Le traitement de la variation terminologique dans les technologies

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[p. 195]

LE TRAITEMENT DE LA VARIATION TERMINOLOGIQUE

DANS LES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION À L’OFFICE

DE LA LANGUE FRANÇAISE


Marcel Bergeron

Office québécois de la langue française


Dans le secteur des technologies de l’information (TI), la question de

la variation se
pose d’une façon tout à fait originale puisqu’elle se manifeste dans un environnement
fortement néologique. En fait, dans les TI, on ne se penche pas seulement sur des
formes fixées dans l’usage, mais on assiste très souvent à leur naissan
ce, quand on ne
participe pas, tout simplement, à leur création.


Pour présenter le phénomène de la variation dans les TI, nous examinerons
rapidement le contexte général dans lequel elle se manifeste, la genèse de formation
des cas de variation observés d
ans ce secteur, et enfin, nous nous attarderons aux
méthodes de traitement en vigueur à la Direction des services linguistiques de
l’Office de la langue française.


1. Contexte général du secteur des
TI


Si la variation, dans les TI, n’occupe pas un volume

important en regard de la masse
des termes qui, après traitement, s’intègrent relativement bien dans le lexique, elle
n’en constitue pas moins un problème délicat, à cause de la nature même du domaine.
Ainsi, avec la démocratisation de l’ordinateur et d’I
nternet, et la diffusion massive et
instantanée des terminologies associées à ces domaines, les TI ne sont plus réservées
à une clientèle scientifique restreinte, mais destinées directement au grand public. De
ce fait, la population est inondée d’une foule

de termes nouveaux qu’elle doit
assimiler rapidement pour rester dans le courant de la modernité. De plus, les
nouvelles technologies changent continuellement, laissant peu de temps aux
utilisateurs pour assimiler les termes, avant que de nouveaux ne vien
nent les
remplacer.


Par ailleurs, la mondialisation des marchés a également un impact sur la production
terminologique. En effet, la terminologie associée aux nouveaux produits et services
est dominée par les choix des entreprises qui les proposent, et qu
i tentent d’imposer
leurs propres termes, au détriment de ceux de leurs concurrents. En devenant un outil
de mise en

[p. 196] marché, les terminologies véhiculées subissent de ce fait des influences qui
se manifestent de plusieurs manières :




D’abord, l
’uniformisation mondiale des équipements oriente les habitudes
linguistiques des utilisateurs. (Tous savent désormais reconnaître un écran, un clavier
et une souris.)




Les rivalités commerciales provoquent la multiplication de terminologies
concurrentes.

(Malgré l’existence du terme
signet

déjà diffusé par Netscape, c’est
favori

que son concurrent Microsoft a choisi d’utiliser dans son navigateur Explorer.)


2




La publicité, très prisée pour fixer une image commerciale, ne respecte pas toujours
la morpholo
gie du français ou la vraisemblance technique. De plus, comme les
appellations commerciales sont protégées, il est difficile d’en utiliser une comme
terme générique sans risquer de déplaire, soit à la concurrence, soit à l’auteur lui
-
même.




Enfin, les si
tuations de monopole commercial dans des zones géographiques
différentes peuvent créer des variations terminologiques permanentes. En effet,
lorsque des entreprises œuvrent sur des continents différents, il peut arriver que les
normes techniques utilisées
soient incompatibles, ou que les habitudes linguistiques
d’usagers captifs influencent localement la terminologie utilisée.


On s’en doute, la présence de tous ces facteurs ne peut qu’alimenter l’instabilité du
lexique.


Dans un autre ordre d’idées, les do
maines qui constituent les TI (télécommunications,
informatique, Internet, multimédia) n’ont pas tous la même tradition scientifique, ce
qui influence de façon notable le développement de leur terminologie respective et la
façon dont les terminologues doiv
ent l’aborder.




Ainsi, le domaine des télécommunications s’est développé depuis des décennies et
a été dominé par de grandes entreprises dont la tradition est solidement établie
(notamment Bell Canada et France Télécom). La variation terminologique de ce

domaine est de ce fait plus mesurable et plus marquée.




L’informatique est un domaine plus jeune, mais dont la terminologie de base est
quand même fixée depuis plusieurs années, grâce notamment à IBM. Elle possède de
ce fait également une certaine tradi
tion.


[p. 197]



Les nouveaux domaines que sont Internet et le multimédia ne se développent
réellement que depuis le début des années 1990 et leur terminologie est encore en
élaboration. On ne s’étonne donc pas que ce soit dans ces secteurs que la néolog
ie est
la plus active.


Les conséquences découlant de toutes ces influences se manifestent dans la
prolifération des termes d’origine anglo
-
saxonne tributaires du développement
accéléré des technologies. Cette arrivée massive de termes favorise directement

la
présence de la terminologie anglaise dans les textes français, et l’instabilité lexicale
qui en découle incite parfois les locuteurs à choisir le terme anglais lorsque les
équivalents proposés en français sont trop nombreux, trop complexes, ou qu’ils
a
rrivent trop tard.


2. Description du processus habituel de variation dans les
TI


Lorsqu’une nouvelle technologie apparaît, son concepteur diffuse d’abord, dans sa
propre langue, la terminologie qui lui est associée (en anglais, la plupart du temps).
Ce s
ont ces termes d’origine que les scientifiques du monde entier assimilent et

3

reprennent quand ils s’approprient les nouvelles technologies dans le cadre de leurs
recherches.


Plus tard, les spécialistes et les langagiers de la francophonie, qui sont amenés

à
vulgariser et à décrire ces technologies dans leurs textes, seront obligés de produire
simultanément et rapidement des équivalents pour exprimer les mêmes notions. Ils
choisiront alors d’emprunter les formes anglaises telles quelles ou de les traduire e
n
français. On assistera régulièrement à l’apparition et à la diffusion, dans des
publications diverses, d’une pléthore d’équivalents aux fortunes inégales, imposés
par les nécessités ponctuelles de la traduction et de la rédaction.


À la suite de ces cons
tatations, on peut d’ores et déjà dégager deux types de variation
dans les TI : la variation naturelle et la variation institutionnelle.


Variation naturelle et variation institutionnelle


La variation naturelle (ou spontanée) se développe dans le contexte

bouillonnant que
l’on vient de présenter et se caractérise par sa liberté, parfois anarchique. C’est à
travers les emprunts à l’anglais et leur diverses traductions que se manifeste surtout la
variation naturelle. On note à cet effet une plus grande tenda
nce en France à
emprunter directement les termes anglais. Au Québec, malgré une forte utilisation de
termes anglais dans les textes, cette tendance est moins importante, à cause de la
situation géopolitique du français qui est davantage perçu comme

[p. 19
8] menacé. De ce fait, les langagiers du Québec sont plus sensibles à l’emploi
d’équivalents de langue française.


La variation institutionnelle, pour sa part, est celle par laquelle les terminologues de
la France et du Québec interviennent pour encadrer e
t structurer la néologie, et
même, parfois, pour créer des termes destinés à remplir les cases vides.


Malgré l’espace relativement restreint qu’elle occupe par rapport à l’ensemble de la
néologie dans les
TI,

la variation institutionnelle tient une place
importante, en raison
de son caractère officiel et de la démarche scientifique qui la soutient.


Parallélisme et décalage temporel dans la création d’équivalents


Dans le cas de la variation institutionnelle, on constate par ailleurs un décalage
temporel e
ntre le Québec et la France.


Pendant plusieurs années, des efforts ont été faits pour harmoniser les terminologies
de langue française, notamment à travers des entités linguistiques nationales (en
France, la Commission générale de terminologie, et au Québ
ec, l’Office de la langue
française). On a cependant constaté que ce n’était pas une tâche aisée, notamment à
cause de différences culturelles et méthodologiques. Comme les terminologues de
l’Office, de par la politique du « juste à temps » définie dans le
ur méthode, sont
astreints à une obligation de rapidité, ce sont, la plupart du temps, leurs travaux qui
sont diffusés les premiers. En cela, l’Office partage avec le secteur privé une
préoccupation résumée chez
IBM

par une formule toujours pertinente : «
Une

4

solution imparfaite livrée à temps est plus utile qu’une solution parfaite livrée trop
tard » (Drapeau, 2002 : 130).


Cette différence méthodologique et culturelle produit un décalage temporel
significatif qui explique la variation constatée entre les
propositions de l’Office et
celles qui sont normalisées par la France dans le domaine des
TI.

Qu’on pense, par
exemple, au cas de
Web
,

et de ses dérivations très pratiques (
webmestre
,
webdiffusion
),

Web
,
qui a été proposé, diffusé et implanté d’abord au Qu
ébec (1995),
et à son concurrent
Toile d’araignée mondiale
(
T.A.M.
),

normalisé en France en 1998
par la Commission spécialisée de terminologie et de néologie des
télécommunications
(CSTIC),

alors que la démarche d’implantation du premier terme
était déjà b
ien entamée au Québec. Ce décalage est primordial dans la définition de la
variation dans les
TI,

même si les terminologues des deux communautés, sensibles à
l’évolution de la langue, reviennent sur leurs

[p. 199] décisions lorsque les termes proposés ne
passent pas dans l’usage. (En
France,
ambulophone
,

proposé au départ pour désigner le
té1éphone cellulaire
,

a
finalement été abandonné au profit de
téléphone portable
.
Au Québec, le néologisme
camirette
n’est plus le terme vedette sur la fiche de terminolo
gie du GDT, parce qu’il
n’a pas réussi à déloger
webcaméra
.)


3. Approche générale de la variation, selon la méthodologie en vigueur à
l’OLF


Comme l’explique Robert Vézina dans sa communication « La prise en compte de la
variation lexicale dans la product
ion terminologique et linguistique de l’Office de la
langue française », l’Office fait la promotion de la langue française dans sa globalité
et préconise une approche variationniste qui laisse place à une certaine diversité
terminologique. L’Office affirme

également sa volonté de guider les usagers dans
leurs choix terminologiques, et de pratiquer, comme nous l’avons vu, une politique
du « juste à temps », pour rendre compte de l’innovation technologique. Par ailleurs,
les fiches d’auteur qui alimentent
Le
Grand dictionnaire terminologique
(GDT) font
de lui un ouvrage original qui cherche à atteindre une certaine homogénéité. Les cas
de variation considérés à l’OLF s’intègrent de ce fait dans une perspective de
traitement harmonisée.


De façon plus précise,
pour résoudre les problèmes de variation géographique,
l’Office a adopté une politique de traitement qui tient compte de la concurrence
géographique relevée. Ainsi, puisque l’Office est un organisme québécois, il a la
responsabilité de respecter les habitu
des langagières des Québécois et de prendre en
compte les termes en usage et les créations d’ici. C’est ainsi, par exemple, qu’en
présence d’un terme correct qui est différent de celui en usage en France, on
privilégiera l’utilisation du terme en usage ici
. Enfin, dans les cas où le terme ayant
cours aurait avantage à être changé, l’Office adopte une approche pédagogique et
explique, dans une note, les raisons des changements proposés.


Traitement de la concurrence géographique dans les
TI


La méthode génér
ale de traitement de la variation pose des problèmes lorsqu’on veut
l’appliquer aux TI. En effet, la variation ne devient significative que lorsqu’on a pu
observer une implantation durable. Dans le domaine très mouvant des TI, il faut

5

l’admettre, on n’a pa
s toujours le recul nécessaire pour mesurer le degré effectif
d’implantation des termes. Dans ces conditions, considérant la rapidité avec laquelle
les termes sont

[p. 200] diffusés, il serait peut
-
être plus juste de parler simplement de cohabitation
ponc
tuelle plutôt que de variation.


Le marquage géographique


Évidemment, la façon la plus claire d’identifier les cas de variation géographique est
l’utilisation d’indicatifs de pays. Or, le marquage géographique des néologismes
proposés au Québec dans les T
I peut poser un problème puisqu’il pourrait laisser
entendre que l’usage de ces termes se limite à une seule zone géographique. Ce n’est
généralement pas le cas, puisque ces derniers n’ont pas nécessairement de frontière et
qu’ils sont potentiellement util
isables par l’ensemble de la francophonie (par
exemple, le terme
webmestre
). Comme on le dit dans les règles de traitement des cas
de variation à l’Office, si le terme québécois désigne une réalité nouvelle ou
contemporaine non typiquement québécoise, il n
e sera suivi d’aucune mention de
pays, puisqu’il est susceptible de s’implanter dans toute la francophonie.


Par ailleurs, dans les cas où une notion existe depuis un certain temps, on préférera
rédiger, sur la fiche de terminologie, une note explicative p
résentant les différences
d’usage géographique des termes, plutôt que d’utiliser une marque. Ces notes
pourront alors prendre la forme suivante :
En
France, Au Québec, En Europe, on
utilise le terme X
. (On a utilisé ce type de note dans le cas du téléavert
isseur qui se dit
sémaphore

en Belgique, et dont l’équivalent normalisé en France est
radiomessageur
.) On le comprend, la note linguistique tient une place très importante
dans le traitement de la variation car elle permet d’expliquer clairement les
différ
ences d’usage.


L’approche adoptée par les terminologues de l’OLF


Une fois que les règles de traitement de la concurrence géographique ont été
appliquées, cela ne signifie pas nécessairement que le traitement de la notion est
terminé. En effet, chaque ter
me a son histoire, son influence et sa diffusion propre et
il faut chaque fois se pencher sur un cas différent. Il est de ce fait un peu illusoire de
prétendre encadrer le traitement de la variation de façon systématique. Ainsi, même
s’il existe des critèr
es généraux, le terminologue est confronté la plupart du temps à
du cas par cas. En fait, dans les cas de variation terminologique, le défi principal des
terminologues de l’OQLF consiste à trouver un compromis entre les diverses
tendances qui se manifesten
t lors de l’examen des termes candidats, et à proposer un
traitement qui soit fonctionnel et efficace pour les usagers qui auront à utiliser la
terminologie visée. Le choix des

[p. 201] dénominations jugées aptes à l’implantation n’est d’ailleurs pas touj
ours
facile. En fait, il repose sur un judicieux équilibre entre la qualité linguistique, la
position de langue de traduction qu’occupe le français dans le domaine des TI, les
exigences de la modernité et l’usage prédominant, dans un contexte québécois. La

prise en compte de tous ces éléments conduira le terminologue à établir la hiérarchie
des termes qui seront présentés sur la fiche.



6

Perspective d’observation critique


Dans le traitement des cas, les terminologues de l’Office ont adopté une « perspective

d’observation critique, plus incitative et pédagogique » (Cayer, 2002 : 122) que
contraignante, respectant la nécessité d’orienter le choix des locuteurs vers la forme
jugée la meilleure, mais présentant également de façon objective les formes
concurrente
s relevées lors des recherches, tout en se gardant de les condamner sans
appel. Cette façon de faire a l’avantage de présenter au lecteur un tableau
représentatif de la terminologie existante, de faciliter l’accès aux notions grâce à de
nombreuses clés d’a
ccès, autant anglaises que françaises, et de rendre accessibles les
explications motivant l’acceptation ou le rejet des termes traités, au moyen de notes.


On notera à cet effet que, en raison de l’autorité morale des organismes dont ils
proviennent, les t
ermes normalisés par la France seront toujours présentés dans la
fiche de terminologie produite avec, le cas échéant, un commentaire mentionnant les
divergences relevées entre les usages proposés. [Le terme X est proposé par l’Office
de la langue française
. » ou encore « Le terme X a été normalisé en France par la
Commission générale de terminologie (COGETER).»]


Rétroaction et interaction avec les usagers


Pour que la terminologie produite puisse s’implanter, les termes proposés lors des
traitements, qu’il
s soient validés ou créés par les terminologues de l’Office, doivent
appartenir à une terminologie acceptable pour le milieu qui aura à les utiliser. En
effet, la position fragile du français vis
-
à
-
vis de l’anglais impose de nouvelles
obligations aux termi
nologues. Les termes français proposés pour remplacer les
termes anglais ne peuvent plus se contenter d’être précis, ils doivent également
séduire le locuteur s’ils veulent avoir une chance de s’implanter. C’est la raison pour
laquelle la terminologie doit

être adaptée aux usagers auxquels elle est destinée, ces
usagers étant les communicateurs, les écrivants et les

[p. 202] spécialistes de la langue, mais aussi tous les utilisateurs du
GDT
,
autant ceux
du Québec que ceux du reste de la francophonie.


La p
rise en compte objective de l’anglais


Par ailleurs, d’un point de vue strictement pragmatique, les terminologues des
TI
ont
modifié leur approche relativement à l’anglais en adoptant une attitude plus neutre
que celle qui consistait jadis à condamner syst
ématiquement tous les anglicismes.
Compte tenu des difficultés que nous avons déjà connues en proposant à tout prix des
termes français pour concurrencer des emprunts à l’anglais déjà à passés dans l’usage
[Qu’on pense au cas de
disque optique compact

(
DOC
) qui n’a jamais réussi à
ébranler la domination totale de
CD
-
ROM
],

il nous est apparu plus efficace de
considérer objectivement les appellations d’origine anglaise comme des formes
potentiellement utilisables (
gopher

et
applet
), ou adaptables, selon les c
irconstances,
au système français, par l’orthographe, la prononciation
(
bogue
et
cédérom
) et la
morphologie.





7

Techniques de traitement terminologique dans les TI


Les terminologues examinent les termes selon un certain nombre de critères objectifs
et sub
jectifs qui permettront, au bout du processus, d’établir l’ordre des termes à
présenter sur la fiche. Par ailleurs, qu’il s’agisse de valider des termes déjà existants
ou d’en créer de nouveaux, ces critères sont les mêmes. On notera de surcroît que
d’un p
oint de vue strictement linguistique, la nécessité grandissante en français de
modes de création lexicale plus souples influence de plus en plus la nature des
néologismes qui apparaissent dans les
TI. En

effet, si on qualifiait traditionnellement
le frança
is de langue analytique par excellence, on ne peut nier le fait qu’elle subit
une évolution qui consiste à favoriser la formation de termes courts. Les
terminologues de l’OLF prennent en compte la nouvelle nécessité de ces modes de
création lorsqu’ils exam
inent les termes ou qu’ils en créent de nouveaux, qu’il
s’agisse de syntagmes (de loin les plus répandus), ou d’unités lexicales simples
[siglaison
(
HTMI, TCP
-
IP
)
,
mot valise (
plugiciel
,
c1avardage

et
pourriel
)
juxtaposition, mot composé]. À ce propos, la
siglaison occupe une place de choix
dans le domaine des TI, qui est un monde de sigles. Les avenues qui ont déjà été
suivies pour remplacer les sigles anglais n’ont jamais réussi, sauf dans quelques rares
exceptions, à déloger les formes déjà implantées et

qui étaient déjà lexicalisées.

[p. 203]

Critères linguistiques de choix des termes français


La qualité linguistique est le premier élément considéré lors de l’examen des termes
candidats, et le plus important, puisqu’il permet d’écarter les formes qui,
objectivement, ne peuvent prétendre au statut de terme vedette. Cette étape permet
déjà d’établir une hiérarchie relative des termes en présence, une hiérarchie qui
permettra d’orienter l’usage en présentant, par ordre décroissant d’intérêt, les termes
à d
iffuser. Les formes non retenues, si leur présence sur la fiche est jugée utile,
pourront plus tard faire l’objet d’une note informant le lecteur des raisons ayant
contribué à leur disqualification.


La qualité linguistique des termes se définit donc selon

les critères qui suivent :




Conformité au système de la langue française, par l’orthographe, la prononciation
et la morphologie, ce qui détermine la capacité d’intégration en discours du terme
(
applet
,
avatar
).




Richesse de la dérivation réelle ou pot
entielle (
bogue
,
boguer, débogueur
).




Qualités linguistiques intrinsèques du terme définissant son univocité sémantique et
lui permettant de désigner la notion sans ambiguïté
(
clavardage, babillard
électronique
).




Expressivité du terme, c’est
-
à
-
dire, s
a capacité à faire appel à des éléments qui
permettent de comprendre, même indirectement, la notion
(
bavardrague
).




Adaptabilité à la terminologie du domaine définissant son implantabilité
(
webmestre
,

cyberculture
).



8

Critères culturels de choix des terme
s


L’analyse d’un terme selon des critères culturels est plus difficile puisque ces
derniers sont de nature subjective. Cependant, cette démarche est primordiale
puisqu’elle permet de fixer l’ordre d’apparition des termes déjà retenus comme
linguistiquemen
t corrects. De ce point de vue, on ne peut ignorer la réalité de l’usage,
et le respect des habitudes langagières des locuteurs est essentiel à la réussite de
l’implantation. Dans cette optique, les jugements d’acceptabilité des locuteurs
québécois sont à
considérer. En effet, on ne peut remplacer un terme correct déjà
implanté dans une communauté linguistique par un terme issu d’une autre
communauté sans risque de confusion. Enfin, parmi les critères culturels de choix des
termes, on peut citer la fréquenc
e l’utilisation, la maniabilité

[p. 204] qui rend ce terme facilement utilisable
(
binette, plugiciel
),

et les connotations
culturelles positives ou négatives facilitant ou nuisant à son implantation.


Conclusion


On l’a vu, le phénomène de la variation da
ns le domaine des TI est assez complexe,
d’autant que la terminologie n’étant pas une science exacte, les exceptions sont
légion et qu’aucun cas ne peut automatiquement être traité selon une grille
systématique. Dans ce contexte changeant, le défi du termi
nologue consiste sans
doute à trouver les compromis qui lui permettront de produire une terminologie qui
soit fonctionnelle et immédiatement utilisable par les usagers. Enfin, si le proverbe
prétendant que « le mieux est parfois l’ennemi du bien » s’est tr
op souvent vérifié
dans les échecs qu’a provoqués l’acharnement à remplacer à tout prix des termes
anglais, pourtant indélogeables, par des termes français sans avenir, c’est peut
-
être en
laissant aux méthodes de traitement terminologique assez de soupless
e pour s’adapter
aux conditions changeantes de la langue que s’affirmera, face à l’anglais, l’originalité
et l’efficacité du français, en tant que langue de communication scientifique, riche de
sa tradition séculaire, mais résolument ouverte sur la moderni
té.




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