Analyse du nœud A - Controversies - Sciences Po

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Oct 21, 2013 (3 years and 9 months ago)

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1
















CARTOGRAPHIE DE LA
CONTROVERSE


Faux souvenirs ou souvenirs retrouvés


DOSSIER




*


*


*



Eric ABRAVANEL

Cécile MAINGOT

Elliot LEPERS

Célia REVY

Éloïse STARK

Christina
STUART






2

Table
s

de
s

matière
s




Introduction



1.

Article

d’inspiration









p. 3

2.

Note d’intention









p.
4

3.

Approche initial
e

de visualisation







p. 6

4.

Scénario du film









p. 7




Co
ntenu non intégré dans le film


5.

D
onnées
graphique
s









p.
13

6.

Ana
lyse de réseaux scientométrique







p.

14

7.

Cartographie
du web









p. 14

8.

Analyse scientométrique








p. 24

9.

Biographies des

acteurs

interviewés







p. 29

10.

Article

de presse en lien avec la controverse française




p. 30

11.

Bilan











p.

33




Sources



12.

Bibliographie










p. 34

13.

Sitographie










p.

35






3

1.

Article d’inspiration

4

2. Note d’intention



Peut
-
on croire les souvenirs retrouvés d’un traumatisme?


Rappel du sujet de la controverse

Suite à de graves traumatismes, certaines
personnes témoignent d’un véritable

trou noir dans
leur mémoire. Leur cerveau efface inconsciemment le souvenir du choc et les détails qui y sont liés.
Après une période plus ou moins longue, certaines de ces victimes affirment avoir retrouvé les
souvenirs

de l’événement. Mais une controverse existe autour de ces « souvenirs retrouvés ». Sont
-
ils
aussi fiables que des souvenirs normaux

? Permettent
-
ils d’affirmer que l’événement traumatisant a
bien eu lieu

? Sont
-
ils de vrais souvenirs, qui réapparaissent
après avoir été refoulés, ou bien des faux
souvenirs issus d’une reconstruction mentale? Les thérapies psychologiques peuvent
-
elles créer de
toutes pièces ces souvenirs dans la mémoire des patients

?


Bornes du sujet



Nous ne nous intéresserons dans notre étude qu’aux souvenirs retrouvés liés à un événement
traumatique.



Nous nous intéresserons uniquement à l’amnésie traumatique à long terme et aux souvenirs
retrouvés plusieurs mois voire plusieurs années plus tard.



Nou
s ne nous intéresserons qu’aux souvenirs retrouvés liés aux abus sexuels qui constituent la
cause d’amnésie traumatique la plus fréquente et la plus révélatrice.



La personne manifestant le phénomène de souvenirs retrouvés sera considérée dans notre étude
c
omme une victime potentielle, sauf dans le cas où la justice a clairement pu statuer sur
l’occurence de l’événement traumatique.


Choix de l’approche

Dans cette controverse, les acteurs sont nombreux et ont des points de vue souvent
conflictuels,

que ce s
oit dans le domaine scientifique avec les neurobiologistes, dans le domaine de la
psychologie avec les psychiatres et thérapeutes,

ou dans le domaine judiciaire, puisque les
témoignages des victimes éventuelles, à condition qu’on les assume fiable, sont d’
une énorme utilité
lors des procès. Mais l’acteur au cœur du problème est avant tout la personne qui pense avoir subi un
traumatisme. C’est pour cette raison que pour traiter notre controverse, nous avons choisi de nous
placer du point de vue de la victime

éventuelle. En effet, c’est parce qu’il y a des victimes qu’il est
important de résoudre rapidement cette controverse et qu’elles puissent au mieux comprendre ce qui
leur est arrivé. Par ailleurs, la victime éventuelle est un point nodal du réseau de la c
ontroverse qui
permet de relier tous les acteurs entre eux. Cette façon d’aborder le problème nous paraît intéressante
puisqu’elle permet de mettre en lumière les différents enjeux scientifiques de la controverse, sans
négliger son importance d’un point de

vue humain pour la victime. C’est grâce à cet éclairage par le
prisme de la victime éventuelle que notre approche de la controverse est spécifique.



Stratégie adoptée

En axant notre étude autour du cheminement que poursuit la victime éventuelle, nous pouvons
traiter tous les aspects du problème. D’abord en traitant l’abus, l’oubli et la thérapie, nous
confronteront l’expérience de la victime éventuelle au rôle des théra
peutes et des psychanalystes. Nous
tenterons de répondre à la question de savoir si ces derniers aident la victime à reconstituer une
représentation mentale exacte des événements ou bien s’ils implantent des faux souvenirs chez le
patient, comme le soutien
nent certains scientifiques. Nous tâcherons alors d’éclairer le débat qui existe
entre les neurobiologistes et les thérapeutes quant à la possibilité biologique de retrouver des souvenirs
a posteriori, toujours en s’intéressant à la situation de la victime

balancée entre deux diagnostics
antagonistes. Enfin, nous suivrons la victime jusqu’au tribunal et examinerons la question de la

5

fiabilité de la preuve que constitue un témoignage lors du procès. Loin de linéariser notre approche, ce
choix nous permettra
de visualiser clairement toutes les interactions entre les acteurs de la controverse.


Cohérence de l’approche

Le fil rouge qui nous guidera le long de notre étude sera la question de la fiabilité des
souvenirs, que ce soit pour la victime éventuelle qui e
ssaie de découvrir la vérité, pour les
neurobiologistes qui cherchent à comprendre le fonctionnement de la mémoire, ou pour les magistrats
qui cherchent à rendre la justice. A travers l’étude des différentes étapes, nous confronteront les
différents points

de vue des acteurs pour chercher à résoudre cette controverse en distinguant la réalité
de l’illusion.




6

3.

Approche initiale
de
visualisation
























7

4.

Scénario du film




Ière partie


(voix off)

Madame X a 28 ans. Elle est célibataire. Elle
se sent déprimée.

Monsieur Y est psychothérapeute. Il est diplômé d’un Master de psychologie.

(caméra subjective)

Madame X raconte son mal
-
être, l’impression de ne pas savoir ce qui ne va pas,

ambiance d’incertitude

Monsieur Y et Madame X se voient réguli
èrement au cours de longues séances sur le divan.
Jusqu’au jour où Monsieur Y émet une nouvelle hypothèse : Madame Y se serait fait violé par
son père.

Comment Madame Y peut
-
être sur que Monsieur Y dit vrai ? Mais d’ailleurs, qu’est
-
ce qu’un
souvenir ?



I
Ième

Partie


A.

Fonctionnement du cerveau, création d’un souvenir


On se concentre sur les souvenirs liés à un éventuel traumatisme. En psychologie cognitive, il
s’agit de la mémoire épisodique, mémoire des événements vécus et de leur contexte. La
mémoire
épisodique se différencie de la mémoire collective, ou sémantique (la mémoire des
concepts). Elle contient 3 phases
: l’encodage, le stockage et la récupération

de
l’information.


Le cerveau est composé de milliards de neurones interconnectés. Ils communi
quent grâce à
des impulsions électriques “les potentiels d’action”. La spécificité de ces cellules réside dans
le fait qu’elles peuvent se remodeler et reconfigurer leurs circuits grâce à la plasticité
cérébrale (plasticité permise par les synapses).


Enc
odage

: transformation de l’information en représentation mnésique. Lorsque l’on reçoit
de l’information par l’intermédiaire de nos organes sensoriels, les signaux déclenchent des
activations neuronales. Ces activations se représentent physiquement par des

trains
d’impulsions électriques. Ils ont une organisation spatiale (la localisation des neurones qui
émettent des décharges) et temporelle (la fréquence, le rythme et les cohérences de ces
décharges).

Ces motifs d'activité se propagent à différentes aire
s cérébrales, dites «
associatives », où se combinent les informations de diverses modalités sensorielles : par
exemple, dans ces aires, sont associés les motifs correspondant aux stimuli visuels, à une

odeur particulière, à une impression (il faisait cha
ud, ou il pleuvait), à une émotion.
L'ensemble de ces représentations complexes forme le souvenir qui est alors perçu comme un
tout


Stockage
: le souvenir de l’événement peut alors devenir un élément de la mémoire à long
terme. Le stimulus induit un signal de transduction (communication entre les neurones).
Lorsque le signal atteint le noyau du neurone il va activer de l‘ARN (facteur de transcr
iption)
qui conduit à la synthèse de protéines. Les protéines à leur tour changent la plasticité
cellulaire. Le stockage implique une communication entre les structures cérébrales (comme
un circuit) qui relie le lobe temporal (avec l’hippocampe) et les aut
res parties du cerveau.

8

Pour la mémoire épisodique l’hippocampe est un élément clé. Il permet la réorganisation et
renforcement des connexions entre les neurones.


→ On sait que l’injection d’une molécule qui bloque la synthèse de ces protéines empêche la
formation d’une souvenir à long terme (mais n’affecte pas la mémoire à court terme). Il est
donc possible qu’un processus biologique bloque le stockage d’un événement dans la
mémoire à long terme, mais ce processus n’a jamais été démontré in vivo.



Récupé
ration
: c’est la réactivation et la reconstruction des représentations internes
emmagasinées. Cette phase est très complexe car il faut à la fois accéder à la trace mémorielle
correcte mais aussi trier les informations utiles par rapport à cette trace. C’e
st dans cette phase
que les distorsions et illusions sont produites
-

notamment les faux souvenirs. Mais la
récupération peut également être facilitée par la simulation d’un contexte similaire à
l’événement.
(C’est ce que font les thérapeutes)


A cause de sa plasticité, on ne peut pas considérer la mémoire comme quelque chose de fixe.
Elle est modifiable et malléable. Pour que l’on puisse avoir une mémoire aussi extensive,
cette caractéristique est indispensable. Mais elle nous pose aussi le prob
lème de la fiabilité
des souvenirs.
Il est parfaitement possible biologiquement que le cerveau forme

des faux
souvenirs.


B.

L’histoire de la controverse sur les faux souvenirs induits


Est
-
il possible qu’un psychothérapeute implante un faux souvenir chez un

patient

?

Le consensus entre les neurologues et les scientifiques des neurosciences est total sur la
capacité du cerveau à former de faux souvenirs. Ils pensent qu’il est possible lors de la
récupération d’un souvenir que le souvenir ait pu être modifié,
ou que les méthodes de
récupération (odeur, bruits, visages) aient pu biaiser le tri d’information importantes du
souvenir ou éventuellement le changer.


On utilise le terme de “faux souvenirs induits “ pour parler d’un éventuel abus de la
psychothérapie.

Il s’agit du fait d’induire, volontairement ou pas, par les entretiens
psychothérapeutiques des faux souvenirs d’abus en général. On nomme ce phénomène
-

syndrome des faux souvenirs.
Certaines psychothérapies prétendent en effet faire ressurgir à
la mémoi
re des patients des souvenirs qu’ils auraient oubliés de traumatisme enfantins
(généralement sexuels). Le thérapeute émettrait des hypothèses et inviterait son patient à se
souvenir ou peut être inventé des souvenirs sans se rendre compte.


→ La résurgenc
e tardive de souvenirs par un patient et l’implantation possible par un
thérapeute de ces souvenirs sont au cœur d’une controverse. Est
-
il possible de récupérer des
souvenirs après des années? Est
-
il possible d’implanter des souvenirs chez quelqu’un?


La controverse sur l’implantation de faux souvenir naît aux Etats
-
Unis en 1992 lorsque le
mathématicien Peter Freyd est accusé par sa fille adulte d’attouchement sexuel lorsqu’elle
était enfant. Peter Freyd crée alors la False Memory Syndrome Foundation, a
ssociation à but
non lucratif qui regroupe et défend les victimes accusées sur la base de souvenirs supposés
induits
.


Vidéo Gephi


9

Une analyse scientométrique des publications scientifiques traitant du sujet des souvenirs
retrouvés nous permet de visualise
r l’évolution du débat. Le nombre d’articles publiés sur le
thème et la nature des acteurs en jeu varient fortement en fonction des périodes.

Sur la période de 1997 jusqu’à

la fin des années 1990, les termes employés sont peu
nombreux et très génériques :

recovered memory ou sexual abuse. On remarque que le
vocabulaire lié à la victime est central, les mots clés les plus utilisés

relèvent du champ
lexical de la thérapie et du traumatisme subi par la victime comme le terme «trauma ». Il est
intéressant de
remarquer que le terme de «recovered memories » donne d’emblée l’impression
que les souvenirs retrouvés sont réels. La préoccupation principale durant cette période
semble donc être la réparation de la vie de l’éventuelle victime. Dès le début, la controve
rse a
été en lien avec les abus sexuels.

En 1999,

apparaît un deuxième pôle de termes dans le débat : il s’agit de la neurobiologie qui
se mobilise, autour de l’étude de la « central memory system trauma ». Les deux domaines ne
s’entrecoupent pas : les ne
urologues se concentrent sur les phénomènes biologiques et non sur
la victime.

En 2001 un nouveau terme devient central, celui « false memory » qui apparaît désormais aux
côtés de « recovered memories ».

Il faut noter que la prise de conscience de l’existe
nce d’une
controverse sur la fiabilité des souvenirs induits date de 2001 avec l’apparition du terme «
recovered memory contreversy ».

A partir de 2005, le débat se concentre autour de deux pôles, le pôle de la biologie, avec des
termes neurobiologiques et médicaux, et le pôle de la victime, avec des termes de la thérapie
et de la psychanalyse. Des événements précis marquent le débat péri
odiquement, comme le
terme « Vietnam War Veterans » ou « Argentinian dictatorship » et mobilisent des termes de
différents domaines autour d’eux. De manière générale, plus le débat avance, plus les acteurs
se lient entre eux, mais il faut pour cela qu’un é
vénement précis attire leur attention et relance
la polémique.



C.

Le jeu d’acteurs


La controverse sur les faux
-
souvenirs n’est pas unitaire. Elle est en fait un ensemble de sous
-
controverses provoquées par de nouveau cas d’accusation. Les tribunaux agisse
nt comme les
déclencheurs, les accélérateurs de la controverse.




Les neurologues et scientifiques des neurosciences sont formels. Il est impossible de
prouver biologiquement qu’un souvenir est faux. Qu’il s’agisse des techniques de
visualisation ou des mo
dèles scientifiques communément acceptés, rien ne nous permet de
différencier un vrai d’un faux souvenir en biologie. On pourrait se contenter de ce consensus.
Mais la présence de victimes, souvent en souffrance, et l’éventualité d’un recours en justice
re
ndaient une réponse nécessaire.

Il fallait apporter un avis scientifique. La question s’est alors déplacée pour devenir

: Est
-
il
possible de retrouver des souvenirs 10 ans après les avoir oublié?

Les neurologues se divisent alors en deux camps. Mais encor
e une fois, le modèle
communément accepté de fonctionnement de la mémoire et les techniques d’imageries ne
permettent pas aux scientifiques d’avancer des arguments biologiques à leur position.
Les
scientifiques restent donc assez neutres. Ils défendent la
capacité de créer des souvenirs à long
terme mais aussi la capacité de récupérer des souvenirs avec des “aides” (simulations de
récréations du contexte de l'évènement).


L’incertitude persistant dans le domaine biologique, le débat s’est retrouvé phagocyté

par de
nouveaux acteurs

:



10



Les psychothérapeutes


Le terme de psychothérapeute recouvre des acteurs multiples: les psychiatres, les
psychologues, et les psychanalystes.

Depuis le 1
er

juillet 2010, la loi exige, pour les non
-
médecins, la possession d'une

formation théorique validée par un diplôme de

master

en

psychologie

ou

psychanalyse

pour pouvoir exercer, les thérapeutes “libres” ne peuvent plus
exercer légalement en France.


Les psychiatres sont des médecins. Leur argumentaire est par conséquent majoritairement
porté sur des faits, des preuves s
cientifiques. La quasi
-
inexistence d’arguments scientifiques
pour résoudre la controverse les place dans la même position que les neurologues, celle de la
prudence.


Les psychanalystes et les psychologues eux, se positionnement différemment des psychiatres
,
bien qu’ils soient très loin de former un groupe homogène. Certains sont convaincus
de
l’existence des souvenirs retrouvés et de la capacité pour un adulte de faire resurgir des
éléments de son enfance a priori “oublié”. Ce petit groupe de convaincus con
stitue d’ailleurs
un des groupes d’acteurs le plus actif de la controverse. Leurs arguments sont multiples, bien
qu’ils ne soient pas biologiques mais empruntent à des thèses de science psychologique et à
ce qu’ils considèrent comme des preuves de l’effica
cité de leur thérapie, comme des patients
guéris de leur dépression par exemple.


Les psychothérapeutes méfiants à l’égard des thérapies impliquant des souvenirs retrouvés
sont nombreux. Bien qu’ils ne soient pas réunis au sein d’une association, ils se r
egroupent
autour d’une psychologue américaine devenue spécialiste internationale du sujet Elizabeth
Loftus. Elizabeth Loftus, qui signe d’ailleurs la majorité des articles portant sur le sujet de la
mémoire retrouvée, affirme avoir prouvé grâce à des expér
iences sur de larges échantillons
d’individus qu’il était possible de recréer de toute pièce un événement complet qui n’a pas eu
lieu chez un patient. Elizabeth Loftus se place ainsi comme un des rares intermédiaires
pérennes, si ce n’est le seul, entre l
a controverse qui existe entre les psychothérapeutes et
l’avis des scientifiques des neurosciences.


Le débat entre les psychothérapeutes convaincus de l’existence de faux
-
souvenirs et les
neurologues n’est en effet jamais direct. Il faut, pour que la cont
roverse se relance, qu’un cas
de procès impliquant des faux souvenirs s’ouvre, rendant ainsi possible une confrontation des
deux points de vus, par déclarations interposées en dehors des tribunaux. Mais l’écart qui
sépare la nature des arguments ne permet
pas de faire avancer l’issue de la controverse dans
un sens ou dans un autre, et en absence de nouvelles données scientifiques, tous les acteurs
campent sur leur position.




La société civile


Réappropriation des enjeux par les acteurs non scientifiques.


La société civile s’est très vit emparée du débat. Elle constitue un acteur en tant que tel qui
influe dans la controverse, surtout par l’intermédiaire d’association comme la False Memory
Syndrome Fondation. Cette association américaine est un des acteurs
clés de la controverse.
Son but est multiple. Elle conseille les parents accusés sur la base de souvenirs retrouvés et
subventionne les recherches scientifiques visant à différentier les vraies des fausses
accusations. Elle se fait également le porte parol
e de tous les acteurs (scientifiques,
psychothérapeutes) méfiant à l’égard des souvenirs retrouvés et constitue sur Internet le cœur
de la controverse.


En France également, la société civile occupe une part importante de la controverse. Sur
Internet, ell
e occupe une place centrale dans le réseau des sites web. En effectuant une

11

cartographie du Web, on remarque d’ailleurs que les sites d’associations civiles visant à lutter
contre les dérives des psychothérapeutes constituent un des nœuds principal du rése
au.




La justice


La justice est un acteur forcé de la controverse. C’est par elle qu’est né le débat. Elle est donc
obligée de trancher.

Transition IIIème partie



IIIème partie



La controverse des faux
-
souvenirs est spécifique : elle est ancrée dans la

justice, dans l’acte
pénal. Il faut absolument trouver une vérité, même si elle est construite. Chaque cas de
controverse doit se clore même si la «

grosse controverse

» ne peut pas encore se clore. C’est
boîte noire incompréhensible. Il faut partir du dé
tail, du cas par cas pour pouvoir la résoudre.


Or c’est à la justice de résoudre le cas par cas. Comment se positionner dans l’interaction
thérapeutes/neurobiologistes? Là réside la différence majeure entre le cas américain et le cas
français.


Aux Etats
-
Unis, le nombre de procès ouvert depuis 1990 concernant des souvenirs retrouvés
s’estime à plusieurs centaines. La justice a donc finit par se positionner dans la controverse.



En 1992, la False Memory Syndrome (FMS) Fondation décide de mener un projet d
'enquête.
Elle analyse la réponse des tribunaux aux litiges portant sur la redécouverte présumée,
généralement au cours de la psychothérapie, de la mémoire d'inceste et de maltraitance.

En
1998, le projet avait accumulé suffisamment de données pour dresse
r un portrait graphique de
l’évolution de la réponse des tribunaux face à ce genre de recours. L’enquête montre que les
tribunaux ont, au début de la controverse, pris les accusations d’inceste basées sur des
souvenirs retrouvés très au sérieux. Un certain

nombre d'États ont même modifié leurs lois sur
la prescription pour permettre aux adultes de porter plainte pour abus sexuel dans l'enfance de
nombreuses années après que l'abus ait eu lieu. On demandait aux jurés de considérer les
témoignages non corrobo
rés basés sur des souvenirs retrouvés qui avaient été prétendument
réprimées pendant des années. Les accusés qui se sentaient injustement accusé avaient peu de
moyens de se défendre face à ce nouveau type de «preuve».

Mais au fur et à mesure que les neuro
logues, les psychiatres, et les associations civiles
soulevaient le problème de la fiabilité de ces souvenirs, les tribunaux se rangeaient du côté de
la prudence et les peines devenaient plus mesurées. Le pourcentage d’acceptation de
demandes d’ouverture d
e procès basés sur des souvenirs retrouvés a alors chuté
drastiquement. Le nombre de demandes d’ouverture de procès a alors baissé lui aussi.




La justice a ainsi initié aux Etats
-
Unis à la fois l’ouverture mais également le
processus de fermeture de la c
ontroverse.


En France, la situation est bien différente. Le premier procès ouvert contre un thérapeute pour
“ manipulation mentale” a eu lieu en 2011 avec le procès Benoit Yang Ting
. Ce psychologue
est accusé d’avoir induit de faux souvenirs dans la mémoire de ses patients et de leur avoir
subtiliser d’importantes sommes d’argent.
Benoit Yang Ting
aurait ainsi fait à ses patients que

12

leur dépression provenait de traumatismes sexuels
oubliés durant leur enfance. Deux d’entre
eux ont porté plainte.

Le procès en appel aura lieu en juin 2013.


C’est la première fois que la justice française à affaire à ce genre de cas. Par conséquent, sa
position est beaucoup moins tranchée que peut l’êt
re celle de la justice américaine sur le sujet.
Les juristes français que nous avons rencontrés pensent d’ailleurs qu’il serait une erreur que la
justice française se positionne dans le réseau d’acteur de la controverse des faux
-
souvenirs
comme l’a fait la

justice américaine.

Pour eux, la justice ne peut pas s’aider de la science si celle
-
ci n’a pas statuer clairement sur
le sujet. La controverse est beaucoup trop ouverte. Les avocats s’autocensurent dans leur rôle
“nous ne sommes pas médecins”. Les juges é
galement, refusent de prendre parti dans la
controverse globale des faux
-
souvenirs et refusent de se considérer comme des acteurs.




13

5.

Données graphiques





Graphique
s

qui représente
nt

le nombre et l’issue des procès mettant en jeu des souvenirs retrouvés
aux Etats
-
Unis de 1990 à 1998








14

6.

Cartographie du web



Les différents réseaux de sites internet visualisés sous le logiciel de visualisation Gephi

ont été
obtenus grâce au logiciel NaviCrawler. La base de données Navicrawler comportait 200 «

IN

» et
environ 3000 «

NEXT

». Les mots clés utilisés ont notamment été «

souvenirs retrouvés

», «

recovered
memory

» «

therapy on traumatic memory

» ou encore

«

faux souvenirs induits

». Un tri de la base de
données a été effectué sous Navicrawler avec l’option «

OUT

» et sous Gephi en utilisant l’outil
recherche dans le «

Laboratoire de données

» (suppression des pages Google, Amazon et des
publicités).


I.

Etude

des nœuds principaux


La spatialisation du réseau avec l’algorithme «

Force Atlas 2

» nous donne la représentation ci
-
dessous. Ici, les sites ne sont pas pondérés en taille en fonction de leur degré entrant ou sortant. Un
filtre de couleur a été appliqué

: plus le bleu est foncé, plus le site a été visité.






Organisation spatiale des nœuds






Le réseau obtenu est très dense le long d’un axe Nord
-
Ouest/Sud
-
Est

et devient de plus en plus lâche
en périphérie de cet axe. Nous pouvons clairement distinguer trois nœuds principaux à ce graphe (A,
B, C). Le nœud A fait le pont entre les nœuds B et C.


15











A constitue le nœud principal de notre représentation, i
l est d’ailleurs situé très près du centre de notre
réseau et est constitué de plusieurs sous
-
nœuds. Même si ces sous
-
nœuds ne sont pas séparés très

16

distinctement nous pouvons observer deux sous ensemble (a1et a2) de part et d’autre d’une zone plus
lâche.
Ces deux sous
-
nœuds sont fortement liés par de nombreux sites qui semblent faire le pont entre
les deux entités.


Le nœud B lui ne comprend pas de sous nœud. Il est si dense qu’il se sépare clairement du reste du
réseau.


Le nœud C est aussi différent
des autres nœuds, bien qu’il ne comporte qu’une seule sous
-
entité, celle
-
ci n’est pas si dense que pour B

; c1 est en fait le centre du nœud C qui devient de plus en plus lâche à
la périphérie de c1.



Analyse du nœud A



Le nœud A est en fait majoritairem
ent constitué de sites non francophones qui traitent du sujet des
souvenirs retrouvés suites à une amnésie traumatique
. La séparation en deux sous
-
nœud a1 et a2 est
presque uniquement linguistique

: le nœud a1 est constitué de site en néerlandais sur le su
jet tandis que
le nœud a2 est constitué de site anglais, australien et américain. Il est très intéressant d’observer la
manière dont sont constitués ces sous
-
nœuds. En effet, pour chacun des deux sous
-
entités a1 et a2 nous
pouvons observer que le centre d
es sous
-
réseaux est constitué par un site purement scientifique entourés
par des sites clairement sceptiques à l’idée de la possibilité de retrouver ces souvenirs.

Le site a1 est par exemple polarisé autour du site de l’Université de Maastricht qui publie
à ce sujet,
alors que le nœud a2 est centré sur le site officiel du chercheur Jim Hopper qui a publié beaucoup
d’articles étudiant la possibilité de l’existence de souvenirs retrouvés à la suite d’un trauma infantile.





Il est très intéressant de souli
gner la manière dont laquelle une myriade de sites mettant en garde
contre les dérives des thérapistes s’organise autour de ces points nodaux. C’est d’ailleurs un site
mettant en garde contre les dérives des thérapies qui lie les sites anglophones et néerl
andais de a1 et
a2.



17









Analyse du nœud B



Comme nous l’avons dit précédemment, le nœud B est remarquable par son incroyable densité. Il est
cependant difficilement lisible sans avoir recours à une partition selon le degré sortant (les plus gros
disques correspondent aux sites citant le plus de liens).





18




Nous pouvons observer grâce à cette nouvelle représentation que le
nœud B est en fait constitué du site internet au plus haut degré
sortant de notre réseau

:
http://www.trauma
-
pages.com/
. Il s’agit
d’un site qui regroupe presque intégralement l’ensemble des liens
vers les publications scientifiques, les associations de défenses
contre les thérapies nuisibles et l’avis des psychanalystes. Le nœud
B

est donc en fait uniquement constitué par cet ensemble de sites
divers cités par

trauma
-
pages. Cela explique donc la proximité du nœud B et du
nœud A et la nature du pont unilatéral qui lie B et A. En effet, étant
donné que A est constitué majoritaireme
nt de sites scientifiques et
d’associations, il est normal qu’il soit cité par B.









Analyse du nœud C



Le nœud C est en fait exclusivement constitué de site en français. Nous pouvons donc conclure que la
langue est un critère de spatialisation cruci
al dans notre représentation. Le réseau français est
beaucoup moins dense que les réseaux anglo
-
saxons ou néerlandais. Il n’est pas organisé selon une
hiérarchie thématique précise et se mêlent de nombreux sites de presse, des blogs, mais aussi et surtout
des sites visant à mettre en garde l’internaute contre les «

faux souvenirs induits

». Nous pouvons en
effet déduire de l’étude du nœud C que le web français est majoritairement orienté vers un point de
vue de la controverse niant la véracité des souvenirs

retrouvés. Les sites au centre du nœud B sont en
effet des sites de mise en garde contre les dérives des psychothérapeutes et d’écoute des victimes des
thérapistes (
http://www.psyfmfrance.fr

ou
http://www.psyvig.com
)







19


II.

Analyse des nœuds mineurs remarquables





Le réseau que nous avons obtenu permet également de visualiser des nœuds mineurs en périphérie.
Tous ces sous nœuds ne présentent pas nécessairement de l’intérêt
(le nœud i ne fait que regrouper des
sites de librairies vendant des livres sur le sujet, h n’est en réalité pas un nœud puisque les sites sont
proches mais ne se citent pas). En revanche, certains nœuds sont remarquables.


Le nœud d est tout particulièrem
ent intéressant. Il regroupe en effet les sites gouvernementaux des
tribunaux, les sites de conseils juridiques et d’aide à l’’accès au procès. Pourtant, alors qu’il paraît
central à la controverse, cet ensemble de sites strictement juridiques est complèt
ement séparé du reste
du réseau.


Les réseaux e et g sont eux uniquement constitué de blogs francophones (raison pour laquelle ils ne
sont reliés qu’au nœud C). Il paraît étonnant que ces nœuds soient si espacés, mais cela peux
s’expliquer par la différen
ce de plateforme utilisée.


Le nœud f lui, est une branche uniquement constitués de forums internet liés au sujet des souvenirs
retrouvés, reliés au nœud C par l’intermédiaire du site
http://www.doctissimo.com
, sit
e français de
«

banalisation médical

» dont les pages de forum sont les plus visités en France.







20

III.

Analyse de la carte pondérée par le degré entrant


La carte pondérée nous permet d’avoir une idée plus précise de la réelle importance d’un site dans le
r
éseau. Plus il est représenté avec un disque large, plus il est cité par les autres sites. Il n’est d’ailleurs
pas étonnant de remarquer que les sites les plus cités sont souvent représentés par un bleu foncé, et
sont donc aussi les plus visités.









21

Le réseau obtenu nous permet de retrouver les nœuds A et C identifiés précédemment. Il confirme
également la prédominance du nœud A sur le réseau.



La nature du nœud A confirme nos précédentes observations. Il est en majorité polarisé autour de
sites sc
ientifiques (le site de l’université de Washington apparaît comme un des sites principaux du
nœud) et d’associations luttant contre les mauvaises thérapies (le site
http://www.stopbadtherapy.com

apparaît comm
e le plus cité du nœud)








22

Le nœud C est lui orienté autour de deux sites visant à lutter contre les dérives des psychanalystes

:
http://www.psyvig.com

(psychothérapie vigilance) et
http://afsifrance.org

(AFSI

: Alerte Faux
Souvenirs Induits) comme le prédisaient nos observations. Le site
http://psymfrance.fr

est lui
directement spécialisé sur le cas des faux s
ouvenirs induits. Il est très documenté scientifiquement et
lie donc logiquement les sites français du nœud Cet étrangers du nœud A.




Le nœud B lui, semble avoir éclaté. Pourtant, il est demeuré intact. Sa taille est logiquement réduite
par rapport au
x autres nœuds car rappelons le, il était uniquement le fruit d’un site bibliographique
recensant un nombre gigantesque de sites. Or ce site bibliographique n’est que très peu cité, et les
sites qu’il cite ne le sont pas d’avantage. Il apparaît donc effa
cé par la spatialisation par degré entrant.















En revanche, il est intéressant de noter l’apparition d’un nouveau nœud Z au sommet du réseau.



23



Ce nœud est presque uniquement constitué du site français
http://psychotemoins.nist.fr
. Ce site est en
fait le seul site majeur français qui regroupe uniquement des publications scientifiques sur le thème
des souvenirs retrouvés. Contrairement au web français, il n’expri
me pas de point de vue mais renvoie
simplement à des publications scientifiques sur le sujet. C’est la raison pour laquelle il se rapproche
plus du nœud A que du nœud C. La différenciation linguistique ne joue plus ici car ce site se
rapproche en substan
ce plus des sites scientifiques étrangers que des pages françaises sur le sujet.





Conclusion et réflexion

L’étude des réseaux sous Gephi a été heuristique. Tout d’abord, elle nous a permis de réaliser que le
point de vue selon lequel les souvenirs retro
uvés sont un phénomène induits qu’il faut combattre est
majoritaire sur Internet. Les sites de thérapeutes revendiquant l’existence de ces souvenirs retrouvés
sont presque inexistants, ou ne sont du moins que très peu cités. Ensuite, l’étude des réseaux n
ous a
permis de visualiser une certaine étanchéité entre les sites français et étrangers au sujet des
«

souvenirs


retrouvés». D’ailleurs, il sera très utile de garder en tête que le Web français est largement
dominé par des sites comparant les thérapies v
isant à retrouver des souvenirs enfouis au sectarisme et
au charlatanisme. D’ailleurs, très peu de sites français ne sont réellement scientifiques hormis
l’exception notable de
http://psychotemoins.nist.fr
. L’an
alyse des réseaux nous a également permis de
visualiser l’isolement si ce n’est l’absence de l’acteur juridique de la controverse sur la toile. Enfin,
grâce à Gephi, nous pouvons émettre l’hypothèse que si les associations de défense des victimes des
théra
pies sont si liées sur le Web aux sites de publications scientifiques, cela tend à prouver rien
qu’avec l’étude de réseau que les associations dénonçant les abus de l’usage des «

souvenirs
retrouvés

» sont en accord avec les scientifiques, et donc que les
scientifiques ont plus tendance à nier
l’existence de telles résurgence de mémoire que de les affirmer. Mais reste à vérifier avec une
approche qualitative.



24

7.

Analyse scientométrique




Nous avons réalisé une carte de scientométrie

et une vidéo montrant l’évolution des réseaux
scientométriques dans le temps, afin de comprendre quels acteurs ont été mobilisés à chaque période,
quels thèmes ont été abordés et quelles relations ils ont entretenus en fonction du temps.


Revenons brièvem
ent sur la technique utilisée. Nous avons effectué nos recherches en anglais
afin d’avoir plus de sources, autour du terme «


recovered memory

trauma ». Cette recherche a été un
bon point de départ puisqu’elle nous a donné 172 noeuds et 449 edges. Nous avo
ns utilisé Scopus puis
Gephi pour corréler les données date et mots clés, avec l’algorithme
Hifan Hu proportional
. Nous
avons fait ce choix d’algorithme car nous cherchions à faire des corrélations entre les dates et les mots
clés.
Puis nous avons fait un

deuxième réseau montrant les liens entre les auteurs et les mots clés. En
liant les deux réseaux nous pouvons visualiser à quel moment apparaissent les différents acteurs et les
étudier. Cependant, notre étude se concentrera sur le premier réseau, en uti
lisant le deuxième juste
comme outil de comparaison.

Dans l’ensemble nous ne pouvons voir qu’un immense cluster puis quelques nœuds éloignés
et isolés. Il s’agit des mots clés scientifiques, qui n’apparaissent seulement au début de la controverse.
On devin
e que ces notions scientifiques sont donc des pistes, des hypothèses scientifiques qui n’ont
pas apporté grand chose sur le sujet, des tentatives de recherches qui n’ont pas progressés.


Ces nœuds isolés disparaissent à partir de 2003 (voir l’image suivante).







25







Voici alors la carte scientométrique sur laquelle nous allons nous concentrer

:



I.

Interprétation de la distribution des nœuds


En regardant la carte dans son
ensemble, on remarque que la controverse recoupe beaucoup de
domaines, très reliés entre eux. On peut distinguer les expressions révélant de la thérapie et de la
victime potentielle, de loin les plus nombreux et les termes psychanalytiques ou neurobiologiq
ues, et
enfin le mot

law

qui marque la connexion de la controverse avec le champ judiciaire.


Grâce à une légende de couleurs, on peut voir comment ces acteurs se répartissent sur la carte

:


26



Légende

:

En
bleu

ce qui relève de la science

En
jaune

ce qui relève les victimes

En
vert

ce qui relève de la psychanalyse/ thérapeutes

En
rouge

ce qui relève de le judiciaire.

En
blanc

ce qui relève des termes génériques de la controverse

:


(Trauma, Recovered Memories, Memory, Repression)


On remarque que les mots relevant des victimes sont au centre, reliés aux différents acteurs.
Les scientifiques restent ensemble, mais en différents pôles

: autour du terme plutôt neurobiologique,
«

cognition

» d’une part (à gauche), et du terme plutôt méd
ical, «

post traumatic stress disorder

» (à
droite), de l’autre.



Le domaine judiciaire, comme les scientifiques, possède un emplacement très spécifique. Les
termes juridiques sont reliés entre eux et un peu à l’écart des autres nœuds. Il est intéressant

de noter
que les thérapeutes au contraire s’infiltrent de manière diffuse et aléatoire dans la controverse,

27

majoritairement dans le domaine des victimes. Les articles qui parlent des expériences des victimes
commentent simultanément le rôle des thérapeute
s ou des psychologues.






Avec le deuxième réseau, nous pouvons étudier de manière plus détaillée les nœuds d’articles
scientifiques en faisant apparaître notamment les noms des auteurs scientifiques pour les deux mots
clés «

cognition

» et «

PTSD

»

(
post traumatic stress disorder).



II.

Interprétation de la taille des nœuds


Les nœuds principaux recoupent différents domaines. Les termes «

recovered memories

»,
«

trauma

», «

child

abuse

» sont d’ailleurs au centre du débat dans tous les domaines. Autour de ces
termes, il existe des termes plus spécifiques à chaque domaine, moins évoqués dans les sources
étudiées

: on peut citer «

répression

» pour le psychanalyse, «

cognition

» pou
r la neurobiologie

» et
«

autobiographical error

» pour les victimes. On constate également l’apparition de termes renvoyant à
des événements précis en lien avec ces problématiques qui à certaines époques ont été très étudiés,
comme «

Vietnam War Veterans

» ou «

Argentinian dictatorship

». Il s’agit d’événements ayant
provoqué des traumatismes, qui ont été étudiés par les scientifiques. Mais la controverse a beaucoup
évoluée dans le temps, différents acteurs se sont mobilisés avec différentes théories et pr
oblématiques.
Il est donc beaucoup plus instructif de regarder l’évolution dans le temps du réseau que la carte
statique dans son ensemble.




III.

Analyse du film

: analyse de la controverse en fonction du temps



On remarque différentes vagues successives
dans l’évolution de la controverse. Le nombre
d’articles publiés sur le thème varie fortement en fonction des périodes. La nature des acteurs
mobilisés varient également en fonction du temps.

Sur la période de 1997 jusqu’à la fin des années 1990, les term
es sont peu nombreux et très
génériques

: recovered memory ou sexual abuse. On remarque que le vocabulaire lié à la victime est
central, les mots clés les plus utilisés relèvent du champ lexical de la thérapie et du traumatisme subi

28

par la victime

: les t
ermes «trauma

» et «

recovered memory

» sont les plus utilisés. Il est intéressant
de remarquer que le terme de «recovered memories

» donne d’emblée l’impression que les souvenirs
retrouvés sont réels. La préoccupation principale durant cette période sembl
e donc être la réparation de
la vie de l’éventuelle victime. Dès le début, la controverse a été en lien avec les abus sexuels,
notamment pendant l’enfance, terme qui apparait très souvent, tout comme le terme de dissociation,
qui laisse penser qu’il s’agit

d’une sorte de schizophrénie.








1997





1998 (début)



1998 (fin)


En 1999, apparaît un deuxième pôle de termes dans le débat

: il s’agit de la neurobiologie qui
se mobilise, autour de l’étude de la «

central memory
system trauma

». Les deux domaines ne
s’entrecoupent pas

: les neurologues se concentrent sur les phénomènes biologiques et non sur la
victime.

Les termes neurobiologiques vont ensuite s’effacer
progressivement jusqu’en 2001, date qui marque le retour en n
ombre
de termes psychanalytique. Mais une chose change en 2001

: un nouveau terme
devient central

: «

false memory

» qui apparaît désormais aux côtés de «

recovered
memories

».






Il faut noter que la prise de conscience de l’existence d’une controverse
sur la fiabilité des
souvenirs induits date de 2001 avec l’apparition du terme «

recovered memory contreversy

».

A partir de 2005, le débat se concentre autour de deux pôles, le pôle de la biologie, avec des
termes neurobiologiques et médicaux, et le pôle de la victime, avec des termes de la thérapie et de
la psychanalyse. Des événements précis marquent le débat péri
odiquement, comme le terme
«

Vietnam War Veterans

» ou «

Argentinian dictatorship

» et mobilisent des termes de différents
domaines autour d’eux.

En effet, plus le débat avance, plus les acteurs se lient entre eux. En 2010 apparait le mot «

law

»,
témoigna
nt de l’irruption d’une nouvelle problématique et d’un nouvel acteur

: le secteur judiciaire.


IV.

Conclusion

L’étude de la vidéo nous a permis de visualiser les évolutions de la controverse en fonction du
temps. Elle nous a permis de comprendre comment la con
troverse s’est étendue à des nouveaux
domaines et à de nouvelles théories scientifiques. A partir du simple mot «

memory

», la controverse
s’est étendue en toile d’araignée vers de nombreux autres termes. Il est intéressant de constater que la
«

naissance

» de la controverse date en vérité de 2001, avec la prise de conscience des acteurs de la
nature controversé du sujet. Le keyword «

recovered memory controversy

» devient en lui
-
même un
sujet d’échange entre les acteurs de la controverse.

Nous avons donc créé un outil très utile pour la suite de notre étude

: cette carte nous permettra de
diriger nos recherches et la lecture d’articles tout en sachant quels acteurs étaient en lice à chaque
période.


29



8.

B
iographies des

ateursinterviewé
s










Georges Chapouthier


né le 27 mars 1945
à Libourne

est a la fois biologiste
et

philosophe.
Après avoir étudié à

l’ENS
, il travaille
au sein du CNRS


il deviendra «

Directeur de
recherche émérit
é

».
Il est spécialiste de la mémoire
, et plus particulièrement
des

liens entre
mémoire et anxiété. Il a écrit entre autres

:
La biologie de la mémoire

;
Mémoire et cerveau


Biologie de l’apprentissage.






Laurent Cohen

né le 14 avril 1960,

est docteur en médecine

et neurologue. Il est
actuellement professeur de neurobiologie
à l’hôpital de La
-
Salpêtrière
. Il a écrit
entre
s

autres

:
Pourquoi les chimpanzés ne parlent pas (et 30 autres questions sur le cerveau humain)

;
L’homme
thermomètre

(le cerveau en pièce détachées).






Olivier Hillel

et
Anne Colonna

sont

tous deux avocats
à

Paris. Ils ont défendu les parties
civiles au cours du procès contre le thérapeute Benoit Yang Ting, accusé d’implanter de faux
souvenirs chez ses patients.


30

9.

Article

de presse en lien avec la controverse française



31




















































32










10.


33

10. Bilan






Réussites


L
a controverse des souvenirs retrouvés se prête bien à la cartographie.
L
es acteurs
s’opposent sur plus
ieurs
scènes, aussi bien dans le domaine

judiciaire, dans les neurosciences,

dans la société civile,
dans la psychologie
ou

la psychanalyse. Il s’agit d’une controverse sur
un point très spécifique de la mémoire, ce qui permet d’étudier le problème sous tous ses

aspects. La controverse révèle parfaitement les liens complexes entre sciences et sciences
sociales
. I
l s’agit d’une question scientifique dont les répercussions débordent dans la société.
La controverse reste

de plus très ouverte en France avec le procès

de B
enoît Yang Ting qui
est encore en cours aujourd’hui.

Nous avons eu accès à de nombreuses sources, et les interviews réalisées ont tou
te
s été
très enrichissant
e
s.

La collaboration entre étudiants de l’ENSAD et Sciences Po a été très bonne et nous a
p
ermis de réaliser nos objectifs initiaux.






Difficultés


Nous avons cependant rencontré des difficultés au cours de notre travail. D’abord, malgré
de nombreuses demandes de contact, nous n’avons pas réussi à obtenir l’interview d’un
psychothérapeute.

Nous avons donc étudié leurs positionnements à travers des articles de
journaux. Ensuite, nous n’avons malheureusement pas pu assister au procès de Be
noît Yang
Ting en cours d’appel. I
nitialement prévu pour avril, il a été repoussé jusqu’à début juin.
L’u
tilisation de passages d’interviews dans la vidéo a égale
ment été difficile
, puisque leurs
explications complexes se
prêtaient

mieux à la mise en scène sous forme de
schémas

ou
d’explications plus
succinctes

que dans des citations directes.




34

11.

Bibliographie






Neurobiologie


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35

12.

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