Rapport sur la réunion du Forum Paysan

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19 Ιουλ 2012 (πριν από 5 χρόνια και 1 μήνα)

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Oeuvrer pour que les ruraux pauvres se libèrent de la pauvreté
tenue en marge de la vingt-neuvième session
du Conseil des Gouverneurs du FIDA, février 2006
Forum Paysan
Rapport sur la réunion du

2
3
Table des matières
S
igles
4
Avant-propos
7
Les actes du Forum paysan
9
Influence du contexte mondial sur les conditions de vie
et les moyens d’existence en milieu rural – perspectives générales
17
Perspectives régionales
21
Afrique 21
Asie 23
Amérique latine 24
Discussions thématiques
27
Accès des pauvres à la terre et sécurité foncière 27
Renforcement des capacités des institutions rurales locales
et développement institutionnel en faveur des pauvres 29
Intégration des marchés régionaux et agriculture familiale 31
Synthèse des délibérations
35
Appendice 1:
Étapes de l’évolution du Forum Paysan 38
Appendice 2:
Déclaration finale de l'atelier «Vers un Forum Paysan lors
du Conseil des Gouver
neurs du FIDA» (Rome, février 2005) 39
Appendice 3:
Ordre du jour du Forum 40
Appendice 4:
Participants au Forum Paysan 42
4
Sigles
A
FA Asian Farmers’ Association for Sustainable Rural Development
AFDI Agriculteurs Français – Développement International
AGRICORD
Réseau des agri-agences
ANASE Association des nations de l’Asie du Sud-Est
ANGOC Asian NGO Coalition for Agrarian Reform and Rural Development
AOPP Association des organisations professionnelles paysannes du Mali
AsiaDHRRA Asian Partnership for the Development of Human Resources
in Rural Asia
ATC Asociación Trabajadores del Campo, Nicaragua
BKF Bangladesh Krishok Federation
CNCR Conseil national de concertation et de coopération des ruraux, Sénégal
CNFR Comisión Nacional de Fomento Rural, Uruguay
CNOC Coordinadora Nacional de Organizaciones Campesinas, Guatemala
CNOP Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali
CNOP-CAM Concertation Nationale des Organisations Paysannes, Cameroun
COCOCH Consejo Coordinador de Organizaciones Campesinas de Honduras
CNPFP/N Coordination nationale de la plateforme paysanne du Niger
CONTAG Confederação Nacional Dos Trabalhadores Na Agricultura, Brazil
CONGCOOP Coordinación de ONG y Cooperativas, Guatemala
COPROFAM Coordinadora de productores familiares del MERCOSUR
COSOP
Country Strategic Opportunities Paper (FIDA)
CPF Confédération paysanne du Faso, Burkina Faso
CSA Collectif Stratégies Alimentaires, Belgique
EAFF Eastern Africa Farmers’ Federation
EHNE/UGAV Union de Ganaderos y Agricultores Vascos, Espagne
FAA Federación Agraria Argentina
FAO Food and Agriculture Organization/
Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FFFC Federation of Free Farmers Cooperatives, Inc., Philippines
FIDA Fonds International pour le Développement Agricole
FIPA Fédération internationale des Producteurs Agricoles
FNMCB Federación Nacional de Mujeres Campesinas de Bolivia ‘Bartolina Sisa’
FODESA Programme de Fonds de Développement en zone Sahélienne
FONG Farmers’ Organisations Network in Ghana
FSPI Federasi Serikat Petani Indonesia
FTM/CPM Firaisankinan’ny Tantsaha eto Madagasikara/
Coalition Paysanne de Madagascar
5
FUPRO Fédération des Unions de Producteurs du Bénin
ICRAF International Centre for Research in Agroforestry
(World Agroforestry Centre)
I
FOAM International Federation of Organic Agriculture Movements
IMBARAGA Organisation nationale des agriculteurs, Rwanda
IPC International Planning Committee for Food Sovereignty
JA Jeunes Agriculteurs, France
KENFAP Kenya National Federation of Agricultural Producers
LVC/IOS La Via Campesina / International Operative Secretariat
MERCOSUR Mercado Común del Sur
MONLAR Movement for National Land and Agricultural Reform, Sri Lanka
MNC-CR Mesa Nacional Campesina de Costa Rica
MST Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra
MVIWATA Mtandao wa Vikundi vya Wakulima (Plateforme nationale
des organisations d’agriculteurs de Tanzanie)
NAFSO National Fisheries Solidarity Movement, Sri Lanka
NEPAD Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique
OMC Organisation Mondiale du Commerce
OMD Objectifs du Millénaire pour le Développement
OP Organisation Paysanne
PAKISAMA National Federation of Peasant Organizations, The PhilippinesPARC Palestinian Agriculture Relief Committee
PROP
AC
Platefor
me sous-Régionale des Or
ganisations Paysannes
d’Afrique Centrale
REAF Reunión Especializada sobre Agricultura Familiar/MERCOSUR
ROPPA Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs
de l’Afrique de l’Ouest
RUTA Unidad Regional de Asistencia Técnica, Costa Rica
SACAU Southern African Confederation of Agricultural Unions
SEWA Self Employed Women’s Association, India
UNAC Uniao Nacional de Camponeses, Mozambique
UNAG Union Nacional des Agricultores e Ganaderos, Nicaragua
UNORCA Union Nacional De Or
ganizaciones Regionales
Campesinas Autonomas, Mexique
UPA-DI Union des Producteurs Agricoles-Développement International, Canada
USMEFAN Union of Small & Medium Scale Farmers of Nigeria
UTAP Union Tunisienne de l’Agricultur
e et de la Pêche
VNFU Viet Nam Farmers Union
WFF World Forum of Fish Harvesters and Fishworkers
WFFP World Forum of Fishermen Peoples
6
7
Avant-propos
1 L’appendice 1 décrit les grandes étapes de l’évolution du For
um. L’appendice 2 présente les conclusions de l’atelier initial,
intitulé «Vers un Forum Paysan lors du Conseil des Gouver
neurs du FIDA», tenu à Rome en février 2005.
L
es petits exploitants et autres producteurs ruraux dénués de ressources forment la
majorité écrasante des pauvres dans le monde. Il faut impérativement leur donner des
moyens économiques, sociaux et politiques si l’on veut réduire la pauvreté, améliorer la
sécurité alimentair
e et atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).
Cela dépend largement de la capacité qu’ont les ruraux pauvres de créer leurs propres
organisations pour représenter et défendre leurs intérêts face à d’autres acteurs
et institutions qui inter
viennent dans: les marchés agricoles; la planification du
développement rural et l’affectation des ressources; la fourniture de services, y compris la recherche et le conseil agricole; et les processus politiques locaux,
nationaux et internationaux.
Ces dix dernières années, de nouvelles organisations paysannes indépendantes ont vu le
jour dans de nombreux pays en développement. C’est dans ce contexte qu’est née, en
2004, l’idée d’un Forum Paysan. Le Forum est un processus ascendant de consultation
et de dialogue entre les petits exploitants, les organisations de producteurs ruraux,
le FIDA et les gouvernements, axé sur le développement rural et la réduction de la
pauvreté. Dans le droit fil des objectifs stratégiques du FIDA, il met en œuvre, dans
les pays et les régions, des activités concrètes de partenariat et de collaboration.
L’engagement sur le terrain auprès d’organisations rurales et le dialogue international se
renforcent mutuellement. À l’issue de consultations nationales et régionales, le Forum
se réunit tous les deux ans en marge du Conseil des Gouverneurs du FIDA
1
.
Le FIDA voit dans ces organisations des acteurs essentiels qui défendent les intérêts
des ruraux pauvres dans un marché de plus en plus concurrentiel et mondialisé. Il les
considère comme des interlocuteurs et des partenaires à part entière dans les
programmes de développement et le dialogue politique, qu’elles soient des organisations
représentant les producteurs ruraux ou des institutions proposant des services à leurs
membres. Plusieurs grandes organisations paysannes régionales ont demandé au FIDA
d’intensifier sa collaboration et son appui. En s’engageant davantage, le FIDA accroîtra
sa connaissance des conditions de vie et des moyens d’existence des r
uraux pauvr
es et
ainsi alignera plus efficacement ses stratégies et ses interventions sur leurs besoins réels.
Gunilla Olsson
Directrice de la Division des politiques du FIDA
8
9
Les actes du Forum Paysan
L
es 13 et 14 février 2006, le Forum Paysan
a tenu, à l’issue de consultations nationales
et régionales, sa première réunion
bisannuelle en marge du Conseil des
Gouverneurs du FIDA. Il a rassemblé plus
de 50 dirigeants représentant des millions
de petits exploitants et producteurs ruraux
d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine, du
Proche-Orient et d’Europe afin de les
mettre en contact avec le personnel du
FIDA et certains partenaires. Des
participants ont également été invités au Conseil des Gouverneurs, où ils ont pu
participer aux trois tables rondes thématiques auxquelles étaient également conviés, en
qualité d’experts intervenants, plusieurs représentants de paysans.
Le Forum s’est ouvert par un discours de
M. Lennart Båge,Président du FIDA
.
“C’est il y a un an, dans cette même salle,avec nombre d’entre vous présents
aujourd’hui, que nous avons jeté ensemble les bases d’une initiative qui, nous
l’espérons, sera marquante et utile. Aujourd’hui, un an plus tard, examinons comment
nous pouvons mettre à profit ce que nous avons fait au cours de l’année écoulée.”
“Nous savons que nous visons un objectif commun – une vie meilleure pour des
paysans souvent englués dans la pauvreté. Nous nous sommes engagés, dans l’optique
du présent Forum, à considérer notre div
ersité, nos différences et nos rôles distincts
comme des atouts, dont la réunion peut créer des synergies. Nous avons décidé de
favoriser dans toute la mesure du possible un développement plus équitable, c’est-à-dire
un dév
eloppement de l’agriculture et des moy
ens d’existence qui offre aux personnes les
plus touchées par la faim et la pauvreté, à savoir les ruraux des pays en développement,
de meilleures perspectives d’avenir.”
“La présence ici, aujourd’hui, de tant d’organisations du monde entier et de tant de
pays est pour nous, en effet, le plus grand des encouragements; nous avons beaucoup
fait, mais il reste beaucoup à faire.”
“Je sais que les derniers mois ont été, pour nombre d’entre vous
,une période très
chargée. Vous avez porté la voix des petits paysans et producteurs ruraux à Hong Kong, à la
Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Vous a
v
ez fait
de même aux récents Forums sociaux de Bamako et de Caracas
.Vous recommencerez en
mars à Karachi et à Porto Alegre, à la Conférence internationale sur la réforme agraire et le
développement rural qu’organise notre institution sœur de Rome, l’Organisation des
Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le FIDA y sera également.”
Plénière du Forum Paysan,
session d’ouverture, 13 février 2006
10

Ces quatre derniers mois, dans le cadre du Forum Paysan, nous avons organisé six
consultations nationales et une consultation régionale en Asie. Nos collaborateurs ont
participé à plusieurs réunions organisées par la Fédération internationale des producteurs
a
gricoles (FIPA), le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de
l’Ouest (ROPPA) et la Coordination des producteurs familiaux (COPROFAM). Au FIDA,
d’importantes activités et réflexions ont été engagées pour déterminer la meilleure façon
d
e renforcer et d’institutionnaliser nos partenariats avec la société civile et, en particulier,
les organisations de paysans et de producteurs ruraux.”
“Nous voulons le faire à la fois dans le cadre de nos opérations de terrain et dans
celui de nos activités de concertation et de promotion. Nous avons déjà pris plusieurs
mesures en ce sens. Je suis persuadé que nous allons conclure un nombre bien plus
important de partenariats opérationnels, non seulement avec les organisations paysannes,
mais aussi a
vec nombre d’autres partenaires publics et privés du
développement rural. Nous partageons une même cause et un
engagement résolu auprès de la société civile. Nous voulons que notre
dialogue
,ici à Rome, s’enracine dans la réalité du terrain. Nous voulons
tirer des enseignements de votre action, de votre expérience et de votre
réalité. Nous voulons que ce dialogue guide concrètement ce que vous
et nous faisons dans les zones rurales, où nous investissons plus de
500 millions de USD par an pour améliorer les conditions de vie
des ruraux les plus pauvres.Nous savons que les investissements ne
suffisent pas, même s’ils sont dédiés aux petites exploitations et à
l’amélioration des moyens d’existence ruraux. Dans un monde en
transformation permanente,qui se mondialise rapidement et où la
concurrence est la norme,il importe plus que jamais de mettre en
œuvre des politiques publiques favorables aux pauvres.”
“Selon moi, le Forum Paysan favorise précisément ce dialogue
indispensable sur la façon de procéder dans un monde en mutation
rapide, processus ascendant de dialogue et de consultation qui guidera
l’action et l’innovation sur le terrain. Ces deux activités favoriseront
l’apprentissage réciproque et accroîtront l’efficacité de la lutte contre
la pauvreté rurale
.C’est là mon espoir et mon attente
.”
Après une brève présentation des participants, chaque membre du
comité de pilotage du Forum a exposé les raisons de son engagement
et ses attentes
.
M. Jack Wilkinson, Président de la Fédération internationale des
producteurs agricoles (FIPA)
,a souligné “la nécessité d’avoir une
structure dans laquelle les organisations pa
y
sannes puissent rencontrer le
FIDA pour évaluer les types de programmes qu’il appuie et définir, pays
par pay
s
,les besoins en matière de programmation”
.Il a ajouté que cette
structure s’inscriv
ait dans le cadre plus général de la réalisation des OMD,
moyen d’améliorer les revenus paysans dans le monde.
“Les revenus paysans”, a-t-il poursuivi, “sont sinistrés dans presque
tous les pays, y compris les pays développés. Nous devons sérieusement
étudier ce qui facilite l’accès des paysans aux marchés, les obstacles
“Il importe d’avoir une structure dans
laquelle les organisations paysannes
puissent rencontrer le FIDA pour
évaluer les types de programmes mis
en œuvre, analyser les succès et
définir les besoins en matière de
programmation. Cette structure doit
également aider à atteindre l’objectif
plus vaste d’amélioration des revenus paysans et de la sécurité
alimentaire dans le monde.”
Jack Wilkinson, Président de la Fédération
internationale des producteurs agricoles (FIPA).
Cyril Enweze, Vice-Président,
Lennart Båge, Président, Gunilla Olsson,
Directrice de la Division des politiques,
Jim Carruthers, Président adjoint,
Département gestion des programmes
11
a
uxquels ils se heurtent dans presque tous les pays et les raisons pour lesquelles ils
perdent du terrain. À cette fin, le FIDA et […] les organisations internationales peuvent
grandement contribuer à […] ce que les gouvernements réfléchissent à la façon dont ils
t
raitent avec leurs organisations paysannes, au fait de savoir […] s’ils leur donnent
véritablement les moyens de modifier leur fonctionnement et
d’améliorer les revenus de leurs producteurs et de leur famille.”

C’est donc le début, le tout début d’une tentative visant à changer
le monde, à le rééquilibrer un tant soit peu. Je pense qu’en tant que
paysans, nous sommes tous capitalistes, car nous avons, je l’espère,
quelque chose à vendre. Nous sommes conscients, par ailleurs, que
nous avons une responsabilité sociale, que nous faisons plus que
seulement cultiver des aliments, pêcher du poisson et protéger
l’environnement. Nous a
vons également, comme producteurs, le
devoir d’aider à nourrir la planète. Souvent, cependant, d’aucuns en
profitent et le marché ne récompense plus notre action. Il récompense
les fabricants d’iP
ods, la société du divertissement; nous vivons dans
un monde fou où le dernier poste de votre budget est celui de
l’alimentation. Cela vaut dans presque tous les pays industrialisés.
Même là, des pressions s’exercent pour que l’on vende moins cher –
même à un prix inférieur au coût de production. Cela doit changer
et des réunions telles que celle-ci n’y suffiront pas.Cela ne changera
qu’en donnant aux organisations paysannes les moyens de s’organiser
elles-mêmes sur le marché, de faire adopter par les gouvernements des
lois qui leur donnent le droit de négocier les prix. Il faudra, pour
cela, que des donateurs aident à mettre en place ces systèmes,
aident les organisations paysannes à conclure des arrangements
sud-sud et nord-sud qui leur permettent de mettre sur pied cess
y
stèmes de commercialisation.”
“Wal-Mart ne va pas résoudre le problème des revenus paysans
dans le monde en ouvrant des magasins dans tous les pays. Il ne le
fera que lorsque nous créerons des organisations paysannes capables
de négocier un bon prix, de bonnes conditions
,une bonne sécurité
sanitaire des aliments et d’excellents systèmes de traçabilité. Les petits
exploitants perdent du terrain et les affaires vont aux exploitations
commerciales car il n’est pas rentable
,actuellement, pour les petits
producteurs, de mettre en place des systèmes de traçabilité. Tout cela,
nous pouvons le faire en travaillant ensemble, collectivement. J’attends
donc beaucoup de la nouvelle relation qui s’instaure avec le FIDA et me réjouis de voir
ici tant de nos membres ainsi que des membres de Via Campesina. J’espère qu’il v
a se
créer d’excellentes relations de travail.”
M. N’Diougou Fall, Président du ROPP
A
,a expliqué pourquoi la pauvreté s’est
aggravée en Afrique de l’Ouest. “L’idée de réduire la faim et la pauvreté en Afrique de
l’Ouest”, a-t-il déclaré, “est une grande préoccupation et je sais que le FIDA la partage.
Nous sommes ici pour vous aider à nous aider à le faire […]. Les paysans se heurtent à
de nombreux problèmes et nous les voyons de plus en plus incapables de mener les
N’diogou Fall, ROPPA et
Gilberto Atz Sunuc, CNOP Guatemala

Réduire la faim et la pauvreté
est pour nous une grande
préoccupation, et je sais que le FIDA
la partage. Nous sommes ici pour
vous aider à nous aider à le faire.”
N’diogou Fall, Président du Réseau des
organisations paysannes et de producteurs
de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA).
“Ceux qui définissent les politiques
internationales ne nous ont jamais
consulté sur... le type de
développement qui nous
conviendrait le mieux dans nos
zones r
urales. Ils ne nous ont
jamais posé la question. Nous
pensons qu’en tant qu’organisation
nous devons r
eprésenter les
intérêts locaux et nationaux... Nous
sommes l’expression des exclus et
des laissés pour compte.”
Atz Sunuc, Porte-parole
de La V
ia Campesina
12
a
ctivités qui leur permettraient de vivre dignement. Lorsqu’ils produisent, ils ne peuvent
vendre. Et lorsqu’ils vendent, ils vendent à des prix dérisoires, à perte. Dans ces
conditions, il est impossible que même de petites entreprises agricoles puissent croître et
s
e développer. Il faut au moins faire un bénéfice, ce qui n’est plus possible. Le deuxième
point est que nous réalisons insuffisamment de valeur ajoutée sur nos activités. L’Afrique
est considérée comme un continent qui ne fournit que des matières premières, des
p
roduits de base. Il faut changer cette situation si nous voulons pouvoir mieux
combattre la faim et la pauvreté. Nos organisations restent faibles, nous n’avons qu’un
accès très limité à l’information et à l’innovation, et il est très difficile, pour ces
organisations, de défendre nos intérêts.”
“C’est là que le FIDA peut nous aider et nous appuyer. Il nous a aidés à obtenir nos
premiers résultats en termes d’organisation. Nous avons vu de nouvelles organisations voir
le jour dans nos pa
ys, cela aussi grâce au FIDA. Des réseaux commencent également à se
former. Notre devoir est de continuer à appuyer ces organisations et, au plan national, à
faire en sorte que les paysans participent plus efficacement aux programmes nationaux. Il
reste beaucoup à faire
,on peut encore progresser car de nombreux problèmes persistent,
mais je pense qu’en accroissant les moyens des organisations, en facilitant leur accès à
l’information et en leur permettant de défendre leurs intérêts, on ira de l’avant, on
améliorera leur situation et l’on facilitera le combat contre la faim et la pauvreté.”
M. Atz Sunuc, porte-parole de La Via Campesina
,a décrit le modèle actuellement
imposé aux petits exploitants et aux habitants des régions marginalisées ainsi que
la façon dont ce modèle détruit les communautés, leurs systèmes de subsistance et
l’environnement. “Nous sommes”, a-t-il dit, “témoins de la pauvreté qui sévit dans
les zones rurales,dans les régions marginalisées.Nous sommes témoins de la crise
très grave qui frappe l’environnement. C’est un modèle qu’on nous a imposé.
C’est un modèle qui détruit purement et simplement des communautés – indigènes
et pay
sannes
.”
“Ceux qui élaborent les politiques internationales ne nous ont jamais consultés sur
le type de développement qui convient le mieux à nos zones rurales. Ils ne nous ont
jamais demandés. Nous estimons qu’en tant qu’organisation, nous devons représenter
les intérêts locaux et nationaux [...]. Nous sommes la v
oix des exclus
,des abandonnés.
La Via Campesina est […] un mouvement qui lutte aux niveaux local et régional pour
mettre au point des alternatives et des propositions que nous défendons aux niveaux
local et national. Nous tentons également de faciliter l’échange des sa
voirs que nous
tenons de nos aïeux et souhaiterions transmettre à nos descendants […]. La Via
Campesina doit continuer de favoriser ce type d’organisation de façon que nous
puissions rejeter les modèles qu’on nous impose, que nous puissions dire que les
modèles qu’on nous impose ne sont pas ceux que nous v
oulons
.”
“Aujourd’hui, nos problèmes tiennent principalement à la privatisation de nos
ressources naturelles – eau, forêts,lacs
,rivières
,etc. Les quelques personnes qui en tirent
profit détruisent, dans le même temps
,la nature et l’environnement. Elles semblent
oublier que ce sont les humains qui appartiennent à la terre et à l’environnement,
et non l’inverse.”
“En tant que mouvement, La Via Campesina opère également au niveau mondial.
Nous avons élaboré de nombreuses propositions que nous avons soumises non
13
s
eulement aux gouvernements, mais aussi aux organisations internationales. L’une de
ces propositions a trait à la souveraineté alimentaire, à la sécurité sanitaire des aliments
et à l’accès à la terre, mais pas par l’intermédiaire du marché, qui considère la terre
c
omme un bien de consommation qui peut être vendu à un prix fixé par un individu.
La terre n’est pas un bien que l’on peut échanger dans le cadre du commerce. Elle fait
partie de la nature et doit, à ce titre, être respectée, ce qui vaut également pour
l
’environnement. De plus en plus, nous voyons l’environnement être exploité par un
petit nombre. Nous, peuples indigènes et paysans, avons pris soin de ces ressources.
Nous en avons été les intendants. Cela n’empêche pas, cependant, certaines sociétés
transnationales ou multinationales d’aller jusqu’à penser que c’est nous qui sommes
responsables de la destruction de l’environnement.”
“Nous défendons également notre souveraineté alimentaire. Vous voyez que,
malheureusement, nous a
vons perdu nos semences naturelles et locales suite à
l’introduction d’aliments transgéniques […]. Nous voulons faire respecter de nouveau
ces semences naturelles. Nous voulons également faire respecter nos populations
indigènes et empêcher l’extermination de nos peuples par des politiques imposées –
principalement par la Banque mondiale et l’OMC. Nous estimons également qu’il ne
faut pas appuyer nos mesures uniquement au niveau gouvernemental, car ces mesures
sont souvent intégrées aux campagnes qui aident les candidats à remporter les élections.
Il faut aussi se concentrer sur le développement local, ce qui nous incite à penser qu’il
faudrait que ce type de ressources aille directement aux organisations
qui prennent à cœur les intérêts locaux […].”
“Nous espérons vivement que le présent forum donnera lieu
à d’importantes résolutions dont les paysans et peuples indigènes
tireront profit. Ici, nous parlons bien de paysans. Nous parlons
pour les paysans, mais très peu d’entre nous, en fait, ont sali leurs
mains,se sont confrontés à la réalité. C’est pourquoi nous estimons
qu’il faut appuyer les politiques économiques et autres qui émanent
du niveau local.”
M. Pedro Avendaño Garcès, Directeur exécutif du Forum
mondial des pêch
eurs et tra
v
ailleurs de la pêche (WFF)
,a souligné
la nécessité d’associer les pêcheurs aux travaux du Forum Paysan.
“Ces 50 dernières années”, a-t-il expliqué, “les politiques publiques
et les modèles de dév
eloppement adoptés dans le cadre de la
mondialisation ont frappé les petites communautés côtières. La
privatisation des ressources, la perte d’accès et la perte de droits dans
les zones côtières ont posé d’énormes problèmes. Pourtant, la pêche
artisanale nourrit, dans le monde,plus d’un milliard de personnes
.
Le poisson est l’aliment que l’on retrouve le plus sur les tables des
populations rurales.Les pêcheurs résident à 7
0% dans des zones
rurales et subissent tout le poids de la marginalisation. Ces
communautés,exclues de la mondialisation et de ses promesses,
en subissent tous les effets dévastateurs [...].”
“Il faut tenir compte de la nature et de la culture spécifiques des hommes et femmes
qui vivent de la pêche, le long des côtes. Il est possible, pour le FIDA et les pêcheurs,
“Nous espérons que le Forum
sera un lieu permanent de
consultation et de collaboration
avec le FIDA… Nous recherchons
de nouveaux modèles pour
comprendre la complexité de
cette nouvelle réalité qu’est la
mondialisation.”
Pedro Avendano Garcès,
Directeur exécutif du WFF
Pedro Avendano Garcès, WFF et
Alber
to Ercilio E. Broch, COPROFAM
14
d
’ouvrir de nouvelles perspectives de travail, d’appuyer les projets mis en œuvre et d’aller
au-delà de l’appui que le Fonds a accordé, par exemple, à l’Asie suite au tsunami. Ce
dont je parle ici, c’est d’une politique qui se traduira par une méthode de travail et qui
f
acilitera la tâche des organisations des zones côtières en tenant compte de leurs
desiderata. La pêche artisanale a conduit à accorder une nouvelle importance aux zones
rurales et côtières et c’est ce sur quoi nous fondons nos espoirs et nos attentes.
L
a pêche est une activité qui peut avoir un impact très important, aussi bien au niveau
local que mondial.”
“Nous espérons, par conséquent, que le FIDA comprendra la nécessité de travailler
ouvertement avec les organisations de producteurs ruraux, tant agriculteurs que
pêcheurs, qui forment un tout important pour la sécurité et la souveraineté alimentaires
sur cette planète.”
M. Alberto Broch, Président de la COPROFAM
,a évoqué l’importance du Forum et
la nouveauté de cette initiative, qui se déploie dans le cadre d’une organisation
internationale qui est également multilatérale
.
“La concentration des terres, la concentration des revenus, la diminution constante
des prix agricoles pour les paysans et l’inadéquation des politiques publiques sont
autant de problèmes qui confèrent une grande importance à ceux qui représentent les
petits exploitants, les peuples indigènes et les pêcheurs”, a-t-il dit. “Il importe, pour tous
ces gens,de savoir que leurs propositions sont présentées et exprimées, notamment
parce qu’ils vivent selon un modèle pervers et faux. Il importe que ceux qui travaillent
dans de petites exploitations familiales puissent faire des propositions, s’écouter les uns
les autres,créer des partenariats solides et durables afin que nous puissions faire face à
la situation.”
“Nous espérons, par conséquent, qu’un Forum Paysan tel que celui-ci ne décevra pas
nos attentes,que les politiques qui sont débattues ici, comme l’an dernier, seront suivies
d’effet dans le monde et que,si possible
,nous pourrons changer la façon dont les
projets sont conçus et dont les financements sont obtenus, afin que cela ne passe pas
nécessairement par les gouvernements qui, la plupart du temps, sont loin d’être
efficaces.”

A
u lieu de cela, nous voulons que ces projets soient conçus directement par les
organisations paysannes pour que les politiques puissent atteindre les endroits où vivent
les paysans et les pêcheurs, afin que leur sagesse, leur culture et leurs droits soient
respectés
.Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’un modèle d’agriculture qui
corresponde aux besoins des paysans. Faute de quoi, dans quelques années, nous aurons
une agriculture sans paysans.”
“C’est un problème qu’il nous faut examiner et nous devons élaborer des
programmes dans le cadre de discussions analogues à celles que nous allons a
v
oir à
Rome. Nous espérons qu’un forum tel que celui-ci nous aidera à modifier la vision qui
prévaut. Puissent les rev
endications et les propositions de nos représentants être
examinées,entendues et appliquées dans le monde entier.”
Après les interventions des membres du comité de pilotage, le FIDA a retracé
l’évolution de son propre engagement auprès des organisations paysannes. Des
représentants de cinq organisations paysannes nationales ont ensuite fait part de leur
expérience (voir les encadrés de la section “Perspectives régionales”).
15
L
’après-midi, les travaux se sont subdivisés en trois groupes régionaux (Afrique, Asie
et Amérique latine), où l’on a débattu de la façon d’améliorer et d’institutionnaliser les
partenariats FIDA/organisations paysannes.
L
e deuxième jour du Forum, des groupes thématiques ont été constitués pour
examiner les points suivants : accès des pauvres à la terre et sécurité foncière ;
renforcement des capacités des institutions rurales locales ; et intégration des marchés
r
égionaux et agriculture familiale.
Le Forum a rédigé une déclaration de synthèse, que deux dirigeants paysans ont lue
devant le Conseil des Gouverneurs.
Les sections du rapport ci-après présentent les principaux points de discussion
correspondant à l’ordre du jour du Forum:
• influence du contexte mondial sur les conditions de vie et les moyens d’existence
en milieu rural – perspectiv
es générales (premier jour, matinée)
• perspectives régionales (premier jour, après-midi)
• discussions thématiques (deuxième jour, matinée)
2

synthèse des délibérations (deuxième jour, après-midi)
Il importe de noter que les sections qui suivent ne constituent pas nécessairement des
exposés de faits, des déclarations de consensus entre les participants au Forum ou des
positions officielles du FIDA ou de quelque organisation présente. Elles ont plutôt pourvocation de représenter la diversité des opinions, préoccupations et points de vue qui
se sont exprimés.
Malgré la diversité des idées qu’ils ont exprimées, les participants au Forum sont
parvenus,dans plusieurs domaines,à des conclusions et recommandations communes
que résume la section finale du présent rapport. Ils ont, en particulier,recommandé au
FIDA de renforcer son aptitude à résoudre les problèmes socio-économiques auxquels
sont confrontés les ruraux pauvres et leurs organisations.Les principales
recommandations ont porté sur les points suivants:
• participation d’organisations paysannes aux activités que pilote ou appuie le
FIDA – qu’il s’agisse de l’élaboration de ses stratégies au niveau des pays, des
régions et du Fonds lui-même ou de la conception, de la mise en œuvre et de
l’év
aluation de programmes et projets
• institutionnalisation du Forum Paysan
• renforcement de l’action que le mène FIDA pour faciliter l’accès aux ressources
naturelles par l’intensification du dialogue entre les gouv
ernements et les
représentants de petits exploitants et d’éleveurs, de femmes rurales, de peuples
indigènes, de communautés côtières et d’autres groupes marginalisés
• appui au renforcement des capacités des organisations paysannes par l’offre
soutenue de financements directs
• approfondissement et élargissement de l’appui apporté par le FIDA à la
participation active des organisations pa
y
sannes aux processus d’intégration
régionale et de libéralisation des marchés par l’év
aluation de leurs impacts sur
l’agriculture familiale et les conditions de vie et d’existence des ruraux pauvres
2 Deux des trois thèmes ont été choisis par le Forum pour correspondre à deux des thèmes de discussion des
tables rondes du Conseil des Gouverneurs, auxquelles les r
eprésentants paysans ont activement par
ticipé.
16
17
Influence du contexte mondial sur les
conditions de vie et les moyens
d’existence en milieu rural –
perspectives générales
L
a première séance de la matinée a été consacrée à des exposés au cours desquels les
membres du comité de pilotage ont décrit, de leur point de vue, la situation actuelle de
la pauvreté rurale, de l’agriculture et de l’insécurité alimentaire, ainsi que ce qu’ils
attendaient du Forum Paysan et du FIDA. Les principaux points soulevés sont résumés
ci-après.
Le modèle actuel de développement agricole
Le modèle de développement prédominant consiste en une alliance tripartite entre les
pouvoirs publics, la société civile et le secteur privé. Pour évaluer son efficacité, il faut
mettre au point une méthode. Ces alliances ont-elles réellement contribué à réduire la
pauvreté rurale? Améliorent-elles la situation politique,sociale,économique et
culturelle des paysans? En suivant ce modèle, les organisations de paysans et les paysans
eux-mêmes sont-ils socialement plus influents ? L’évaluation devrait également porter
sur les politiques publiques, industrielles et agricoles afin de déterminer si ces
politiques sont favorables aux pauvres et dans quelle mesure la société civile et le
secteur privé influent sur cette orientation.
Il s’est dégagé, cependant, un consensus général selon lequel le modèle actuel de
développement agricole a été imposé aux petits exploitants, qui n’ont pas été consultés
sur le type de développement qui leur paraît le mieux adapté à leurs zones rurales. De
ce fait, les petits exploitants perdent du terrain. Ils n’ont aucun pouvoir sur le marché et
leurs revenus diminuent de façon critique. Il faut mettre au point un modèle agricole
qui tienne compte des besoins réels des paysans et respecte leur sagesse, leur culture et
leurs droits.
À cet égard, le Forum constitue un moment très important pour ceux qui
représentent les petits exploitants
,les sans-terre,les ouvriers agricoles salariés,les
pêcheurs,les artisans et, parmi eux, les peuples indigènes et les femmes. Il offre aux
différents intervenants la possibilité de s’écouter et de créer des partenariats solides et
durables, et aux ruraux pauvres celle de voir leurs propositions exposées et argumentées.
Le FIDA et d’autres organisations internationales peuv
ent grandement contribuer à
aider les paysans et leurs organisations à mettre en place des programmes publics
parrainés par des donateurs et presser les gouvernements d’examiner de près la façon
dont ils traitent avec les organisations pay
sannes et dont ils affectent les ressources pour
véritablement changer la façon dont ces organisations fonctionnent et accroître le
revenu des producteurs et de leur famille
.Ils peuvent réorienter les projets qui doivent
être mis en œuvre directement par des organisations rurales de façon à ce que ces
projets desservent les endroits où les agriculteurs, pêcheurs et autres paysans vivent et
travaillent. En outre, il faut revoir les circuits financiers des dons et des prêts afin de
18
p
ouvoir financer directement les organisations paysannes plutôt que de passer
systématiquement par les gouvernements. Enfin, les organisations paysannes doivent
disposer de moyens suffisants pour contribuer à la conception, la mise en œuvre et
l
’évaluation des projets et programmes portés par les gouvernements ou d’autres
partenaires techniques et financiers.
Le système de marché actuel
Le marché ne récompense pas les producteurs qui nourrissent leur pays. Les pressions
qui s’exercent pour que l’on vende moins cher – même à un prix inférieur au coût de
production – doivent cesser. Les petits pêcheurs, par exemple, nourrissent plus d’un
milliard de personnes dans le monde. Le poisson est l’un des aliments de base des
populations rurales et 70% des pêcheurs vivent dans des zones rurales. Or, au lieu de
tirer profit de la mondialisation et de ses promesses
,ils se retrouvent complètement
marginalisés. Cette situation ne changera que lorsque les organisations rurales pourront
s’organiser sur le plan commercial et obtenir des gouvernements une législation qui leur
donne le droit de négocier les prix. Les organisations pa
ysannes doivent pouvoir
négocier de bons prix, de bonnes conditions ainsi que la sécurité sanitaire et la
traçabilité des aliments. Le FIDA et d’autres organisations internationales doivent,
ensemble, faire pression sur les gouvernements pour qu’ils adoptent des politiques
appropriées et créent des programmes qui aident les paysans à satisfaire aux normes. Ils
doivent utiliser toute leur influence pour faire en sorte que les organisations paysannes
nationales soient consultées.
En outre, de nombreux paysans récupèrent très peu de la valeur
ajoutée créée par la transformation de leurs produits.Cette valeur
ajoutée crée parfois des emplois ruraux, mais les paysans n’en
conservent pas nécessairement une part équitable. Trop souvent, les
grandes multinationales,qui maîtrisent tous les échelons de la
production agro-industrielle,cherchent à v
endre leurs produits au prix
le plus faible possible. Face à cette concurrence, les petits exploitants
sont contraints de vendre à des prix inférieurs à leurs coûts de
production, ce qui accentue leur pauvreté.
Privatisation des ressources naturelles
Dans de nombreux pays, on a privatisé les ressources naturelles –
forêts
,lacs, rivières, etc. – pour les transformer en biens de
consommation. Cette privatisation profite à un petit nombre tout en
privant les paysans de l’accès et des droits aux ressources mêmes dont
ils dépendent pour leur subsistance. Elle les pénalise et pénalise
l’environnement, qui pâtit de dégradations
,de la déforestation, de la
salinisation et d’autres conséquences d’une mauvaise exploitation. Ellea de nombreux effets négatifs,dont la pauvreté extrême et l’insécurité
alimentaire qui règnent chez les pa
y
sans
.Ces conséquences,
cependant, ne s’arrêtent pas là, car ces derniers émigrent à la recherche
de revenus, ce qui met à mal des familles, des cultures et des identités.
“Nous devons faire en sorte que
nos petits exploitants tirent profit
des marchés. Nous devons les
former, les organiser afin qu’ils
puissent répondre aux exigences
spécifiques qui voient le jour. Nous
devons faire en sorte que ces
exploitants, aussi petits soient-ils,
puissent réellement accéder aux
marchés et aux financements de
manière plus souple.”
Philip Kiriro, Président de l’Eastern Africa
Farmers’ Federation (EAFF)
19
Accès à la terre et régénération des sols
L’un des aspects de l’agriculture et de la réduction de la pauvreté sur lequel il faut se
pencher est celui de la régénération des sols. En plaçant l’accent sur la production
intensive et sur le rendement, on a ignoré cet aspect essentiel de l’environnement et de
la subsistance en milieu rural. Le problème qui se pose, dans de nombreux pays en
développement, est l’incitation à la réforme agraire axée sur la
«marchandisation» des terres, qui conduit des paysans à abandonner
leur terre. À Sri Lanka, par exemple, on estime que si le projet de misee
n place de titres fonciers que promeut la Banque Mondiale est mis en
œuvre, la proportion de la population rurale passera de 70 à 50% et
celle de la population urbaine de 30 à 50%. Cela représente un exode
massif de paysans pour promouvoir les marchés. Le problème est
principalement régional ; il faut associer les paysans aux discussions et
aux négociations si l’on veut éviter que les réformes agraires
n’entraînent un appauvrissement des sols ou ne contraignent les
paysans à abandonner leur terre.
Souveraineté alimentaire
L’introduction d’aliments transgéniques s’est soldée par une perte de
souveraineté alimentaire,les petits producteurs ne disposant plus de
leurs semences naturelles ou locales.Ces intrants naturels et locaux
jouent un rôle important dans les conditions de vie et d’existence, la
culture et l’identité des paysans et des peuples indigènes.
Rôle des organisations et réseaux paysans
Pour pouvoir agir en exposant et défendant leurs intérêts, il faut que les
organisations paysannes renforcent considérablement leurs moyens et
aient accès à l’information. Elles pourront le faire
,notamment, en
créant des réseaux capables de participer efficacement, au niveau
national, à l’élaboration de programmes et de politiques. Le FIDA et
d’autres organisations internationales ont appuyé – et doiv
ent
continuer d’appuy
er – la création de tels réseaux. Il n’entre pas dans
leurs attributions, cependant, d’influencer directement les politiques
locales et nationales. C’est là le rôle des citoyens et des paysans. Ce que
ces organisations internationales peuv
ent et doivent faire
,c’est donner
aux paysans les moyens de se forger un avis sur les politiques et de
participer à leur élaboration. Il faut donc les aider à organiser et à adapter les
institutions dont elles disposent pour faire valoir leurs droits et avancer leurs vues et
propositions.Les organisations internationales, de leur côté, doivent étudier les moyens
d’engager, avec les organisations paysannes, un dialogue véritable.
Pour renforcer les organisations paysannes, il faut également développer leur
capacité de communication. Souvent, en effet, les problèmes du secteur agricole
concernent aussi l’ensemble de la société. Si cette dernière ne s’intéresse pas à des
questions telles que l’agriculture paysanne
,la réforme agraire ou l’environnement, il
peut être difficile de traiter ces questions. Il faut que sur ces points, les organisations
paysannes apprennent à communiquer efficacement, même au-delà du secteur agricole
.
“Il faut que les organisations
paysannes décident et que
le FIDA suive."
Sarath Fernando, Secrétaire adjoint
du Movement for National Land and
Agricultural Reform (MONLAR), Sri Lanka
Sarath Fernando, MONLAR, Sri Lanka et
Vincente Fabe, PAKISAMA, Philippines
Abdelmajid Laabidi, UTAP (Tunisie) et
Ismail Daiq, P
ARC (Palestine)
20
21
Perspectives régionales
L
es participants au Forum et des représentants de chaque division régionale du FIDA
se sont répartis en trois groupes régionaux – Afrique, Asie et Amérique latine – pour
étudier et recenser les possibilités de coopération entre leurs organisations respectives
et le FIDA. Les principaux points débattus et les recommandations émises sont
présentés ci-après.
Afrique
Le groupe de travail sur l’Afrique a avant tout pris acte de la diversité
des organisations, qu’il faut respecter et accepter. La priorité absolue
des organisations paysannes est de faire prendre en compte les intérêts
des petits exploitants dans la prise de décisions et de réorienter les
politiques agricoles et commerciales en faveur de l’exploitation
familiale et des moyens de subsistance en milieu rural. Le FIDA
peut y contribuer en les aidant à analyser, susciter et formuler
La collaboration entre le Conseil National de Concertation et de Coopération
des Ruraux (CNCR) et le FIDA au Sénégal
Dans les années 90, le Gouvernement sénégalais et la Banque Mondiale ont lancé un
programme de services agricoles. Ce programme est ouvert aux organisations de
producteurs. Le FIDA a assisté à la création et à la mise en œuvre du cadre qui a permis
aux communautés d’avoir accès aux ressources publiques. C’était la première fois que,
dans un pays en développement, des fonds publics étaient négociés avec des
organisations de producteurs. Les choses n’ont pas été faciles. D’importants programmes
de renforcement des capacités ont également été lancés avec des associations de
pr
oducteurs intervenant à tous les niveaux afin de faire connaître le programme et de
favoriser le dialogue. Dans tous les documents que le Sénégal produit avec ses partenaires
de développement, l’agriculture paysanne occupe une place essentielle en sa qualité
d’important levier du développement agricole. Le CNCR a collaboré à l’évaluation de
l’implication des communautés locales dans les pr
ogrammes du FIDA, a participé aux
négociations et a, au bout du compte, influencé les pouvoirs publics.
Pour parvenir à ces résultats, il a fallu se transformer en partenaire efficace, être capable
de négocier,d’analyser et de participer. Sans cela, il est difficile de produire un effet ou
d’influer sur l’élaboration des politiques. Le gouvernement est le “pr
emier” par
tenaire, mais
les producteurs jouent également un rôle de premier plan, en particulier grâce à leurs
institutions, notamment un forum réunissant paysans et gouvernement, où les paysans
interviennent de plus en plus. Les partenariats doivent également opér
er au plan régional,
où ils peuvent influer sur les politiques, ainsi qu’au niveau international.
(Samba Gueye, Président du CNCR, Sénégal)
Samba Gueye, CNCR, Sénégal et
Olaseinde Arigbede, USMEFAN, Nigeria
22
La collaboration entr
e l’Association des Organisations Pr
ofessionnelles
Paysannes (AOPP) et le FIDA au Mali
L’AOPP, principale organisation paysanne faîtière du Mali, a participé au Fonds de
Développement en zone Sahélienne (FODESA), financé par le FIDA et dont le
Gouvernement malien a confié la gestion à des associations d’or
ganisations paysannes et
à des ONG au moyen d’un instrument institutionnel utilisé en premier lieu au niveau local.
Des organisations paysannes locales et d’autres organisations de la société civile se sont
constituées et décident des types d’investissement à r
ealiser
.Certaines ont utilisé les fonds
pour l’irrigation, d’autres pour des systèmes de commercialisation et de stockage – en
fonction de leurs priorités. Le pr
ogramme a permis aux organisations de mettre en œuvre
des projets et de concrétiser des ambitions ir
réalisables autrement. Le FODESA, dont la
mise en œuvre se poursuit, illustre de façon concrète et innovante comment l’on peut aider
des organisations paysannes dans le cadre de programmes de développement rural.
(Ibrahima Coulibaly, Président de la Coordination nationale des organisations paysannes/Association
des organisations professionnelles paysannes [CNOP/AOPP], Mali)
d
’autres propositions. Cependant, c’est aux organisations qu’il revient de définir
les conditions dans lesquelles cet appui doit se développer. Le groupe de travail a fait au
FIDA les recommandations suivantes :

Le FIDA doit respecter la diversité des organisations paysannes et leur droit à
l’autodétermination et à l’auto-organisation. Pour commencer, il pourrait créer
une base de données recensant les organisations existantes.

Le FIDA doit, en matière de renforcement des capacités, analyser les besoins en
partenariat avec les organisations paysannes au cas par cas et non en suivant des
procédures standard. Il ne faut pas nécessairement rechercher des résultats
rapides, les organisations paysannes devant pouvoir se développer à leur propre
rythme. Le renforcement des capacités, enfin, doit avoir des applications
concrètes pour contribuer à la professionnalisation des organisations.

Il faut impérativement appuyer les réseaux d’organisations nationales. Le FIDA
peut aider à créer des liens entre les organisations nationales et locales avec
lesquelles il travaille. Il faudrait réunir l’ensemble des organisations paysannes
dans une entité unique sans toutefois imposer de cadre unique
.Les femmes et les
jeunes devraient y trouver leur place.
• Il importe aussi d’appuyer les réseaux régionaux, qui jouent un rôle croissant
dans l’élaboration des politiques.
Le groupe de travail a recommandé d’assortir le soutien apporté par le
FIDA d’un système d’indicateurs permettant de mesurer son impact et
de déterminer si les mesures prises améliorent concrètement les
conditions de vie et d’existence des ruraux pauvres.
Ibrahima Coulibaly, CNOP et AOPP, Mali
et King Amoah, FONG, Ghana
23
Asie
Le déclin constant de l’appui que les pouvoirs publics accordent au secteur agricole tient
e
n grande partie à des politiques inspirées par les institutions multilatérales et les
sociétés multinationales, et non favorables aux petits exploitants et à l’agriculture
familiale. Ces politiques consistent notamment à privatiser les services de base, àr
éformer les marchés fonciers et à privilégier les exportations et la monoculture. De
nombreux pays d’Asie sont dirigés par des “élites”, personnes issues des classes sociales
supérieures qui ne considèrent pas l’agriculture comme un secteur économiquei
mportant, ne s’intéressent pas particulièrement aux problèmes des paysans et
n’appuient donc pas suffisamment l’agriculture. Ces personnes, de surcroît, voient dans
les organisations paysannes une menace politique.
Compte tenu de ces contraintes, le groupe de l’Asie et du Pacifique a mis en avant
plusieurs mesures qu’il pourrait prendre en tant que groupe :
• se constituer en réseau d’organisations paysannes afin de
renforcer la solidarité et d’intensifier l’échange d’information,
• se concentrer sur les intérêts, préoccupations et positions des
petits exploitants, pêcheurs et producteurs,
• rédiger, au plan national, une “charte” des paysans que
signeraient les gouvernements et qui préciserait le rôle
des pouvoirs publics dans le secteur agricole,le cadre
institutionnel requis, les choix politiques à opérer et le rôle
des organisations paysannes,
• étendre le réseau à d’autres organisations d’autres pays
de la région.
Le groupe a recommandé au FIDA d’accorder aux organisations
paysannes une place importante dans ses procédures ainsi que dans
l’exécution, le suivi et l’évaluation des projets qu’il appuie. Il lui a
également recommandé de mettre au point de nouveaux instruments
permettant de transmettre les fonds directement aux organisations
pa
y
sannes partenaires.Il a en outre souligné la nécessité d’appuy
er le
renforcement des capacités, de travailler avec les organisations locales
existantes et de faciliter la création de liens entre ces organisations et
les organisations pa
ysannes nationales. Une approche «genre» doit
être présente dans toutes ces activités.
“Approuvons-nous les OMD ? Ils
ne promettent de réduire de
moitié la faim et la pauvreté que
d’ici à 2015. Or, on dit que chaque
jour, 800 millions de personnes se
couchent en ayant faim. D’ici à
2015, la plupart d’entre elles
seront mortes. Dans ce cas, les
OMD conviennent-ils à ces
personnes ? Cela pose la question
essentielle de savoir qui fixe
l’ordre du jour. Si l’on donnait aux
pauvres le droit de fixer leur ordre
du jour, on pourrait être certains
qu’ils réduiraient la faim et la
pauvreté bien avant cette date.”
Sarath Fernando, Secrétaire adjoint
du MONLAR, Sri Lanka.
M. Ramirez, AsiaDHRRA et
M. Poznanski, CSA
24
Amérique latine
Le groupe de l’Amérique latine a formulé, à l’intention du FIDA, sept recommandations
principales :
• appuyer le renforcement des réseaux nationaux et régionaux d’associations de
producteurs afin qu’ils puissent participer à l’élaboration de politiques en
dialoguant avec les gouvernements,
• renforcer l’accent que placent les projets du FID
A sur l’égalité des sexes et sur les
jeunes et sensibiliser l’ensemble de l’Organisation aux problèmes correspondants,
• intégrer différentes formes de participation, l’État et les producteurs participant
sur un pied d’égalité à l’élaboration des projets financés par le FIDA,
• aider les associations de producteurs à associer les communautés et le public aux
débats sur les mécanismes et les politiques d’intervention en milieu rural,
L
a collaboration entre SEWA (Self Employed Women’s Association)
et le FIDA en Inde
L’Association SEWA, fondée en 1972, regroupe quelque
800 000 femmes indiennes travailleuses indépendantes. Ce sont,
pour les deux tiers, de petites exploitantes ou des ouvrières agricoles
sans terre. L’association a récemment conclu avec le FIDA un partenariat
dans le cadre d’un programme d’aide à la sécurisation des conditions de
vie et d’existence qui se concentre sur les petites exploitations
marginales et les problèmes qu’elles rencontrent, notamment en matièrede gestion de la terre et de l’eau, de stratégies de survie et de
diversification. Ce pr
ogramme est unique : c’est la première fois, dans
l’histoire de l’Inde, que le FIDA conclut un partenariat direct avec une
or
ganisation locale ou paysanne. Le programme, qui travaille avec
40 000 ménages, en est à sa quatrième année de fonctionnement.
L’une des principales activités consiste à construire des organisations
paysannes au niveau des villages, des régions et des États. Elle consiste plus précisément :
• à élaborer des plans de développement villageois axés sur l’agriculture, la gestion
des sols et de l’eau et d’autres besoins d’existence,
• à faciliter l’accès à des outils et des équipements,
• à commercialiser directement des produits agricoles en créant des marques
spécifiques,
• à créer des réseaux de distribution ruraux afin que même les exploitants les plus
modestes puissent accéder directement au marché,
• à créer des centres d’information et de formation.
Il a, en outre, été ouvert un centre où quelque 4 000 femmes techniciennes agricoles
proposent des formations. Enfin, il a été créé une Association des paysannes indiennes,
regroupant 86 organisations du pays qui s’intéressent à la politique agricole.
Les résultats sont positifs, mais il reste beaucoup à faire. Le Forum Paysan aura beaucoup
à proposer pour ce qui est de créer des alliances et de renforcer les organisations
paysannes.
(Reema Nanavaty, Responsable du développement économique et rural de SEWA, Inde)
Reema Nanavaty
,SEWA, Inde
25

améliorer la qualité des opérations du FIDA sur le terrain par la
décentralisation, la participation directe d’organisations
paysannes et le recours à des instruments de suivi des projets,

aider à inscrire au programme des gouvernements les questions
chères aux petits exploitants, telles que l’accès aux ressources
naturelles, aux services et aux marchés,

faciliter l’accès des ruraux pauvres à la terre et aux ressources
halieutiques afin de garantir la sécurité et la souveraineté
alimentaires.
Le groupe de travail a également insisté pour que les
recommandations du Forum Paysan soient contraignantes pour le
Conseil des Gouv
erneurs et a souhaité que la collaboration avec le
FIDA débouche sur des partenariats et des alliances avec des
organismes spécialistes d’autres domaines, autrement dit que la lutte
contre la faim et la pauvreté rurale donne lieu à une v
aste campagne de sensibilisation.
Il a également recommandé d’étudier des mécanismes juridiques permettant d’allouer
des fonds directement aux organisations paysannes et de développer, aux niveaux
national et régional, les possibilités de participation de ces organisations, notamment à la conception, à la mise en œuvre et à l‘évaluation des projets appuyés par le FIDA.
La collaboration COPROFAM/FIDA à l’appui de l’agriculture familiale dans
le Marché commun du Sud (MERCOSUR)
La COPROFAM a été créée en 1992-1993 parallèlement au traité instituant le
MERCOSUR, qui encourageait vivement le dialogue entre ses membres et défendait les
petits exploitants et les paysans sans terre. En 2002, la relation FIDA/MERCOSUR a
débuté par un séminaire destiné à faciliter le débat sur les questions importantes pour les
petits exploitants et leur famille. Ensuite, le Gouvernement brésilien a proposé de lancer
officiellement un forum de discussion avec les organisations paysannes sur, notamment,
les questions de développement, l’agriculture et les petites exploitations. Ce forum, la
REAF (Reunión Especializada sobre Agricultura Familiar/MERCOSUR), reconnu en 2004,
mène principalement trois activités :

débattre, proposer et appuyer des politiques favorisant le renforcement des
capacités et le développement des petits exploitants,
• faciliter les échanges des petits exploitants dans la région, • examiner et négocier les questions commer
ciales lors de réunions nationales.
Les organisations paysannes émettent en per
manence des propositions dans ces
domaines. Elles ont la possibilité de débattre de questions qui leur sont chères telles que
la réforme agraire, l’élaboration d’une politique publique différenciée tenant compte des
besoins spécifiques des paysans, des femmes et des jeunes, etc. Ce dialogue est
essentiel si l’on veut que des politiques favorables aux paysans voient le jour.
(Alberto Broch, Secrétaire exécutif de la COPROF
AM)
Pedro Peretti, FAA, Argentine et
J.E. Gonzales, MNC, Costa Rica
26
27
Discussions thématiques
L
es participants au Forum Paysan se sont répartis en trois groupes chargés d’étudier les
principaux aspects ou problèmes liés aux trois thèmes suivants :
• accès des pauvres à la terre et sécurité foncière,
• renforcement des capacités des institutions rurales locales et développement
institutionnel en faveur des pauvres,
• intégration des marchés régionaux et agriculture familiale.
Les groupes ont également été priés de centrer leurs débats sur ce qu’ils attendaient du
FIDA. Les principaux points de discussion et recommandations de chaque groupe
thématique ont été présentés à la réunion plénière et sont repris ci-après.
Accès des pauvres à la terre et sécurité foncière
Les principaux points de discussion et les recommandations ont été présentés par
Ndiogou Fall (ROPPA), Ciro Correa (Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra –
MST) et Mercy Karanja (FIPA). Ndiogou Fall a évoqué la réforme agraire, question
cruciale et sensible du fait, en particulier, que la tendance est à l’offre de terres aux
grands investisseurs, ce qui prive la majorité des citoyens de moyens de subsistance.
Il a déclaré que la plupart des conflits sont liés à la terre et que la réglementation
foncière devait devrait s’accompagner d’une large participation, notamment celle des
petits exploitants, qui devraient aussi avoir leur mot à dire.
Ciro Correa a évoqué la réforme agraire de grande ampleur qui se déroule au Brésil
et la philosophie qui y prév
aut, centrée sur le libre-échange et la technologie
.Il a décrit
plusieurs conséquences importantes de ce modèle : déplacement vers les centres urbains
des populations indigènes
,où elles vivent dans la pauvreté extrême ; dégradation de
l’environnement et perte de biodiversité ; perte de rendement et de capacité productive.
Il a en également décrit les conséquences sociales, notamment le fait que les peuples
indigènes perdent leur identité et sont repoussés dans des zones urbaines marginalisées.
En outre,la promotion d’organismes génétiquement modifiés entraîne une perte de
souveraineté alimentaire, les industries devenant plus puissantes que les gouvernements.
Face à cette situation, il faut que la réforme agraire libère des territoires du colonialisme
et de la domination capitaliste.Elle doit fa
v
oriser le développement local des peuples
indigènes et des paysans et les aider à faire face à la mondialisation et à
l’industrialisation. Il faut créer un modèle social plus équitable.
Mercy Karanja a décrit la situation en Afrique de l’Est où, depuis une réforme agraire
très libérale et capitaliste, la terre, considérée comme un simple produit, est achetée par
des gens qui ne sont pas agriculteurs, à des fins spéculatives. Une grande partie de ces
terres restent en jachère; alors que de petits exploitants ne peuv
ent produire
.Elle a
28
é
galement évoqué la titrisation franche de terres, qui peut donner lieu à un usage abusif
de ces terres, notamment à leur fragmentation pour la vente. Elle a souligné que la
réforme devait viser la production alimentaire et que la terre devait revenir à ceux qui
p
roduisent des aliments.
La réforme agraire est nécessaire, mais elle doit se faire avec la pleine participation
de toutes les parties prenantes et être suffisamment souple pour s’adapter aux différents
c
ontextes historiques, culturels et géographiques. La terre ne doit
pas être considérée comme une marchandise que l’on vend et
achète, mais comme un droit fondamental essentiel à l’existence
des gens. Dans toute réforme, qui plus est, la terre doit revenir aux
paysans en général, et aux paysans pauvres en particulier.
Un autre problème est celui de l’exploitation des ressources
naturelles par les sociétés multinationales
,des pressions qui
s’exercent sur les paysans pour qu’ils vendent leur terre à ces
sociétés, et de la perte de moyens de subsistance et d’identité qui
s’ensuit pour les populations locales
.
La subdivision et la fragmentation des terres posent également
problème. Dans de nombreux pays, les paysans possèdent de modestes lopins de terre,
que la génération suivante divise en lopins plus petits, et ainsi de suite. Pour finir, ces
lopins ne sont plus productifs. En outre, l’urbanisation croissante et la conversion de
terres agricoles en terrains résidentiels réduisent la surface de terres agricoles dont
disposent les paysans, qui sont contraints de vendre leur terre pour des gains monétaires
à court terme. Dans ce contexte, il faudrait, tout en encourageant l’agriculture, envisager
également une industrialisation rurale afin que d’autres membres de la famille puissent
mener des activités qui ajoutent de la valeur aux produits agricoles.
Le groupe de travail a émis, à l’intention du FIDA, les recommandations suivantes :
• le FIDA devrait traiter directement avec les organisations de paysans et de
producteurs ruraux afin de mieux comprendre les problèmes fonciers que
rencontrent les ruraux pauvres, en particulier face à la mondialisation,
• le FIDA devrait veiller à ce que l’accès à la terre et à l’eau ainsi que la sécurité
foncière figurent dans tous les programmes de développement et de réduction de
la pauvreté, et encourager la réflexion et la discussion,
• le FIDA devrait faciliter le dialogue entre les gouvernements et les représentants
des pauvres et des groupes marginalisés,

dans le cadre de la réforme agraire, le FIDA devrait favoriser l’offre de services tels
que l’accès au crédit, à la technologie et aux infrastructures, qui permettraient à
ceux qui reçoivent des terres de les exploiter de façon productive,
• le FIDA devrait appuyer le renforcement des capacités des organisations
paysannes,en particulier dans les domaines suivants : participation à
l’élaboration, à la mise en œuvre, à l’exécution et à l’évaluation des politiques
foncières ; sensibilisation aux lois et règles qui régissent la terre ; dialogue av
ec les
pouvoirs publics ; participation à la mise au point de mécanismes réglementant
le marché de sorte que la terre demeure un bien social commun,
• le FIDA devrait utiliser ses projets pour défendre l’agriculture familiale, facteur
essentiel de réduction durable de la pauvreté et de développement,
“Lorsque nous parlons de terre, nous
oublions souvent les femmes, pour qui
l’accès à la terre est extrêmement
important. Il faut que les organisations
paysannes et le FIDA prêtent attentionà cette question.”
K
eemrul Alam Suman, Bangladesh Krishok
Federation (BKF), Bangladesh.
29

le FIDA devrait s’attacher à comprendre pleinement la situation foncière des
régions où il opère afin de ne plus proposer, en matière d’utilisation des terres
(commercialisation, productivité, etc.), des solutions standard.
Renforcement des capacités des institutions rurales locales et
développement institutionnel en faveur des pauvres
L
es principaux points de discussion et recommandations ont été présentés par
Reema Nanavaty (SEWA), Jack Wilkinson (FIPA) et Sarath Fernando (MONLAR).
Reema Nanavaty a évoqué la nécessité de comprendre les différents types
d’organisations de producteurs ruraux et leurs besoins spécifiques en matière
de renforcement de capacités. Elle a également expliqué qu’il faut comprendre
à quels niveaux – village, pays, région – il faut renforcer les capacités, puis
définir les compétences requises – technologie
,gestion ou
négociation, par exemple.
Jack Wilkinson, soulignant que les organisations paysannes
nationales ont besoin de présenter les points de vue de leurs
membres, a prié les organisations internationales et régionales de leur
accorder une place dans l’ensemble de leurs activités, de la recherche à
l’élaboration de politiques. À cet égard, il a expliqué que les
organisations paysannes, pour pouvoir représenter leurs membres à
tous les niveaux (local, régional et national), ont besoin de moyens.
Ces moyens doivent être déterminés par les organisations elles-
mêmes, car leurs objectifs et besoins varient grandement. Certaines, par exemple,
peuvent avoir besoin de moyens pour défendre une cause, d’autres de moyens
techniques pour appuyer les pouvoirs publics. Le but est d’avoir des organisations qui
représentent les paysans et peuvent éventuellement s’autofinancer en recourant, pour
combler la différence,à des donateurs.
Sarath Fernando a souligné la nécessité d’être
,sur les objectifs du renforcement des
capacités, extrêmement clairs. Le but est-il, par exemple, de permettre aux petits
exploitants de s’ajuster aux processus actuels ou de changer les processus existants ? Il a
déclaré que chaque jour, 800 millions de personnes se couchaient en ayant faim et s’est
demandé quelles capacités il fallait renforcer chez ces personnes
.P
our elles,a-t-il dit, il
faudrait peut-être viser un objectif différent du commerce international et s’interroger
sur la façon dont elles pourraient rendre leur sol plus fertile ou dont leur terre pourrait
les nourrir
.Faute de définir clairement le type d’agriculture qu’on entend renforcer et
appuyer, on risque de voir les personnes pauvres et vulnérables devenir encore plus
pauvres et plus vulnérables.
Pour les organisations paysannes, institutions généralement marginales et pauvres
qui représentent les gens face à l’adversité, le renforcement des capacités revêt une
grande importance. Comme dans toute intervention de renforcement des capacités,
cependant, il faut donner aux organisations la possibilité de définir le type de
renforcement dont elles ont besoin en fonction des réalités du terrain. Les femmes
et les jeunes,en outre, doivent faire l’objet d’une attention particulière.
“Nous espér
ons pouvoir changer la
façon dont les financements sont
obtenus, de sor
te qu’ils ne passent
pas nécessairement par les
gouvernements.”
Estrella Penunia, Secrétaire générale
de l’Asian Farmers’ Association for
Sustainable Rural Development
30
L
a définition des besoins est un aspect essentiel du renforcement des capacités. Il
importe de savoir qui les définit et dans quelle optique. Il faut que les organisations
puissent le faire elles-mêmes pour assurer leur autonomie.
L
es organisations paysannes nationales sont des partenaires essentiels. Elles peuvent
négocier avec les pouvoirs publics, conclure des alliances au niveau national et financer
leurs propres réseaux régionaux. Elles doivent être bien organisées et bien financées pour
s
e réunir aussi souvent qu’il le faut, et être suffisamment fortes et solidaires pour obtenir
des organisations internationales qu’elles tiennent compte de leurs besoins.
Le renforcement des capacités doit s’effectuer à tous les niveaux auxquels les
organisations opèrent – communauté, village, pays, sous-région et monde. Il doit
également viser, outre l’action politique, les besoins productifs et institutionnels. En
matière politique, des institutions de développement telles que le
FID
A ne doivent pas rester à l’écart, car la lutte contre la pauvreté est
aussi un combat politique.
La collaboration entre AGRICORD et le FIDA pour le renforcement des capacités
L’initiative AGRICORD vise à renforcer les capacités des organisations paysannes dans le
cadre d’activités de réduction de la pauvreté. Elle est le produit de deux structures. La
premièr
e est un mouvement de solidarité associant plusieurs or
ganisations paysannes de
pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui ont
mobilisé des moyens financiers et humains pour appuyer des organisations similaires dans
des pays en développement. La seconde est la FIPA, dont le Comité de la Coopération
pour le Développement a créé un forum de discussion et d’échange, qui a notamment
pour vocation de fixer des priorités et de renforcer les capacités dans plusieurs domaines :

commerce : promotion, défense, gestion des activités économiques,
• organisation : gestion financière, organisation interne, composition, participation,
• agriculture paysanne contractuelle: relations directes entre l’exploitant/vendeur
et le premier acheteur, le transformateur ou le négociant,
• commercialisation coopérative : nouvelles structures de vente au détail, nouveaux
processus de concentration (industrielle) dans le secteur agricole,
• appui aux nouvelles organisations paysannes.
Dans ce contexte, les trois principaux thèmes sont la solidarité, la relation directe entre
organisations paysannes nord-sud et sud-sud, et l’accent placé sur les organisations
paysannes nationales, qu’il faut davantage appuyer.
(Ignace Cousemment, Directeur d’AGRICORD)
Mercy Karanja, FIPA et
Ignace Coussement, AGRICORD
31
L
e renforcement des capacités prend du temps, mais il vise, au bout du compte,
à rendre les organisations indépendantes. Le FIDA devrait l’intégrer à toutes ses
activités pour permettre aux organisations paysannes de coopérer avec d’autres acteurs
p
our planifier, exécuter, suivre et évaluer les projets. Ces organisations, en outre,
devraient pouvoir faire appel, selon des modalités qui leur conviennent, à des
personnes qui possèdent les compétences dont elles ont besoin. Par dessus tout,
c
ependant, le renforcement des capacités doit s’appuyer sur le savoir local des paysans
et de leurs organisations.
Pour s’acquitter pleinement de sa tâche, le FIDA devrait créer un fonds spécifique au
niveau national et conclure des accords avec le réseau d’organisations avec lequel il
travaille dans chaque pays. Il pourrait également envisager d’accorder des dons dont les
paysans pourraient disposer de manière souple dans des domaines que les pouvoirs
publics négligent parfois
.
Intégration des marchés régionaux et agriculture familiale
Les principaux points de discussion et recommandations ont été présentés par Ibrahima
Coulibali (ROPPA), Alberto Ercilio Broch (COPROFAM) et Estrella Penunia (AFA).
Ibrahima Coulibali a dressé un historique de l’intégration régionale de l’Afrique de
l’Ouest et a expliqué vers quoi doit tendre la politique agricole : l’agriculture familiale
plutôt que l’économie de marché, et une agriculture diversifiée plutôt que l’industrie.
D’autre part, il a évoqué les tarifs douaniers inéquitables qui sapent la souveraineté
alimentaire, créent une concurrence acharnée et empêchent essentiellement les petits
exploitants d’aborder le marché et de réaliser quelque bénéfice que ce soit.
Alberto Ercilio Broch a décrit le caractère asymétrique de l’intégration à laquelle
donne lieu le MERCOSUR en Amérique latine du fait de l’importante différence de
taille et de politique économique entre les pays concernés. Il a expliqué qu’il ne pouvait
pas y avoir de politique agricole unique, mais qu’il fallait créer des politiques
différenciées.En effet, une politique agricole qui convient à un exploitant qui possède
10 hectares et pratique certaines méthodes de production ne conviendra pas à un
exploitant qui possède 10 000 hectares et pratique d’autres méthodes de production.
Dans le même temps, il a souligné qu’on ne pouvait ignorer les exploitations modestes
et familiales et qu’il fallait reconnaître leurs organisations en tant qu’entités qui ont leur
mot à dire à l’instar d’autres partenaires. À cet égard, il a souligné l’utilité
d’organisations renforcées qui non seulement font entendre leur voix, mais aussi
peuv
ent avancer des propositions concrètes.
Estrella Penunia a dressé un aperçu de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est
(ANASE) et a exposé les inquiétudes que suscitent, chez les organisations paysannes, la
coopération économique de l’ANASE avec le Japon, la Corée et la Chine ainsi que
l’accord bilatéral qu’elle a conclu avec les États-Unis
.Cette inquiétude tient au fait que
les organisations de producteurs ruraux ont été exclues des discussions, ce qui se traduit
souvent par une forme de libéralisme qui menace l’existence des petits exploitants
.Mme
Penunia a souligné la nécessité d’adopter un programme de souveraineté alimentaire
dans le cadre duquel, avant tout, chaque pays a le droit et le devoir de produire des
aliments de base en quantités suffisantes pour répondre à la demande de ses citoyens.
32
C
ette préoccupation devrait l’emporter sur la promotion des exportations. Il faudrait,
enfin, que les paysans et leurs organisations participent pleinement aux processus de
consultation et de prise de décision.
G
lobalement, la libéralisation du commerce réduit effectivement la pauvreté.
À l’analyse, cependant, on voit que dans de nombreuses zones rurales, la pauvreté
s’aggrave au niveau des exploitations familiales et d’autres acteurs locaux lorsque les
p
olitiques commerciales les contournent ou ne tiennent pas compte de leurs besoins.
Pour remédier à cela, il faut que les organisations paysannes aient leur mot à dire dans
l’élaboration des politiques publiques et dans les négociations régionales et
internationales. Il va falloir, pour cela, qu’elles acquièrent un pouvoir de négociation
bien plus important. Dans ce contexte, le FIDA peut aider les populations rurales non
seulement à participer aux négociations, mais aussi à obtenir des informations, à les
analy
ser et à les échanger entre les organisations qui les représentent.
La principale difficulté est de concevoir des politiques différenciées qui permettront
aux produits agricoles des petites exploitations familiales de se placer fermement sur les
marchés locaux, nationaux, régionaux et internationaux tout en pérennisant ce
processus, en maintenant la souveraineté alimentaire et en préservant les ressources
naturelles. La libéralisation a principalement visé à négocier des intérêts matériels et
économiques, plaçant les produits avant les droits sociaux et humains. Cela doit
changer.
En ce qui concerne l’appui aux petites exploitations familiales,le groupe de travail a
émis, à l’intention du FIDA, les recommandations suivantes :
• le FIDA devrait évaluer de façon indépendante l’impact qu’a eu la libéralisation
du commerce sur les exploitations modestes et familiales et lancer,sur la base de
cette évaluation, une campagne d’information faisant connaître les points de vue
et les besoins des paysans et des peuples indigènes,
• le FIDA devrait favoriser, au niveau régional, le dialogue entre les organisations
de petits producteurs et d’autres membres de la société civile (consommateurs,
syndicats) afin de faire ressortir des initiatives et expériences locales qui méritent
d’être validées et diffusées, puis étendues aux niveaux national et régional,
• le FIDA devrait, pour qu’elles soient mieux à même de participer à d’importantes
prises de décision, aider les organisations pa
y
sannes à maximiser leurs ressources
et leurs connaissances, à réaliser des études et à échanger des informations et
leurs expériences,

le FIDA pourrait favoriser la communication entre les organisations paysannes
et les pouvoirs publics afin de faciliter l’élaboration de politiques différenciées
adaptées aux besoins des petits exploitants.
33
“Je tiens à vous rassurer. De nombreux points débattus ces
derniers jours ne figurent peut-être pas en bonne place dans la
synthèse ; par exemple : les questions de souveraineté
alimentaire, de sécurité sanitaire des aliments et d’accès à lat
erre ; la tendance à considérer ces questions, et l’accès au
foncier en particulier, strictement sous l’angle commercial ; le
développement des supermarchés et les conséquences que
peuvent avoir les normes de qualité pour les petites
exploitations ; la nécessité de mieux étudier et valoriser les
expériences renforçant l’accès des petits producteurs au
marché… Ces questions, et bien d’autres, nous ne les perdons
pas de vue et nous nous engageons à les prendre en compte en
partenariat avec vous.”
Cyril Enweze, Vice-Président du FIDA
34
35
Synthèse des délibérations
À
l’issue des discussions plénières, une synthèse des délibérations a été présentée aux
participants au Forum et à la direction du FIDA pour examen et approbation. Elle a été
approuvée par le comité de pilotage du Forum et par les 53 représentants d’organisations
paysannes qui ont participé à la séance finale du Forum le 14 février 2006. Elle a été lue à
la séance plénière du Conseil des Gouverneurs du FIDA le 16 février par Estrella Penunia
(Secrétaire générale de l’AFA) et Philip Kiriro (Vice-Président de la FIPA), nommés
rapporteurs respectivement par La Via Campesina et par la FIPA. Le texte de la synthèse
est le suivant :
La première rencontre du Forum Paysan auprès du Conseil des Gouverneurs du FIDA
a entériné la déclaration conclusive de l’atelier de février 2005 qui fournit les bases du
processus du Forum Paysan et de ses développements futurs.
Le Forum a pris connaissance des résultats et recommandations des consultations
nationales et régionales organisées au cours de l’année 2005.
Les riches débats en groupes de travail régionaux et thématiques rapportés en
plénière ont révélé à la fois les diversités régionales et un certain nombre de points de
vue communs et de recommandations partagées par toutes les régions.Ce qui suit est
une brève synthèse de ces points de vue et recommandations.
La persistance de la pauvreté rurale dans un monde d’abondance n’est pas simplement
due à une insuffisance de l’aide internationale au dév
eloppement. Elle est due à la
négligence du secteur rural par les politiques publiques nationales et aux effets de modèles
prescriptifs qui ne répondent pas aux problèmes cruciaux auxquels sont confrontés les
petits paysans, les exploitations familiales, les pêcheurs artisanaux et autres producteurs
pauvres. Tous les participants ont soulevé le problème des revenus insuffisants de
l’agriculture familiale dus à des prix injustes et à la position de faiblesse des petits
producteurs dans les filières de production et de transformation. Ils ont souligné que la
concentration croissante du pouvoir et des ressources dans un contexte où une
compétition sans merci est devenue la norme, menace les modes de vie des ruraux pauvres
et toute perspective d’amélioration. Beaucoup d’organisations ont exprimé leurs fortes
préoccupations et leurs désaccords avec les politiques actuelles d’institutions telles que le
Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et l’OMC.
La détérioration des modes de vie des ruraux est due, pour une part significative, aux
capacités insuffisantes des organisations rurales à influencer les politiques et à négocier
avec les autres acteurs. Elle tient également au fait que gouvernements et institutions
internationales accordent peu d’espace à un dialogue social inclusif à travers lequel les
perspectives des ruraux pourraient être prises en compte
.Les organisations pay
sannes et
de producteurs ruraux participantes demandent au FID
A d’appuy
er leurs propres efforts
de renforcement des capacités dans le domaine des politiques
,tant aux niv
eaux national
36
que régional. Elles sollicitent auprès du FIDA un appui direct afin qu’elles puissent
développer les capacités de leurs adhérents à interagir de manière plus équitable et
profitable avec les marchés.
Tous les participants ont souligné la situation particulièrement difficile des femmes
rurales et des jeunes et le manque de perspectives économiques pour eux. Le FIDA et les
organisations paysannes doivent s’investir davantage face à cette situation.
La plupart des conclusions et recommandations du Forum concernent deux domaines
principaux : les opérations appuyées par le FIDA et le processus du Forum Paysan.
D
ans ces deux domaines, l’enjeu n’est pas seulement que les organisations paysannes
s’engagent sur l’agenda du FIDA, mais que le FIDA s’engage sur celui des organisations
paysannes.
Les opérations appuyées par le FIDA
Les partenariats entre le FIDA et les organisations paysannes vont de l’élaboration des
stratégies aux programmes d’investissement. Il est recommandé que les organisations
paysannes participent à – et dans tous les cas soient au moins consultées pendant – la
formulation des stratégies du FIDA au niveau national (exposés des options et stratégies
d’intervention par pays [COSOP]) et au niveau régional. Les organisations paysannes
devraient être systématiquement impliquées dans la conception, la mise en œuvre et
l’évaluation des programmes et projets,qu’ils soient financés par des prêts ou par des
dons. Dans chacune de ses interventions, le FIDA devrait allouer un financement direct
spécifique pour que les organisations rurales puissent évaluer de manière indépendante
l’efficacité et l’impact de ces opérations.
Le cadre stratégique du FIDA étant actuellement en cours de révision, les participants
recommandent que les organisations paysannes nationales y soient considérées comme
des acteurs clés de l’autonomisation des ruraux pauvres.
Le processus du Forum Paysan
Les participants ont confirmé leur engagement dans le Forum Paysan conçu comme un
processus ascendant et permanent et un espace de consultation et de dialogue, centré sur
la réduction de la pauvreté rurale. Le Forum respecte les organisations existantes, leur
diversité et leur autonomie et ne cherche pas à créer de structures parallèles.
Le cycle 2006-2008 du Forum Paysan comprendra un nombre significatif de
consultations nationales dans chaque région qui alimenteront des fora régionaux ou
sous-régionaux avant le Conseil des Gouverneurs de 2008. La planification de ces
consultations devra être élaborée région par région avec les organisations régionales et
internationales. La coordination avec d’autres agences internationales, en particulier la
FAO, renforcerait le processus du Forum et réduirait les demandes sur le temps et les
ressources des organisations paysannes.
L’interface entre le Forum Paysan et le Conseil des Gouverneurs du FIDA doit être
institutionnalisée.
Les participants au Forum ont proposé l’élaboration conjointe de principes
d’engagement ou d’un code de conduite qui guideraient les interactions et partenariats
entre les organisations paysannes et le FIDA.
Discussions thématiques
Au cours du Forum Paysan, trois groupes de travail thématiques ont été organisés sur:
l’accès des pauvres aux ressources naturelles (terre
,eau, forêts et ressources halieutiques); le
renforcement des capacités des institutions rurales locales et le dév
eloppement institutionnel
en faveur des pauvres; et l’intégration des marchés régionaux et l’agriculture familiale
.
37
Les débats ont été très riches, non seulement du fait de la diversité des réalités
nationales et régionales, mais aussi des différentes positions et approches des
organisations présentes.
Les principales recommandations adressées au FIDA pour ses engagements et
partenariats avec les organisations paysannes dans les domaines mentionnés sont
présentées ci-dessous. Dans tous les cas, les spécificités et différences régionales et
nationales doivent être prises en considération.
Accès des pauvres aux ressources naturelles (terre, eau, forêts et ressources
halieutiques)
Il a été recommandé au FIDA de :
• reconnaître l’accès équitable aux ressources naturelles comme un problème
prioritaire à tous les niveaux ; et faciliter le dialogue entre les gouvernements et les
représentants des petits paysans et des pasteurs, des femmes rurales, des peuples
indigènes,des communautés côtières et autres groupes marginalisés,
• fournir aux bénéficiaires des réformes agraires les services d’appui nécessaires afin
qu’ils puissent mettre en valeur leurs terres ; dans certains pays, aider à la
régularisation des droits d’usage et/ou de propriété,
• renforcer la capacité des organisations afin qu’elles puissent pleinement participer
à la formulation, à la mise en œuvre, à l’application et à l’évaluation des
politiques foncières.
Développement des capacités
Un financement direct est recommandé pour le développement des capacités des
organisations paysannes. Dans ce domaine, les priorités doivent être définies par les
organisations paysannes elles-mêmes. Il est essentiel de comprendre que les processus de
développement organisationnel guidé et géré par les paysans prennent du temps et
demandent un engagement à long terme et une reconnaissance du droit à l’erreur.
Le développement des capacités peut concerner :
• l’engagement sur les politiques publiques,
• le rôle économique des organisations de producteurs,
• une meilleure communication entre paysans et avec l’ensemble de la société,

l’élaboration d’une charte – au niv
eau national – entre les organisations pa
y
sannes
et le Gouv
ernement.
Intégration des marchés régionaux et agricultur
e familiale
Le FIDA devrait appuyer une initiative d’évaluation de l’impact des politiques
d’intégration régionale et de libéralisation des marchés sur l’agriculture familiale et les
conditions de vie des ruraux pauvres.Il devrait ensuite contribuer à une v
aste campagne
d’information sur les résultats de cette évaluation.
Le FIDA devrait poursuivre et élargir son appui à l’établissement de plateformes
régionales de dialogue et de négociation entre organisations paysannes et gouvernements
au sein des institutions régionales ou sous-régionales impliquées dans les processus
d’intégration (exemple de la REAF).
Le FIDA devrait également poursuivre son appui aux concertations régionales entre
organisations paysannes dans leurs initiatives de lobbying et de plaidoyer relatives aux
processus d’intégration et au développement de politiques agricoles communes au niveau
régional (exemple de l’appui du FIDA aux organisations paysannes africaines sur le
programme agricole du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique [NEPAD]).
38
Étapes de l’évolution du Forum Paysan
APPENDICE 1
• En octobre 2004, les dirigeants de huit organisations paysannes d’Afrique, d’Asie,
d’Amérique latine et d’Europe se sont réunis pour échanger des idées sur la portée
et les orientations des futurs partenariats. Les participants ont lancé l’idée d’un
Forum Paysan, instance permanente du Conseil des Gouverneurs du FIDA.
• En février 2005, le FIDA, en partenariat avec la FIPA, La Via Campesina et le
ROPPA, a organisé un atelier immédiatement avant la vingt-huitième session du
Conseil des Gouverneurs. Au cours de cet atelier, 34 représentants d’organisations
paysannes de tous les continents ont examiné des propositions relatives à la
tenue d’un Forum Paysan en marge du Conseil des Gouverneurs du FIDA.
Une déclaration finale brève mais innovante, présentée au Président du FIDA,
constitue le socle de cette initiative.
• Un séminaire sur les organisations paysannes,les politiques et les marchés s’est
tenu en marge du Conseil des Gouverneurs de 2005. Pour la première fois, un
dirigeant paysan a pris la parole au Conseil des Gouverneurs en qualité d’expert
intervenant à la séance plénière.
• Un comité de pilotage a été chargé d’examiner la proposition de Forum Paysan et
d’organiser le Forum proprement dit. Il a été convenu que la réunion mondiale
du Forum se tiendrait en marge du Conseil des Gouverneurs du FIDA tous les
deux ans,des consultations nationales et régionales se tenant entre chaque
réunion mondiale.
• Entre octobre 2005 et janvier 2006, six consultations nationales ont eu lieu – au