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21 Οκτ 2013 (πριν από 4 χρόνια και 2 μήνες)

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Laboratoire de linguistique formelle

:
http://www.llf.cnrs.fr


Structures formelles du langage

:
http://www.umr7023.cnrs.fr


Université Paris 8

:
http://www.univ
-
paris8.fr

1

Je t’ai aimé
, c’est que
je t’aime

?

Gerhard Schaden

Post
-
doctorant

au «

Laboratoire de linguistique formelle

» (CNRS UMR 7110)
, chargé
de cours à
l’U.F.R Sciences du langage,
Université Paris 8
.


À première vue, il
paraît

évident qu’une forme comme le fra
nçais
«

a chanté

»

implique
une certaine antériorité de l’action
chanter

par rapport au moment de l’énonciation.
Mais où passe cette antériorité dans des phrases comme

«

J

ai toujours su qu

il était un
crétin

»

?

La classe des
parfaits
1

a
montré

une bonne
résistance par rapport aux tentatives linguistiques
de l’analyser.
Cela est également vrai pour les analyses en sémantique formelle. Dans cette
approche du sens, on tente de reproduire les intuitions des locuteurs natifs quant à la
signification d’une form
e linguistique en utilisant des outils de la logique formelle. Plus
généralement, la sémantique formelle suit une idée du
Tractatus
de Wittgenstein, selon
laquelle comprendre une phrase, c’est savoir comment devrait être le monde dans lequel cette
phrase e
st vraie
2
.


Mais quelles circonstances rendent vraie une phrase au
parfait

?
Un
parfait
étant un
temps
grammatical, on peut s’attendre à ce qu’un ingrédient de la signification d’un
parfait

soit un
certain type de relation temporelle. La question est alor
s

: laquelle

?



Les lectures des
parfaits

Les temps considérés comme
parfaits

disposent de plusieurs lectures clairement distinct
e
s
quant à leur localisation temporelle par rapport au moment de l’énonciation

(i.e., le moment
où l’on parle)
.
Considérons d’ab
ord un premier type, qui se manifeste dans des phrases
comme «

Pierre a mangé un sandwich

». On appelle cette lecture la lecture
existentielle

: il
existe une action
, antérieure au moment de l’énonciation,
qui peut se caractériser comme
Pierre mange un san
dwich
. Cette phrase est donc vraie si l’action est antérieure au moment de
l’énonciation et si l’action est terminée.


Un deuxième sous
-
type se manifeste dans des phrases comme «

Pierre a toujours cru qu’il
était un génie

». On appelle cette lecture la le
cture
continuative

: l’action


qui a commencé à
un certain moment dans le passé


n
e s’est

pas obligatoirement arrêté
e
, mais
est toujours

en
cours au moment de l’énonciation. Le problème qui se pose est le suivant

: comment est
-
il
possible qu’un temps gra
mmatical puisse admettre simultanément ces deux relations
temporelles

? Il n’existe pas de relation temporelle simple qui produise le bon agencement



1

Un
parfait

est un temps grammatical, qui se trouve être de forme composée en
français
. Parmi ses représentants
en fran
ç
ais, on trouve le
passé composé, le plus
-
que
-
parfait

et le
futur antérieur
.
En anglais, les
present, p
ast

et
future perfect
appartiennent à ce type de temps grammatical.

Dans cet exposé, il ne sera cependant question que
du
passé composé
français, et


marginalement


du
present perfect

anglais.

2

Cf. Ludwig Wittgenstein (1922) :
Tractatus logico
-
philosoph
icus
. § 4.024. «

Einen Satz verstehen, heißt,
wissen was der Fall ist, wenn er wahr ist
.

»



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2

temporel
à la fois
pour les lectures existentielles et pour les lectures continuatives, tout en
excluant le
s autres possibilités d’agencement relatif (par exemple, que l’action suive
entièrement le moment de l’énonciation).



Un cas d’homonymie

?

Une tentative de solution à ce problème serait de dire qu’il y a homonymie entre deux
parfaits

différents
, qui se tro
uvent avoir la même forme phonétique en français.
Tout comme pour
voler

(le stylo de mon collègue vs. comme un oiseau), on aurait un signifiant (i.e., forme
acoustique) pour deux signifiés (i.e., concepts) bien distincts. Mais le fait d’obtenir ces deux
ty
pes de lectures n’est pas une propriété spécifique du
passé composé

français
.

E
lle s’observe
également dans d’autres
parfaits

en d’autres langues. Ainsi, la phrase anglaise «

John has
been living in Paris for five years

» peut avoir à la fois une lecture e
xistentielle (la somme des
périodes
durant lesquelles

John a vécu à Paris s’élève à cinq ans) et une lecture continuative
(John a vécu à Paris

les cinq dernières années
, et il y vit toujours). Il semble même être une
caractéristique des
parfaits

de dispose
r de ces deux types de lectures. Alors, il n’est ni
probable
,

ni souhaitable de dire que


par hasard


il se trouve que tous les
parfaits

sont
ambigus de la même manière.


Une autre voie d’explication s’impose alors. Elle consiste à dire que l’une des de
ux lectures
est plus élémentaire que l’autre, et qu’on peut en dériver les effets de sens associés à l’autre
lecture. Deux directions sont possibles

: ou bien la lecture continuative est le cas de base, ou
bien
c’est
la lecture existentielle. Selon la prem
ière option, un
parfait

serait un cas spécial
d’un
présent
, prolongé vers le passé

; selon la deuxième, un
parfait

serait une sorte de temps
d
u

passé.



Un présent étendu vers le passé

?

Cette
première
option ne paraît pas
très plausible d
u

point d
e

vue du
passé composé
du
français actuel, mais il a quelque attrait si on considère la question du parfait à partir du
present perfect
de l’anglais, ou
à partir
d’étapes antérieur
e
s
de l’évolution
du
passé composé

du français.
Ainsi, en anglais, on ne peut pas dir
e «

John has arrived yesterday

», et la phrase
française correspondante, «

Jean est arrivé hier

», aurait été inacceptable encore au
XVII
e

siècle
3
. En revanche, un
present perfect

(ou aussi le
passé composé

du
XVII
e

siècle) est
acceptable si l’action s’
est

passé
e

avant le moment de l’énonciation, mais que le complément
circonstanciel inclut le moment de l’énonciation, comme
dans

«

Jean est arrivé aujourd’hui

».
Cette incompatibilité avec une expression qui dénote un intervalle passé s’expliquerait très
bien

par l’hypothèse qu’un
parfait

est une sorte de présent étendu vers le passé, et qu’une
action ne peut pas être à la fois présente et passé
e
.


Mais une telle approche se heurte également à des difficultés importantes. Si la lecture
continuative est la vale
ur de base, on s’attend à ce qu’elle soit disponible dans tous les cas, ou
qu’il s’agisse au moins de la lecture par défaut.
Or,
cela ne semble pas être le cas. Pour s’en
convaincre, il suffit de considérer le cas suivant

: supposons que vous voul
i
ez faire

une
déclaration d’amour. La configuration temporelle d’un
parfait

à lecture continuative
conviendrait tout à fait

à cette fin : l’action d’
aimer

a commencé quelque part dans le passé, et
inclut le moment de l’énonciation. Cependant, un locuteur avisé du f
rançais évitera d’énoncer
dans un tel contexte «

Je t’ai aimé

». Si cette phrase a une lecture continuative, elle n’est pas



3

Au
XVII
e

siècle, il aurait été nécessaire d’utiliser dans un tel cas le
passé
simple,
et de dire «

Jean arriva hier

»,
cf. Antoine Arnauld, Claude Lancelot (1660)
:
Grammaire générale et raisonnée



Grammaire de Port Royal

»).



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3

suffisamment saillante pour être employée sans danger

: la personne à qui s’adresse cette
déclaration risque fort de l’interpréter e
n tant que
parfait

existentiel, et de conclure que vous
ne l’aimez plus.


La lecture continuative semble donc toujours induite par l’ajout de certains éléments
additionnels,
qui modifient le sens premier du

parfait
. Ainsi, si «

Depuis qu’on s’est
rencontré
s pour la première fois, je t’ai toujours aimé

» dispose d’une lecture continuative,
elle disparaît si on élimine
toujours

et le syntagme introduit par
depuis.

La signification d’un
parfait

«

nu

», sans ajout de modifieurs, semble bien être d’indiquer l’an
tériorité, et cela aussi
bien en français qu’en anglais.



Comment l’antériorité est
-
elle compatible avec la lecture
continuative

?

Si alors un
parfait

dénote toujours l’antériorité de l’action, comment est
-
il possible qu
e dans

certains cas, l’action puis
se encore être en cours lors du moment de l’énonciation

?

Ici, il faut
introduire la distinction entre ce qui doit
obligatoirement

être le cas pour qu’une forme puisse
être employée de façon adéquate, et ce qui
peut

être le cas. Reconsidérons la phrase «

P
ierre a
toujours cru qu’il était un génie

». Pour que cette phrase soit vraie, il faut que Pierre ait cru
dans le passé qu’il était un génie. S’il n’avait jamais cru qu’il était un génie, elle serait fausse.
Ainsi, on ne peut pas enchaîner avec «

mais il n
’y a jamais cru

». En revanche, cette phrase ne
nous engage en rien quant à ses croyances sur sa génialité au moment de l’énonciation. Il est
possible d’enchaîner avec «

… et il y croit toujours

», aussi bien qu’avec «

mais son directeur
de recherche lui a

fait perdre ses illusions

». Donc, la composante d’antériorité fait partie des
conditions de vérité du
parfait
, tandis que la composante continuative n’en fait pas partie.
Ainsi, un
parfait

dénote bel et bien une relation d’antériorité.


Gerhard Schaden

La thèse

:

La sémantique du Parfait. Étude des «

temps composés

» dans un choix de langues
germaniques et romanes
. Directrice de thèse

: Brenda Laca. Soutenue le 27 janvier 2007 à
l’Université Paris 8 Vincennes
-
Saint
-
Denis. Disponible sur internet à

l’adre
sse suivante

:
http://www.bu.univ
-
paris8.fr/web/collections/theses/schaden_gerhard.pdf

Page personnelle de l’auteur

:

ht
tp://gerhard.schaden.free.fr