OGM : bombe à retardement pour l'environnement

incandescentnonBiotechnology

Dec 10, 2012 (4 years and 6 months ago)

271 views

OGM : bombe à retardement pour l’environnement
1
Position de Greenpeace
GREENPEACE S’OPPOSE A LA DISSÉMINATION D’OGM DANS
L’ENVIRONNEMENT
Greenpeace pense que la dissémination d’OGM dans l’environnement est
irresponsable vu les dangers posés à la biodiversité et le manque de
connaissances actuel quant aux autres effets négatifs potentiels des OGM.
Les principales caractéristiques des risques de pollution génétique sont sa
totale irréversibilité, son imprévisibilité
et l’ampleur de conséquences en
cascade sur les écosystèmes.
Greenpeace est également d’avis que les risques sanitaires à long terme des
OGM présents dans notre alimentation ou celles des animaux dont nous nous
nourrissons ne sont pas évalués et restent méconnus. Enfin, les OGM r
enforcent la dépendance de la production alimentaire et du vivant vis-à-vis de
quelques firmes multinationales.
Jamais auparavant le décalage entre les découvertes scientifiques et leurs
applications techniques n’avait été aussi court. Les nouvelles possibilités
techniques offertes par le génie génétique se succèdent à un rythme qui ne
permet plus d’en mesurer tous les dangers potentiels.
Greenpeace prône dès lors l’application du «principe de précaution» et
s’oppose donc à toute dissémination d’OGM dans l’environnement. Les
essais en champs, même à petite échelle, présentent également des risques
de croisement, et doivent donc aussi être interdits.
Greenpeace considère que les impacts négatifs cumulés de cette technologie
en agriculture, dans les industries alimentaire, forestière et piscicole
dépassent largement tout avantage théorique du génie génétique. Qui plus
est, ces risques sont encourus par tout un chacun, au bénéfice de quelques
entreprises.
Par contre, Greenpeace ne s’oppose pas à la recherche fondamentale
confinée dans les laboratoires, ni ne mène campagne au sujet des
applications médicales du génie génétique, même si elles soulèvent
d’importantes questions éthiques qui doivent être débattues au préalable par
la société.
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
2
Quelles menaces représentent les OGM pour l’environnement ?
DES DOMMAGES IRRÉVERSIBLES
Personne, pas même les généticiens, ne peut prévoir les conséquences à
long terme de l’introduction de nouveaux gènes dans l’environnement.
Malgré les menaces qui pèsent sur l’ensemble des écosystèmes, les
défenseurs du génie génétique, comme ceux de l’industrie du nucléaire il y a
quelques décennies, restent imperméables aux critiques de plus en plus
nombreuses.
Pourtant, une fois que des gènes sont lâchés dans l’environnement, il est
impossible de les «rattraper». Vu que les OGM sont des organismes vivants,
ils sont capables de muter, se multiplier, se reproduire avec d’autres
organismes vivants et continuer à le faire pendant des générations. En ce
sens, ils sont potentiellement plus dangereux encore que les polluants
chimiques. Une chose est certaine : une fois que des effets dévastateurs
seront apparents, il sera déjà trop tard !
Une technologie imprécise.
Dans un organisme vivant, il y a des milliers de gènes, voire des dizaines de
milliers pour les organismes supérieurs. Or, ceux-ci ne fonctionnent pas
selon le système un gène = une caractéristique. La fixation de l’azote, par
exemple, dépend d’au moins 17 gènes dans la bactérie et 50 dans la plante.
Les gènes n’opèrent pas de manière isolée et des interactions complexes ont
lieu entre les gènes, entre le génome et l’environnement cellulaire, entre la
cellule et l’organisme, et entre l’organisme et l’environnement.
La fonction d’une petite proportion seulement de l’ADN des organismes
supérieurs est connue. Le gène peut être intégré n’importe où dans le
génome de l’organisme récepteur. Son expression en dépendra fortement.
Cette introduction risque de perturber l’ordre des gènes et peut donner lieu à
des changements imprévisibles dans le fonctionnement cellulaire. Par
exemple, le Coton Bt de Monsanto planté en 1996 était censé résister aux
chenilles. Cependant, une partie de la surface cultivée du sud des États-Unis
a souffert d’une forte invasion. En dépit des affirmations selon lesquelles le
coton Bt serait efficace à 90-95%, certains consultants ont révélé que le
produit n’était efficace qu’à 60%
1
.

1
in Anderson L (1999), Genetic engineering, food, and our environment, p.45, Green Books
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
3
4 Pertes de biodiversité.
Selon la FAO, 75% de la diversité génétique de l’agriculture a été perdue au
cours du dernier siècle
2.
La «révolution verte» et ses variétés hybrides
uniformes, ainsi que les changements socio-économiques qui en découlent,
sont une des causes majeures de la perte de biodiversité en agriculture.
Parce que les manipulations concernent toujours des variétés à haut
rendement, l’arrivée de plantes transgéniques intensifie cette tendance à
l’uniformisation des cultures.
La biodiversité représente l’héritage biologique et culturel de la planète. Elle
permet l’adaptation à des changements dans l’environnement et assure la
sécurité alimentaire à long terme. Pour résister aux épidémies d’insectes
nuisibles, les agriculteurs ont besoin d’un large éventail génétique pour leurs
plantes, y compris des variétés qui ne sont pas forcément à haut rendement,
mais qui peuvent résister à des conditions plus difficiles.
La grande famine qui a frappé l’Irlande en 1840 fut la conséquence de la
rapide invasion par le mildiou des cultures de pommes de terre uniformes
génétiquement. Entre un et deux millions de personnes moururent et autant
émigrèrent. Le même parasite frappa aussi les Andes mais, là-bas, les
agriculteurs plantent des dizaines de variétés de pommes de terre. Cette
diversité génétique les a sauvés : seules quelques variétés ont été affectées
par le mildiou
3
.
En 1970, l’épidémie qui ravagea les champs de maïs des États-Unis détruisit
15% de la récolte et coûta à l’époque un milliard de dollars. Ce fut une
variété locale de maïs découverte en Afrique qui fournit la base génétique
permettant de résister à cette épidémie.
Un jour, peut-être, des caractéristiques nécessaires pour surmonter un
problème majeur comme la résistance d’insectes auront tout simplement
disparu.

2
Crop Genetic Resources, in Biodiversity for food and agriculture, FAO 1998
3
Brush S (1977), Farming on the edge of the Andes, Natural History 5, pp.32-41 ; Lappé M &
Bailey B, Against the Grain, Earthscan 1999, p.99.
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
4
4 Augmentation de l’utilisation des pesticides.
Les plantes génétiquement modifiées pour résister à certaines types
d’herbicides totaux, développées par les mêmes multinationales de
l’agrochimie qui commercialisent les herbicides en question, permettent aux
agriculteurs de pulvériser leurs champs et de détruire les mauvaises herbes
sans mettre en danger la culture elle-même. AgrEvo et sa filiale Plant
Genetics System, par exemple, ont développé du colza résistant à l’herbicide
glufosinate. D’après l’industrie, vu que cet herbicide possède un large champ
d’action, aucun autre herbicide ne devrait être utilisé, ce qui mènerait à une
réduction des quantités d’herbicides utilisées. Au contraire, l’utilisation à
grande échelle d’un seul et même herbicide fera apparaître des souches de
résistances parmi les mauvaises herbes (voir ci-dessous).
Lors de la rotation des cultures, des graines d’une culture survivent et
apparaissent parmi les nouvelles cultures la ou les année(s) suivante(s). Ces
mauvaises herbes «volontaires», comme on les appelle, représentent déjà un
énorme problème. Au Royaume-Uni, par exemple, 750 000 hectares de
cultures en rotation sont déjà infestés par du colza volontaire. Lorsque ces
plantes volontaires auront pour caractéristique la résistance à un herbicide, le
problème sera exacerbé.
L’augmentation probable des quantités d’herbicides utilisés à moyen et long
terme ne fera qu’accroître la pollution des sols et nappes phréatiques.
Comme leur nom l’indique, les herbicides totaux éliminent toute la végétation
(sauf l’OGM), donc également des plantes inoffensives. La baisse de
diversité qui en résulte est dommageable aux insectes, oiseaux et
mammifères qui en dépendent (voir ci-dessous). Les sociétés qui
commercialisent les pesticides sont évidemment avant tout motivées par des
ventes supplémentaires de leur produit. Actuellement, les multinationales qui
développent des cultures résistantes aux pesticides sont en train d’augmenter
leurs capacités de production
4
et d’introduire des demandes de permis pour
augmenter la quantité de résidus de ces produits chimiques tolérée dans les
aliments génétiquement modifiés. Monsanto clame haut et fort que le
Roundup, dont le principal ingrédient actif est le glyphosate, est «écologique».
Cependant, le Roundup cause également des dégâts à l’environnement. Le
glyphosate est en outre toxique pour un grand nombre d’insectes et de micro-
organismes bénéfiques. Son application augmenterait la susceptibilité de
certaines plantes à des maladies. Sa durée de persistance varie fortement en
fonction du type de sol (des analyses ont montré des persistances pouvant
aller jusqu’à 3 ans dans des sols de forêts suédoises). Le glyphosate n’est
pas non plus exempt de danger pour les travailleurs agricoles.

4
Monsanto, par exemple, vient de débuter au Brésil la construction d’une usine de fabrication
de Roundup d’une valeur de 550 millions de dollars (Dow Jones News, 13 janvier 2000)

OGM : bombe à retardement pour l’environnement
5
4 Développement de résistances.
Le développement de résistances à un herbicide peut transformer des
mauvaises herbes en «super nuisances» impossibles à contrôler sans
l’application massive de produits chimiques de plus en plus puissants.
La firme Monsanto elle-même a admis que ce phénomène de résistance est
«une chose très réelle» et que des autres herbicides devront être utilisés
5
.
Une autre catégorie de plantes transgéniques consiste en celles qui ont été
manipulées pour résister à des insectes. Un exemple est la variété de maïs
développée par Novartis pour se protéger de la pyrale. Par insertion d’une
version synthétique du gène de la bactérie Bacillus Thuringiensis (Bt), que
l’on trouve naturellement dans le sol, la plante produit ses propres toxines Bt.
Comme cette toxine est exprimée en permanence dans toutes les parties de
la plante, des feuilles aux racines, et que ce type de maïs est cultivé sur des
millions d’hectares (en 1999, environ 35% des champs de maïs des États-
Unis), les insectes nuisibles qui y sont exposées risquent de développer
rapidement des souches de résistance.
Une résistance à la toxine Bt a déjà été observée pour certaines populations
d’insectes et l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) des États-Unis
a prédit que la plupart des insectes cibles deviendraient résistants d’ici 3 à 5
ans seulement
6
, rendant inefficace un des seuls pesticides (naturels) utilisés
en applications occasionnelles dans l’agriculture biologique.
Une étude conjointe du département de Biologie de l’Université de New York
et de l’Institut Vénézuélien d’Études Scientifiques, publiée dans la revue
Nature
7
, montre que la toxine Bt peut se retrouver dans la rhizosphère du sol
via les racines et y rester active pendant au moins sept mois. Les effets sur
les communautés du sol sont inconnus. La toxine Bt présente dans la
rhizosphère pourrait améliorer le contrôle des insectes nuisibles ou au
contraire encourager la sélection d’insectes cibles résistant à la toxine.

5
The Independent, 25 avril 1999
6
EPA Pesticide Fact Sheet 4/98
7
Saxena D, Flores S, Stotzky G, Laboratory of Microbial Ecology, Department of Biology,
New York University, Instituto Venezolano de Investigaciones Cientificas (1999), in Nature
402, 480
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
6
4 Transfert de gènes.
La probabilité de pollution génétique par transfert de gènes est bien réelle.
Les OGM peuvent transmettre leurs gènes à des plantes conventionnelles de
la même espèce, avec tous les dommages potentiels pour les agriculteurs
traditionnels et «bio» dont les champs sont situés à proximité.
Les gènes peuvent également être transmis à des espèces sauvages
apparentées. La probabilité de pollution génétique est particulièrement forte
en ce qui concerne le colza, capable de pollinisation croisée avec de
nombreuses espèces sauvages répandues à travers l’Europe. Il a été prouvé
que le pollen du colza peut se déplacer sur des distances de plusieurs
kilomètres
8
, bien au-delà des périmètres de sécurité des essais en champs.
Ainsi, au Canada, a-t-on vu apparaître à proximité de trois champs de colza
transgénique résistant chacun à un herbicide différent, du colza volontaire
devenu résistant aux trois herbicides en question, et ce au bout de deux
années seulement
9
.
Les gènes peuvent aussi être transférés horizontalement (c.-à-d. par voie non
sexuée) vers des espèces distinctes via des éléments génétiques mobiles,
des virus ou des parasites.
Les essais en champ : des disséminations inutiles et dangereuses.
Les firmes qui mènent des essais en champ, ainsi que les autorités qui les
approuvent, se justifient en prétextant la nécessité de tests dans des
conditions «naturelles». Or, ces tests sont menés sur de petites surfaces,
pendant un laps de temps relativement court (tout au plus quelques saisons)
et, souvent, une seule caractéristique agronomique –par exemple le
rendement- est étudiée.
Ces essais sont incapables de reproduire les interactions du milieu naturel, ni
ses effets cumulatifs et secondaires. Ils vont à l’encontre du principe de
précaution et les risques consécutifs à la dissémination dans l’environnement
sont semblables à ceux des cultures commerciales.
Cette pseudo recherche détourne en outre des moyens financiers des
recherches en agriculture durable.

8
Timmons A, Charters Y, Crawford J, Burn D, Scott S, Dubbels S, Wilson N, Robertson A,
O’Brien E, Squire G & Wilkinson M (1996), Risks from transgenic crops, Nature 380 : 487
9
McArthur M, Triple-resistant canola weeds found in Alberta, Western Producer, 10 février
2000.
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
7
4 Apparition d’espèces envahissantes.
Lorsque les plantes transgéniques possèdent un avantage compétitif par
rapport aux plantes sauvages naturelles, certaines de celles-ci pourraient
disparaître. Des perturbations écologiques majeures pourraient avoir lieu.
Du riz génétiquement modifié pour être tolérant aux milieux salins, par
exemple, pourrait coloniser des écosystèmes naturels comme les estuaires
10
.
Des biologistes ont étudié des poissons portant un gène de l’hormone de
croissance humaine, qui augmente la vitesse de croissance et la taille adulte.
D’autres expériences sur des poissons conventionnels ont montré que les
mâles les plus gros attiraient davantage les femelles. Le gène de croissance
pourrait donc se répandre rapidement dans une population et, comme
seulement deux tiers des poissons transgéniques étudiés arrivaient à maturité
sexuelle, la dispersion du gène de l’hormone de croissance pourrait faire
chuter les populations et, in fine, causer leur disparition.
Même un seul poisson transgénique qui se retrouverait dans la nature
pourrait avoir cet effet sur une période assez longue
11
.
4 Effets sur des espèces non ciblées.
Des insectes bénéfiques et d’autres espèces sauvages pourraient être
menacés par des plantes qui produisent leur propre insecticide ou qui
encouragent une plus grande utilisation de produits chimiques toxiques.
Les effets non désirés peuvent affecter les populations directement ou
indirectement (via les organismes dont elles ont besoin pour se nourrir ou se
reproduire).
Une étude d’un laboratoire suisse montre que la mortalité des larves de la
chrysope verte, un insecte bénéfique prédateur de ravageurs des cultures,
doublait après ingestion de pyrales nourries de maïs Bt
12
.

10
de Roos A, Sabelis M, van der Geest L, Genetisch gemodificeerd organismen – risico’s
voor ecosystemen en biodiversiteit ?, Sectie Populatiebiologie, Universiteit van Amsterdam, in
Landschap 1998 15/3
11
Proceedings of the National Academy of Sciences, vol 96, p13853, in New Scientist,
www.newscientist.com, 4 décembre 1999
12
Hillbeck A, Baumgartner M, Fried PM & Bigler F (1998), Effects of transgenic Bt corn-fed
prey on mortality and development time of immature Chrysoperla carnea (Neuroptera :
Chrysopidae), Environmental Entomology, vol 27, No.2, pp. 480-487
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
8
Selon un rapport de l’Université Cornell, publié dans la revue Nature du 20
mai 1999, le pollen produit par le maïs Bt est susceptible de tuer les larves du
papillon Monarque. Dans le test, réalisé en laboratoire, les larves nourries
avec des feuilles de laiteron saupoudrées de pollen de maïs Bt mangeaient
moins, grandissaient moins rapidement et avaient un taux de mortalité plus
élevé que les larves nourries avec des feuilles saupoudrées avec du pollen de
maïs conventionnel ou non saupoudrées.
D’après un des chercheurs, les papillons Monarque sont particulièrement
susceptibles d’entrer en contact avec le pollen du maïs : le pollen peut être
transporté par le vent sur plus de 60 mètres, le laiteron grandit mieux dans
des habitats perturbés comme les bords de champs de maïs, les larves de
Monarque se nourrissent exclusivement de laiteron et les chenilles se
nourrissent durant la période de pollinisation du maïs.
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
9
Des risques pour la santé humaine
DES RISQUES MÉCONNUS ET IGNORÉS
«Le mois dernier, un cadre supérieur d’un géant européen de la chimie nous a
exprimé de sérieuses réserves quant au caractère bénin des OGM et dit que, si on
lui en laissait le choix, il choisirait de se passer d’OGM dans tous les cas. A propos,
la firme pour laquelle il travaille est activement impliquée dans les biotechnologies
appliquées à l’agriculture.» (Rapport de la Deutsche Bank conseillant aux
actionnaires de telles entreprises de vendre leurs parts
13
)
Beaucoup des gènes que les multinationales voudraient nous faire avaler
proviennent de plantes, d’animaux ou d’autres substances normalement étrangères
à l’alimentation humaine : bactéries, virus, rats, souris, papillons ou même scorpions.
On ignore les dangers potentiels pour la santé publique de l’insertion de ces gènes
dans notre alimentation ou celles des animaux dont nous consommons les produits
(viande, œufs, poisson, produits laitiers).
L’introduction dans la nourriture de substances étrangères augmente le risque de
réactions allergiques. Une tentative de modification du soja, par exemple, a dû être
interrompue parce que l’on a découvert que le gène de noix de Brésil qui avait été
inséré causait des allergies
14
.
Dans ce cas, il s’agissait d’un allergène connu et on a heureusement pu détecter le
problème avant la mise sur le marché. Que se passera-t-il lorsque des produits
allergènes connus ne sont pas étiquetés ou qu’il s’agit d’allergènes inconnus ?
Beaucoup de plantes transgéniques contiennent un gène de résistance à des
antibiotiques utilisés pour le traitement médical humain et animal. Ce gène sert à
«marquer» la séquence génétique insérée pour vérifier que la manipulation
génétique, dont le taux de réussite est faible, a fonctionné. Même s’ils n’ont pas
d’autre fonction, ces gènes demeurent dans les tissus des plantes durant toute leur
vie et ils sont également transmis à leurs descendants.
S’ils se transmettent à des bactéries dangereuses dans l’intestin humain ou animal,
ils pourraient les immuniser contre les antibiotiques et renforcer le problème médical
déjà alarmant des bactéries résistant à des antibiotiques communs. La résistance
peut également être transmise à des bactéries du sol lors de la décomposition de
certaines parties de la plante.

13
Deutsche Bank, Ag Biotech: Thanks, But No Thanks ?, 12 juillet 1999
14
Nordlee J et al, Identification of a Brazil-nut allergen in transgenic soybeans, The New
England Journal of Medicine, Vol.334(11), 1996, pp.688-692
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
10
La Norvège a banni les plantes avec des gènes de résistance aux antibiotiques.
L’Allemagne, l’Autriche et le Luxembourg ont banni le maïs Bt de Novartis et la
Suisse a interdit la plantation expérimentale d’une pomme de terre transgénique
contenant un gène de résistance à la Kanamycine.
L’Association Médicale Britannique
15
et le Parlement européen ont demandé
l’interdiction des gènes de résistance aux antibiotiques dans les OGM.
Lorsque les plantes sont résistantes à des herbicides totaux, ceux-ci sont utilisés
même lorsque les cultures sont sorties de terre et pas uniquement avant la levée des
cultures. Les herbicides étant utilisés sur les plantes mêmes, leurs résidus vont donc
s’accumuler dans la chaîne alimentaire.
Le concept théorique «d’équivalence substantielle», utilisé pour caractériser un
aliment issu du génie génétique dont la composition est considérée semblable à celle
d’un aliment conventionnel, est loin d’offrir une garantie d’innocuité aux
consommateurs. Selon ce principe, on compare des caractéristiques chimiques
sélectionnées entre un OGM et n’importe quelle variété au sein de la même
espèce
16
. Si les deux sont globalement similaires, l’OGM n’a pas besoin d’être
rigoureusement testé : on considère qu’il n’est pas plus dangereux que son
équivalent non-OGM.
Or, l’alimentation transgénique peut contenir de nouvelles molécules, inattendues et
imprévues, qui pourraient être toxiques ou créer de nouvelles réactions
allergéniques.

15
British Medical Association, The Impact of Genetic Modification on Agriculture, Food and
Helath, An interim statement, mai 1999
16
Selon ces critères, la viande des bovins atteints de la maladie de la «vache folle», par
exemple, serait substantiellement équivalente à la viande bovine saine.
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
11
Quelle solution adopter pour l’avenir?
LES OGM, REMÈDE A LA FAIM DANS LE MONDE ?
«Nous objectons fortement à ce que l’image du pauvre et de l’affamé de nos
pays soit utilisée par des entreprises multinationales géantes pour promouvoir
une technologie qui n’est ni sûre, ni respectueuse de l’environnement, ni
économiquement bénéfique pour nous. Nous ne croyons pas que de telles
entreprises ou technologies génétiques aideront nos fermiers à produire la
nourriture nécessaire pour le 21ème siècle. Au contraire, nous pensons que
cela détruira la biodiversité, la connaissance locale et les systèmes
d’agriculture que nos fermiers ont développés depuis des millénaires et que
cela diminuera notre capacité à nous nourrir»
(Délégués de 24 pays africains, lors d’une réunion de la FAO en 1998 sur la
problématique des ressources génétiques des plantes, en réponse à une
campagne publicitaire de Monsanto)
Le mythe selon lequel les OGM vont mettre un terme à la faim dans le monde
ne résiste pas à la moindre analyse un tant soit peu poussée. Avec près d’un
milliard d’êtres humains qui souffrent de malnutrition, le raccourci est facile.
Et pourtant, on produit sur la surface de la Terre plus que ce dont l’humanité a
besoin, mais des millions de gens ne peuvent y accéder parce qu’ils n’en ont
pas les moyens, à cause d’inégalités sociales ou de déplacements dus à des
conflits.
La faim dans le monde est avant tout un problème d’accès à la nourriture et
certains des pays les plus affectés exportent des aliments vers les États-Unis
(c’était le cas de l’Éthiopie, alors en pleine famine, en 1984 !).
Les OGM ne vont que renforcer ce problème. En effet, la recherche est avant
tout adaptée aux conditions de production du Nord. Les grandes
multinationales s’attellent au développement et au brevetage de substituts
pour des dizaines de produits de base que nous importons du Sud
17
.
Calgene, une filiale de Monsanto, a par exemple développé du colza
transgénique qui produit une huile riche en acide laurique, utilisé notamment
dans l’industrie du savon. Une des sources traditionnelles de cette huile est
la noix de coco. Ensemble, les Philippines et l’Indonésie comptent pour 81%
des exportations de l’huile de noix de coco. La part de celle-ci dans la
production d’acide laurique risque de diminuer fortement, ce qui aurait des
conséquences catastrophiques pour l’économie des pays précités.

17
voir le rapport de l’ONG Action Aid sur www.actionaid.org
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
12
Afin d’empêcher toute réutilisation des semences, comme trois-quarts des
agriculteurs de la planète en ont l’habitude, le Ministère de l’Agriculture
(USDA) des États-Unis et la firme Delta Pine & Land, que Monsanto
souhaitait racheter, ont développé un transgène capable de rendre les plantes
stériles.
L’application de cette technique, baptisée «Terminator», a provisoirement été
abandonnée sous la pression de ses détracteurs, mais d’autres firmes
continuent la recherche dans ce domaine.
Les brevets sur le vivant, grâce auxquels des multinationales s’approprient le
patrimoine génétique mondial, rendent les ressources génétiques
inaccessibles aux démunis.
Les rendements des cultures transgéniques sont supposés supérieurs à ceux
des cultures traditionnelles, mais une étude du même Ministère nord-
américain révèle que les rendements de cultures transgéniques ne sont dans
la plupart des cas pas meilleurs
18
.
Une autre étude, réalisée par l’Université du Missouri, conclut que les
rendements de maïs hybride génétiquement modifié pour produire la toxine Bt
sont semblables à ceux des hybrides conventionnels
19
.
Un rapport de l’Université du Wisconsin, qui étudie la performance de variétés
de soja depuis 25 années, conclut que, en moyenne, dans les 12 États des
USA qui cultivent 80% du soja, les rendements du soja transgénique sont 4%
moins élevés que les variétés conventionnelles
20
.

18
Sherwin A, London Times, 8 juillet 1999
19
Rose F, College of Agricultural Food and Natural Resources, University of Missouri, 11
novembre 1999
20
Holzman D, Agricultural Biotechnology : report leads to debate on benefits of transgenic
corn and soybeans crops, Genetic Engineering News, Vol.19, No.8, 15 avril 1999.
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
13
UN MANQUE DE CHOIX CRIANT
Depuis l’arrivée en Europe des premières récoltes transgéniques nord-
américaines, l’opposition des consommateurs ne fait que croître.
La grande majorité des consommateurs européens ne veulent pas avaler
d’aliments contenant ou issus d’OGM.
Le soja et le maïs entrent dans la composition de plus de 60% des aliments
transformés, du chocolat aux chips en passant par la margarine et les plats
préparés.
La législation européenne en matière d’étiquetage, même révisée, permet
toujours à nombre de produits issus d’OGM (par exemple les huiles végétales
dans lesquelles les traces d’ADN ou de protéines étrangères ne sont plus
décelables) d’y échapper.
Pour assurer des filières exemptes d’OGM, il faut exiger des fabricants la
garantie de la traçabilité de leurs produits et la ségrégation
des produits
transgéniques et conventionnels.
La réponse de certains fabricants et chaînes de supermarchés, qui proposent
des alternatives aux OGM, est encourageante mais n’est pas suffisante.
Les OGM entrent massivement dans la chaîne alimentaire par une porte
dérobée : les aliments pour animaux d’élevage.
Ceux-ci représentent en effet la majeure partie des débouchés du soja et du
maïs. Les éleveurs ne savent pas ce qu’ils donnent à manger à leurs
animaux et nous, consommateurs, avec quoi ont été nourris les animaux dont
nous mangeons la viande, les œufs ou le lait.
Le scandale du poulet à la dioxine n’aurait-il pas servi de leçon ?
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
14
ET POURTANT, L’AGRICULTURE DU FUTUR EXISTE DÉJÀ ...
En matière d’alimentation, les consommateurs font de plus en plus des choix
actifs et une véritable révolution est en train de se mettre en place.
Dans l’Union Européenne, la consommation de produits issus de l’agriculture
biologique croît de 25% chaque année et les surfaces cultivées pourraient
atteindre 30% en 2010 si la tendance actuelle se maintient, et même 50% en
2020
21
. Au Danemark, 20% du lait produit est biologique. En Autriche, plus
de 15% des fruits et légumes mis en vente sont «bio» et en Suède, même
McDonald’s utilise du café et du lait «bio» !
Le cahier des charges de l’agriculture «bio» interdit le recours aux OGM, que
les aliments soient destinés à la consommation humaine ou animale.
Contrairement à l’agriculture industrielle, l’agriculture biologique moderne ne
se développe pas au détriment de l’environnement. Elle se base sur une
gestion saine des ressources locales, plutôt que sur des intrants artificiels.
En Allemagne, certaines sociétés de distribution d’eau se sont rendu compte
qu’il était moins cher d’aider les agriculteurs à se convertir à l’agriculture
biologique que de remédier à la pollution des eaux due aux exploitations
agricoles industrielles.
Si les aliments «bio» sont aujourd’hui plus chers que ceux issus de
l’agriculture industrielle, c’est que les coûts cachés de cette dernière ne sont
pas pris en compte. Si des éléments comme la pollution de l’air et l’eau,
l’érosion des sols et le coût des soins de santé étaient inclus, le prix des
produits «bio» serait équivalent, voire inférieur. La crise de la «vache folle» a
coûté au contribuable britannique plus de 4 milliards de livres, soit plus de
200 livres par ménage
22
, ainsi que 37 000 emplois.
L’agriculture biologique moderne favorise également l’emploi, puisque qu’elle
recourt à davantage de main d’œuvre (entre 10 et 30%).
Les systèmes de production «bio» sont loin d’avoir atteint leurs rendements
maximaux vu le manque d’investissement des autorités, notamment en
matière de subventions à la recherche. Une étude récente publiée dans
Nature montre que, sur une période de 10 ans, la différence de rendements
entre des champs de maïs «bio» et industriels était d’à peine 10%.
Néanmoins, le système «bio» présentait des avantages significatifs à long
terme (augmentation de la fertilité du sol, moindre impact environnemental)
23
.

21
Greenpeace & The Soil Association (1999), The True cost of Food
22
ceci n’inclut pas les coûts nécessaires pour soigner les personnes qui ont développé ou
développeront la maladie de Creutzfeld-Jacob.
23
The Greening of the Green Revolution, Nature, novembre 1998
OGM : bombe à retardement pour l’environnement
15
... MAIS EST MENACÉE PAR LES OGM !
L’agriculture biologique et les cultures transgéniques sont incompatibles. Les
champs «bio» peuvent être contaminés par des plantes transgéniques
voisines (voir ci-dessus).
L’utilisation de plantes transgéniques produisant la toxine Bt constitue en
outre une déclaration de guerre contre l’agriculture «bio». L’apparition
d’insectes résistants à la toxine Bt, un des seuls pesticides (naturels) utilisés
en applications occasionnelles (spécialement lors d’infestations sérieuses)
dans l’agriculture biologique, rendra en effet tout traitement inefficace.
Si nous voulons que le «bio» ait un futur, c’est maintenant qu’il faut
refuser les OGM !