’homme sans Dieu ne précise
-
t
-
il pas «

félicité de

l’homme avec Dieu

»

? Cert
es avec le divertissement


«

il n’y a pas de tristesse

»
mais ici le mot
«

félicité

» résonne d’une intensité bien plus ample, celle voisine du
mot
«

joie

»
du fameux «

mémorial

» et proche par conséquent de l’extase mystique.
Nous ne sommes plus dans le
bonheur illusoire maintenu artificiellement par l’effet
anesthésique du divertissement mais dans le bonheur total issu de la certitude d’être
accompagné

par le Créateur.

Quelle commune mesure avec Phèdre

? Pour elle «


les Enfers sont pleins de ses

aÏeux

», «

(son)
père y tient l’urne fatale

». L’horizon de Phèdre est une perspective
bouchée, opaque et sans issue, celui de Pascal débouche sur la lumière de Dieu au
sein de laquelle les contradictions de l’homme doivent trouver résolution : «


Ecoutez

Dieu

» conseille Pascal au fragment
122
.

Conclusion

:

Quelle place prend alors ce panorama tragique déployé par Pascal

? Cela tient
certainement à «

la volonté ardente de provoquer l’angoisse

» comme le dit Albert
Béguin. S’il y a vision tragique, ce n’est qu’
une tactique, une posture d’apologiste qui
prépare le terrain à la conversion espérée du lecteur, un «

vide

», selon le mot de
Paul Bénichou, qui ne demanderait qu’à être rempli par la grâce.




9


Séance 11

:

Objectif

: Etudier les caractéristiques de l’écrit
ure pascalienne.

I


L’état contrasté du texte.


1


un texte interrompu

: des notes éparses (fr.
32

42, 65
)


2


succès de la forme brève au temps des moralistes

:


.le fr.
472

envisage la forme brève


.lecture d’extraits des
Maximes

de La Rochefoucauld et des
Caractères

de La
Bruyère.


3


des textes plus élaborés

: morceaux de bravoure dans lesquels Pascal
déploie toute son éloquence (fr.
41, 122, 126).

II


La variété au service de la peinture de l’homme.


1


la form
e discontinue est à l’image de l’homme.


2


une écriture du vertige

: antithèses, «

contradictions

» soulignent l’incapacité
de l’homme à se définir (fr.
75, 120, 121
).

III


La variété au service de la persuasion.


1


inviter le lecteur à partici
per

: apostrophes et questions oratoires (fr.
106, 122
)


Un inachèvement à compléter par le lecteur (fr.
19
)

: goût de l’époque pour l’énigme, goût issu du caractère mondain de cette
littérature.


2


une écriture «

spiralaire

»

: les réécritures élaborent le sens peu à peu (fr.
30

et
75
).


3


le style du prédicateur

: la période et le jeu sur le «

pathos

» (fr.
64

l’effroi
devant l’infini)


4


l’art de la métaphore

: faire corps avec l’id
ée.


Fr.
41

la girouette (vanité de la raison)


Fr.
28
«

gouverner

» un vaisseau (vanité du pouvoir)





Séance 12

: (séance détaillée)

Objectif

: Analyser l’attitud
e paradoxale de Pascal vis à vis du pouvoir.

10


Travail préalable

:

Les élèves ont relu au préalable les fr.
17, 23, 28, 30, 41

(Vanité),
56 (
Misère),
75, 76,
82, 87

(Raison des effets) en repérant les allusions au pouvoir.

On leur a demandé aussi de confronte
r les fr.
41
et
82


nos magistrats



») et de
dire ce qu’ils ont constaté (il s’agit de percevoir la contradiction apparente).

Le cours peut commencer d’emblée par la confrontation de ces deux fragments (
41

et

82
) en conviant les élèves à donner le résult
at de leur enquête. Le
changement de
point de vue

entre les deux fragments doit être rapidement perçu

: les signes du
pouvoir sont à la fois objet de respect («

cet habit est une force

») et objet de critique
(les habits du magistrat «

dupent

» le monde).

Comment nommer cette position

?
Elle est

paradoxale
.

On peut alors faire de ce paradoxe la problématique du cours

:
y aurait
-
il

contradiction

?

La leçon se propose donc d’expliciter la position de Pascal pour se
demander ensuite si ces extrêmes sont conci
liables.

Première étape

: On envisage d’abord
le regard critique porté sur les rapports
sociaux.


L’examen des fr.
30

et
75

permet de mettre en évidence
l’inégalité des conditions

observée par Pascal dans la société de son temps. Comment comprendre
«

incomm
odez
-
vous

» si ce n’est en faisant référence aux marques de respect
manifestées physiquement à l’époque à l’égard des grands par les petits : cession
des places les plus confortables dans les lieux publics, révérences et
génuflexions

…? Il convient de note
r ici l’image très riche de l’impératif

: l’injonction,
dans la sécheresse de sa concision qui privilégie le point de vue du grand, ne souffre
aucune réplique. On peut faire de même allusion au fr
.17

«


il a quatre

laquais

» dont
le caractère elliptique re
nforce la violence du verbe «

avoir

»
-

verbe de possession


intolérable lorsqu’il est appliqué

» à un être humain.

Le regard critique porte aussi sur ceux qui détiennent le pouvoir de l’esprit

(magistrats, docteurs) et qui l’exercent en dupant les naïf
s

: c’est
l’imposture des

clercs
. La dimension satirique du fragment
41
(passage déjà cité) peut être alors objet
de commentaire. D’où les magistrats et docteurs tirent
-
ils, d’après Pascal, leur
autorité

? De leurs habits et non d’eux
-
mêmes. Apprécions au p
assage la familiarité
de l’adjectif possessif «
nos
» qui marque, d’emblée, l’intention satirique, l’image
péjorative des magistrats emmaillotés «

en chats
-

fourrés

» qui souligne le ridicule.
Les habits deviennent déguisements, costumes de scène

; l’exerc
ice du pouvoir, une
mascarade. Rappelons à cet égard la parenté de ton que l’on verra quelques années
plus tard dans le portrait du Raminagrobis de La Fontaine ( «
Un saint homme de
chat , bien fourré , gros et gras

») ou chez Sganarelle dans l’Acte III d
u Dom Juan de
11


Molière dont l’habit ridicule rappelle les «

robes trop amples

» et
«

les bonnets
carrés

» des docteurs de Pascal .

Deuxième étape

: Mais ce regard critique ne touche pas seulement l’organisation
sociale il touche aussi les plus hautes sphère
s du pouvoir

:
les systèmes

monarchique et juridique.

Et c’est d’abord la
transmission héréditaire du pouvoir monarchique

qui est visée.
On peut s’appuyer sur le fr.
28

: «


On ne choisit pas pour gouverner un vaisseau

celui des voyageurs qui est de la me
illeure maison

». Après avoir élucidé le sens du
mot «

maison

», mal interprété par les élèves, on met en évidence la métaphore et
on s’interroge sur sa puissance évocatrice. On souligne ainsi la polysémie du verbe


«

gouverner

» qui engage le lecteur sur

le double terrain de la manœuvre maritime et
du pouvoir politique ce qui permet de dénoncer l’absurdité d’un système qui ne prend
en compte ni le mérite ni la compétence. Le rapprochement avec le fr.
55

sur la
guerre («


c’est un homme seul qui en juge



») permet de confirmer l’intention
critique

: le monarque, dans son sens étymologique, est ici visé.

C’est aussi à
la Justice

que s’en prend Pascal et notamment à
son caractère
arbitraire
. Le fr

56

(3
ème

§) en fournit la preuve. Après lecture, on insist
e sur la phrase
finale qui synthétise admirablement toute la pensée

: «

Vérité au
-
deçà des

Pyrénées,
erreur au
-
delà
.

». On rappelle, une fois encore, la dette de Pascal à l’égard de
Montaigne et


les élèves de L doivent s’en souvenir


le phénomène de
«

r
éécriture

» auquel on assiste. Le caractère percutant de la formule
-

écriture très
moraliste


est mis en lumière

: phrase nominale, double antithèse. On demande aux
élèves ce qui est remis en cause

: l’idée d’une justice universelle. L’homme prend
pour
universel ce qui est arbitraire (= relatif, qui dépend des circonstances)

: toute
justice humaine repose pour Pascal sur l’imaginaire. Un coup d’œil sur la saynète
amusante du fr
.47

fera apprécier les «

variations stylistiques autour d’un même
thème

» auxq
uelles se livre l’écrivain dans ses

Pensées

: «

Pourquoi me tuez
-
vous

?

».

Il est temps de faire alors le point sur la progression de la démonstration

: certes il y
a audace dans la critique du pouvoir mais, si nous relisons le fr.
82
, force est de
constat
er qu’il y a allégeance simultanée à l’égard de ce même pouvoir. Peut
-
on
trouver confirmation de cette attitude dans d’autres passages

?

Troisième étape

: C’est ainsi qu’on aborde la dernière étape, dans laquelle on
s’attachera à montrer un
Pascal conser
vateur mais… lucide
.

L’examen du fr.
78

(2
ème

§ «


Si l’on avait pu …force d’observer

») nous conduit à
admettre avec Pascal que la vraie justice est impossible (noter l’irréel «

si l’on avait

pu…

»)

;
que la force s’impose

par sa matérialité même (antithès
e entre «

palpable

»
et «

spirituelle

») et que les conditions sont prêtes à faire admettre que ce qui est
«

fort

» est «

juste

». Le 4
ème

§ du fr
.76

saisit admirablement l’idée en la condensant
12


dans un chiasme («

forcé d’obéir à la justice

» / «

juste d’o
béir à la force

»). Notons à
ce propos que le chiasme devient l’expression stylistique la plus naturelle du
paradoxe pascalien (ce que confirme la phrase finale du fr
.97

«


Et ainsi ne pouvant

faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est f
ort fût juste

»).
Il est

(donc)

juste d’obéir à la force
.

Mais qu’est
-
ce qui peut pousser Pascal à respecter la force d’un pouvoir

? L’analyse
comparée des fr
.76

et

87

nous fournit une réponse

: la paix «

est le souverain bien

»,
«

le plus grand des maux e
st les guerres civiles

». C’est le maintien de la paix civile
qui doit ainsi prévaloir. Et quel système politique peut être garant de cette paix si ce
n’est la monarchie tant décriée tout à l’heure

! On en veut pour preuve l’allusion
critique que le fr.
78

fait à la Fronde

: «

De là vient l’injustice de la Fronde, qui élève

sa prétendue justice contre la force
.

»
La monarchie est donc garante de la paix
. A
ce point on fait émerger la notion de «

conservatisme

» pour qualifier la position de
Pascal. Y aurait
-
il alors vraiment contradiction

? L’examen du fr
.83
, sur le rapport des
hommes aux puissants, va nous fournir une réponse. On demande aux élèves de
distinguer les trois catégories mentionnées par Pascal (
le peuple
,
les demi
-
habiles
,
les habiles
) et les de
ux attitudes proposées (
«

respect

» chez le peuple et les
habiles, «

mépris

» chez les demi
-
habiles). On leur demande ensuite de s’interroger
sur les raisons qui conduisent le peuple et les habiles à respecter les puissants.
Sont
-
elles identiques

? La répo
nse est négative

: contrairement au peuple c’est «

la
pensée de derrière
» qui commande le respect chez les habiles (entendons «

pensée
de derrière la tête

» comme le précise le fr.
659
). On peut alors se demander de quoi
est constituée cette «

pensée de der
rière

»

: la réponse réside dans les deux
dernières phrases du fr.
83

faisant état de la «

lumière

» qui commande aux
chrétiens parfaits d’honorer les puissants . Cette lumière c’est la grâce (cf. séance 2
sur le Jansénisme). Si la grâce apporte en effet l
a conviction que la vraie justice n’est
qu’en Dieu alors on comprend l’idée selon laquelle rien ne sert de toucher à celle des
hommes. Leur société, imparfaite à leur image, ne peut être changée

: il n’y a donc
qu’à se soumettre à l’ordre établi, sans être

dupe de sa fragilité.

La
conclusion
, bien loin d’admettre la contradiction, doit faire état de la cohérence de
la pensée pascalienne, si étrange qu’elle puisse nous paraître à nous lecteurs du XXI
ième siècle. Le fr.
12
(hors programme) vient éclairer la
position de l’écrivain

: «

Les
vrais chrétiens obéissent aux folies

(entendons «

conventions sociales

») …,
non pas
qu’ils respectent les folies, mais l’ordre de Dieu qui pour la punition des

hommes les
a asservis à ces folies
.

» La soumission au pouvoir n
’est qu’une «

solution
provisoire

» en attente de la justice pleine et entière de Dieu, vérité totale dans
laquelle se concilieront tous les contraires et s’annuleront toutes les contradictions.

Ce «

conservatisme

» ne peut donc prendre sens que si on l’in
scrit dans
le projet
apologétique
de Pascal, celui d’amener l’homme à admettre que seul Dieu est la
réponse à l’énigme de notre nature.

13



Séance 13

(
ce cours est largement inspiré de l’étude de Marielle Jenck sur le site
web des Lettres.)

Objectif

: Faire c
omprendre le retournement qui s’effectue à partir de la liasse
V
,
Raisons des effets

: une présentation énigmatique de la nature humaine.

Les élèves auront lu auparavant les fr.
82, 83, 84, 85, 86, 87, 89, 90, 92.

I


Analyse de l’expression «

raisons des e
ffets

»


Alliance de deux ordres opposés

: l’intelligible et le sensible.

II


Analyse des jeux de retournement pratiqués par Pascal au fr.
83.


Reprise des éléments observés en fin de séance 12 à propos de la «

pensée de
derrière

».


Le renvers
ement du pour au contre

: le peuple est vain mais pas si vain

!

III


La liasse VI «

Grandeur

», une opposition radicale aux premières liasses.


La capacité paradoxale de l’homme, créature imparfaite, à s’élever.


Une raison fondamentale

: la r
upture historique entre le Créateur et sa créature.


Le cœur

: seule passerelle possible entre les différents ordres.


Séance 14

:

Objectif

: Envisager, en conclusion de l’étude, à quelles résonances modernes nous
convient les
Pensées
.

Travail préalab
le

:

Les élèves ont lu des extraits du
Mythe de Sisyphe

de Camus, la page finale
d’Un roi
sans divertissement
de J. Giono, un extrait de l’acte II
d’En attendant Godot

de S.
Beckett.

En partant des remarques de Jean Mesnard («


Pascal est un précurseur de

l’existentialisme contemporain

»
Pascal

p.188
) et d’Albert Béguin («

Pascal peut

bien
passer pour l’un des précurseurs de la pensée moderne

»
Pascal par lui
-
même

p.108
)
on montre comment le sentiment moderne de l’absurde se trouve rattaché à la
réflexion
pascalienne sur l’ennui et le divertissement. Mais, en dépit des similitudes
évidentes, on s’attache à montrer l’écart entre un sentiment de l’absurde qui, chez
les modernes, ne reçoit aucune explication et celui de Pascal dont la cause réside
14


dans la visi
on chrétienne de l’Histoire de l’humanité

: le péché originel à l’origine du
vide intérieur provoqué par le souvenir diffus d’une félicité perdue.

Camus décrit bien les mêmes symptômes que Pascal pour décrypter les
comportements humains mais il en refuse l
es explications

: «


Le saut

sous toutes
ses formes, la précipitation dans le divin ou l’éternel, l’abandon aux illusions du
quotidien ou de l’idée, tous ces écrans cachent l’absurde
.

» (
Le Mythe

de Sisyphe

p.125).

C’est l’ennui que retient Giono quant à
lui dans
Un roi sans divertissement
, titre
énigmatique partiellement explicité par la page finale dans laquelle le personnage
principal, Langlois , finit par se suicider

: habitué aux aventures captivantes , le héros
ne peut se résoudre à envisager une pai
sible vie matrimoniale . Ce geste, malgré la
référence finale à Pascal («

Qui a dit …

»), ne suffit pas à élucider complètement
l’énigme de ce geste, simplement décrit de l’extérieur, et que renforce la modalité
interrogative de la phrase finale. Le lecteu
r est alors renvoyé à ses propres
interrogations sur la condition humaine.

Dans
En attendant Godot
, farce métaphysique, les personnages tentent de meubler
le vide de leur existence par une discussion pseudo
-
philosophique, compensation
dérisoire d’une incap
acité à agir. Dans le passage examiné Vladimir parle au lieu de
faire et, comme le dit Eric Tourrette (
Pensées


Connaissance d’une œuvre


p.145)
«

il parle peut
-
être pour ne pas voir qu’il ne peut pas faire, il se grise d’énergie
stérile


». La vanité de l
a condition humaine, au sens où l’entend Pascal, est tout
proche. Le lien entre Beckett et Pascal pourra d’ailleurs être recréé à l’occasion de
l’étude future de
Fin de partie
.

En fin de compte, même si l’explication théologique de Pascal ne retient plus
vraiment l’attention des contemporains, la description qu’il fait du «

divertissement

»
ne cesse de les hanter. Prolongées ou réorientées, reformulées ou déformées, les
réflexions de Pascal constituent un point de repère incontournable de la pensée
moderne
.

Devoir surveillé de fin de séquence

:

Question 1

:


Peut
-
on dire que le projet des
Pensées
, par l’usage qu’il fait du raisonnement et
de l’art d’écrire, est en contradiction avec son propos même

?

Question 2

:


Quelle est la place de la figure du

roi dans les
Pensées

?