PDF: 97K/22p - Canadian Women's Health Network

hearingstartΒιοτεχνολογία

23 Οκτ 2013 (πριν από 3 χρόνια και 7 μήνες)

262 εμφανίσεις








Les conséquences
de la biotechnologie et du génie génétique
sur la santé des femmes














Préparé pour le Groupe de travail sur les femmes, la santé et le génie génétique










Anne Rochon Ford
Février 2001

2

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

Préambule
Le Groupe de travail sur les femmes, la santé et le génie génétique se compose
d’universitaires et d’activistes communautaires canadiennes préoccupées par l’impact du
génie génétique et des biotechnologies sur la santé des femmes. Il s’inspire des principes
et des pratiques du féminisme, de l’égalité et de la justice sociale.

Le groupe de travail concentre actuellement ses travaux sur La Stratégie canadienne en
matière de biotechnologie (SCB), un document de politique du gouvernement fédéral
faisant la promotion du secteur de la biotechnologie au Canada. Il s’inquiète du peu
d’importance que la stratégie fédérale ainsi que le secteur canadien de la biotechnologie
en général accordent aux effets sur la santé des femmes.

Ce livret s’inspire librement des présentations et des discussions qui ont eu lieu en février
2000 lors d’un un atelier organisé à Toronto par le groupe de travail pour débattre de ces
questions. Le site Internet du Réseau canadien pour la santé des femmes (www.cwhn.ca)
propose plusieurs documents du groupe de travail, dont un outil de mobilisation des
communautés (Gender and Genetics : A Feminist Analysis of the Canadian
Biotechnology Strategy and Alternative Visions for Community Action) ainsi que les
délibérations de l’atelier (« The Gender of Genetic Futures : The Canadian Biotechnology
Strategy, Women and Health »).

Le génie génétique et les biotechnologies évoluent si rapidement qu’un livret comme
celui-ci sera forcément dépassé en peu de temps. Néanmoins, bien que certains
renseignements techniques puissent être rapidement périmés, nous espérons que ce
document contribuera à une compréhension critique des questions morales et des autres
enjeux de taille suscités par le développement et l’utilisation de ces technologies.



Nous désirons remercier les parties suivantes pour le soutien financier qu’elles nous ont
accordé : le Réseau pancanadien sur la santé des femmes et le milieu (qui bénéficie
d'un soutien financier du Programme des centres d'excellence pour la santé des
femmes, Bureau pour la santé des femmes, Santé Canada); le Bureau pour la santé des
femmes, Santé Canada; le Programme sur les répercussions d'ordre médical, éthique,
juridique et social de la recherche en génomique et en génétique du Conseil de
recherches médicales du Canada; le doyen des arts de l’Université York, la faculté des
études supérieures et le département de sociologie de l'Université York. Les opinions
exprimées dans ce document ne sont pas représentatives des politiques officielles de
ces divers organismes.


© Anne Rochon Ford
ISBN 0-9688544-0-0
Pour obtenir des exemplaires additionnels, veuillez contacter le Réseau canadien pour la
santé des femmes, http://www.cwhn.ca/
.
© 2001 Anne Rochon Ford


3

Introduction : objet de ce livret
Le développement et la popularité croissante des biotechnologies et du génie génétique
soulèvent des questions fondamentales au sujet de la nature humaine au XXI
e
siècle.
Nous vivons à une époque où il est possible de breveter des formes vivantes et de vendre
nos gènes au plus offrant. Au moment même où les gouvernements reconnaissent que des
facteurs sociaux comme la pauvreté et la violence ont des effets sur la santé, la prétention
que le génie génétique est en mesure de déterminer bien des choses se « normalise »
rapidement auprès de l’opinion publique. Alors qu’on cherche dans un premier temps à
élargir notre conception de la santé, cette nouvelle tendance a pour effet de la médicaliser
davantage.

Malgré l’importance de ces technologies et leur pertinence pour notre santé, les
Canadiennes et les Canadiens connaissent fort peu de choses à leur sujet. Des sondages
récents indiquent que la population canadienne en général suppose que les
biotechnologies sont bénéfiques et que nos gouvernements auront nos intérêts à cœur
lorsqu’ils les réglementeront.

Ce livret jette un regard critique sur certaines suppositions au sujet des biotechnologies et
du génie génétique du point de vue de la population canadienne en général et des femmes
en particulier. Nous nous inquiétons surtout du fait qu’au sein du gouvernement fédéral,
on ait tendance à accorder plus d’importance aux intérêts du secteur de la biotechnologie
qu’à la santé des Canadiennes et des Canadiens.

Ce livret propose un bref aperçu des « biotechnologies » et du « génie génétique » avant
d’exposer certaines de leurs conséquences sur la santé des femmes. Il a été rédigé dans
l’intention de susciter des discussions et un débat critique. Il se penche sur deux dossiers
particulièrement inquiétant, la biotechnologie agricole et la biotechnologie dans les soins
de santé et la médecine. Compte tenu de la taille de ce livret et de l’envergure de la
matière, ce document ne prétend aucunement être une étude exhaustive de tous les aspect
de ces questions. Notamment, il n’examine pas le dossier crucial des technologies de la
reproduction, cette question ayant fait l’objet de discussions approfondies dans les
publications sur la santé des femmes.


Les définitions varient selon les intérêts
La Loi canadienne sur la protection de l’environnement définit ainsi la biotechnologie :
« Utilisation d’organismes vivants, ou de leurs parties, pour la production de biens et de
services. » Les interprétations de cette définition de base, ainsi que les opinions sur la
sécurité de ces technologies, ne vont pas toutes dans le même sens, car elles varient selon
les intérêts que l’on cherche à défendre. En effet, l’expression « biotechnologie » englobe
une grande variété de techniques comme l’altération génétique par le génie génétique des
espèces, le clonage de plantes et d’animaux, et la xénotransplantation (culture d’organes
dans une espèce en vue de leur transplantation dans une autre espèce).

Les porte-parole du secteur très lucratif de la biotechnologie ou des ministères qui
cherchent à promouvoir ce secteur mettent en valeur la sécurité et les bienfaits de ces
4

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

technologies pour la population, tout en cherchant systématiquement à rassurer celle-ci.
Ils maintiennent que la biotechnologie comprend des pratiques anciennes et bénignes
comme l’utilisation de la levure pour faire du pain ou de la bière
1
. Toutefois, les critiques
des mouvements écologistes et de la santé, dont des scientifiques et des consommatrices
et consommateurs, répondent qu’il est trompeur de placer ces pratiques séculaires sur un
pied d’égalité avec ces nouvelles techniques. Les conséquences possibles sur la santé
humaine des nouvelles technologies comme la xénotransplantation sont d’un autre ordre
de grandeur et ont des implications très différentes de ces anciens procédés assez bénins.

L’expression « génie génétique » désigne des techniques spécifiques d’intervention dans
des procédés physiques et médicaux, mais elle dénote également une nouvelle façon
d’envisager les caractéristiques humaines. Abby Lippman, épidémiologiste canadienne, a
proposé l’expression « génétisation » du corps humain et des procédés corporels pour
désigner la tendance progressive et troublante à voir une composante génétique dans tous
les aspects de la santé, et qui a pour effet d’élargir par le fait même le sens des
expressions « maladie » et « invalidité », et de réduire la portée de ce qui est normal.
« On place incorrectement sur un pied d’égalité la biologie et la génétique humaine »,
fait-elle remarquer
2
.

Les expressions « biotechnologie » et « génie génétique » vont de pair dans ce livret
parce qu’elles suscitent les mêmes inquiétudes. Elles représentent toutes deux une
tendance troublante vers la médicalisation de la santé, le plus souvent aux dépens d’une
vision plus globale des facteurs systémiques sociaux importants qui déterminent la santé.


La Stratégie canadienne en matière de biotechnologie : où sont
les femmes ?
En 1998, le gouvernement canadien a renouvelé son engagement en faveur du
développement de la biotechnologie au Canada en diffusant le cadre d’action intitulé La
Stratégie canadienne en matière de biotechnologie (SCB)
3
. Le gouvernement renouvelait
ainsi les politiques articulées depuis le début des années 1980. L’objectif de la SCB est
d’« améliorer la qualité de vie des Canadiens sur les plans de la santé, de la sécurité, de
l’environnement et du développement social et économique en donnant au Canada une
position de chef de file mondial sérieux en matière de biotechnologie. » Le cadre d’action
définit le rôle du gouvernement fédéral dans la gestion du secteur de la biotechnologie et


1
« Le mot « biotechnologie » englobe un large spectre d’applications scientifiques. […] La biotechnologie
fait partie de notre monde depuis des siècles. Il y a très longtemps, par exemple, que nous utilisons la
levure, un organisme vivant, pour fabriquer la bière, le pain et le vin [et] les bactéries pour confectionner
les yaourts. […] Parmi les applications plus complexes, mentionnons […] le génie génétique. La
biotechnologie consiste à utiliser des organismes vivants, ou des parties d’organismes vivants, pour
élaborer de nouvelles méthodes de production [et] fabriquer des produits nouveaux. » La Stratégie
canadienne en matière de biotechnologie (1998) : Un processus de renouvellement permanent. Ottawa :
Industrie Canada, 1998, p. 2.
2
« Prenatal genetic testing and screening: Constructing needs and reinforcing inequities » par Abby
Lippman, in American Journal of Law and Medicine, Vol. XVII, n
o
1&2, 1991, pp 15-50.
3
Stratégie canadienne en matière de biotechnologie : Un processus de renouvellement permanent.
Ottawa : Industrie Canada, 1998.
© 2001 Anne Rochon Ford


5

dans la gestion du développement et de l’utilisation de la biotechnologie au Canada. Il
fait également la promotion de la modification des lois canadiennes sur la propriété
intellectuelle afin de favoriser le développement de la biotechnologie et cherche à
convaincre la population de ses avantages tant au niveau national qu’international
4
.

La Stratégie canadienne en matière de biotechnologie ne s’intéresse aucunement aux
conséquences de la biotechnologie pour les femmes, malgré l’engagement pris par le
gouvernement fédéral de favoriser l’égalité des sexes dans toutes ses politiques en tenant
compte des diverses conséquences des politiques et des programmes pour les femmes et
les hommes (Plan fédéral pour l’égalité des sexes, 1995). De nombreuses femmes
s’interrogent sur les aliments génétiquement modifiés qu’elles consomment et les tests
génétiques qu’elles sont encouragées à passer, alors que la sécurité et l’utilité de ces
aliments et de ces tests n’ont pas encore été établis.


Pourquoi la santé des femmes ?
Ces nouvelles technologies auront des conséquences énormes sur tous les êtres humains,
peu importe qu’ils soient jeunes ou vieux, hommes ou femmes, riches ou pauvres, dans
les pays en développement ou industrialisés. Elles ont des conséquences spécifiques sur
les femmes et la santé
5
pour plusieurs raisons.

Ce sont surtout les femmes qui contrôlent l’accès aux soins de santé à la maison. Bien
que ce rôle ait évolué légèrement au cours de la dernière décennie, les pr incipales
décisions au sujet de la santé, de l’alimentation, des produits ménagers, des appareils
médicaux, des médicaments et des autres produits chimiques continuent de relever
principalement des femmes. Par conséquent, les femmes constituent un groupe cible très
important pour les industries productrices de nouvelles sources alimentaires et de
technologies médicales. En outre, les femmes sont un groupe cible important des
gouvernements qui cherchent à réglementer ces produits et procédés tout en voulant
rassurer la population quant à leur sécurité et efficacité.

1) Ce rôle de contrôle de l’accès comporte la culture, la sélection, l’achat et la
préparation d’aliments. Par conséquent, les aliments génétiquement modifiés, leur
étiquetage et la possibilité de les breveter intéressent au premier chef les femmes, au
même titre que la sécurité des semences à l’origine de ces aliments.

2) Particulièrement dans le domaine des soins de santé liés à la fonction reproductrice,
les femmes subissent un pourcentage disproportionné des tests médicaux, dont les
tests génétiques et la thérapie génique. Plusieurs traitements et technologies, comme
l’hormone thérapeutique DES, le dispositif intra-utérin Dalkon Shield et les implants


4
Pour une critique de la SCB, voir « If Women Mattered : A Critical View of the Canadian Biotechnology
Strategy and Alternative Visions for Community Action » par F. Alice Miller et Marika Morris, 2000, à
www.cwhn.ca.
5
Nous utilisons l’expressions « les femmes et la santé » dans un sens très large pour désigner trois notions :
la relation particulière des femmes avec les systèmes de santé, les intérêts personnels et sociaux des
femmes pour la santé, et l’impact des politiques et de la technologie sur la santé des femmes.
6

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

mammaires Meme, pour n’en nommer que trois, ont jadis été proposés aux femmes
comme étant efficaces et sans danger. On demande de nouveau aux femmes
d’accepter et d’avoir confiance en de nouvelles technologies comme les tests
génétiques et la thérapie génique dont on ignore presque tout. Une participante à la
conférence a décrit cette situation comme « une invitation à faire un saut dans le vide
génétique ».

3) La santé des Canadiennes s’améliorerait considérablement si on pouvait éliminer ou
au moins réduire les causes structurelles de la mauvaise santé comme la pauvreté et la
violence. Les efforts pour s’attaquer à ces problèmes généraux sont minés lorsque le
financement de la santé est détourné au profit de la biologie et de la génétique
individuelle des femmes.


Pourquoi la population canadienne devrait-elle s’inquiéter de cet
état de fait ?
Deuxième plus grand producteur d’aliments modifiés génétiquement après les États-Unis,
le Canada est un joueur important dans la promotion de la biotechnologie et du génie
génétique. Comme le gouvernement fédéral estime que ces technologies sont
avantageuses pour l’économie canadienne, il les a vivement encouragé et en a fait la
promotion. Toutefois, la promotion commerciale de cette technologie n’est pas le seul
mandat du gouvernement. Il est également responsable de la réglementation de ces
technologies dans le cadre de ses obligations morales et juridiques de protection de la
santé et du bien-être de la population canadienne. Par conséquent, le gouvernement s’est
placé en situation d’avoir à réglementer le secteur dont il cherche à faire la promotion, ce
qui est un conflit d’intérêts patent.

Puisqu’il est un important promoteur et fabricant de produits génétiquement modifiés, le
Canada contribue également aux problèmes pouvant survenir suite à l’utilisation de ces
technologies dans les pays du Sud. Au lieu de créer des emplois, ces technologies
menacent l’existence des fermiers dans plusieurs pays du Sud, puisque ces derniers se
voient obligés d’acheter à un prix inabordable des variétés de semences qu’ils plantent
depuis des siècles mais qui ont été brevetées par des sociétés privées occidentales. La
biotechnologie est un facteur important dans la tendance mondiale vers l’industrialisation
de l’agriculture et la constitution de géants agro-industriels
6
. Cette tendance a de graves
conséquences pour la viabilité de l’agriculture dans les pays en développement
puisqu’elle menace la sécurité alimentaire par la perte de la diversité des semences,
provoque des dégâts environnementaux à cause des pesticides et des autres formes de
pollution, et mène à la disparition des petits exploitants agricoles et des emplois à
l’échelle locale.



6
Pour en savoir plus long sur cette question, voir From Land to Mouth: Understanding the Food System de
Brewster Kneen (Toronto, NC Press Ltd, 1993), ou visitez le site Web de RAFI, www.rafi.org.
© 2001 Anne Rochon Ford


7

Seuls les pays du Sud en mesure de payer pour les produits développés par le secteur de
la biotechnologie obtiendront les avantages de la biotechnologie
7
. Comme nous l’avons
vu avec les médicaments pour le sida, de nombreux pays ayant les besoins les plus aigus
sont incapables de payer les prix demandés par les fabricants. Or, les entreprises
établissent leurs priorités et leurs objectifs en fonction de leurs intérêts commerciaux et
de leur soif de bénéfices, non pas pour assurer la viabilité écologique et les besoins des
populations locales.


Les brevets et la propriété intellectuelle : à quel prix la vie ?
Tous les pays industrialisés occidentaux ont des lois sur les brevets permettant à un
fabricant d’un produit ou d’une invention d’avoir un monopole exclusif sur son produit.
Les lois sur les brevets reconnaissent qu’une « propriété intellectuelle » peut appartenir à
une personne ou à un groupe de personnes. La propriété intellectuelle, ce sont « les droits
légaux découlant d’une activité intellectuelle dans les domaines industriels, scientifiques,
littéraires et artistiques »
8
. Les brevets sont accordés par les gouvernements nationaux. Ils
accordent à l’inventeur une protection empêchant des tiers de profiter de l’invention
pendant une certaine période de temps, vingt ans dans la plupart des pays. Comme cette
protection aide à recouvrer certains coûts entraînés par la mise au point de l’invention,
elle sert à stimuler les innovations.

Pour être brevetable, un produit ou une invention doit satisfaire à trois critères :
• il doit être nouveau;
• il doit être une invention (et non une découverte);
• il doit avoir des utilisations industrielles.

Les brevets étaient utiles au XIX
e
siècle, époque où ils étaient accordés expressément
pour des inventions mécaniques. Bien que les rédacteurs des lois n’aient jamais voulu
qu’on les applique aux organismes vivants, le droit des brevets est en pleine explosion
dans ce domaine, et il y a lieu de s’en inquiéter. Certains estiment que bon nombre des
« inventions » biotechnologiques actuellement brevetées ne sont aucunement des
inventions mais plutôt des « expropriations de la vie », ou des découvertes.

Les chercheurs en biotechnologie ont pris d’assaut les lois sur les brevets afin de faire
reconnaître leurs « droits » sur des organismes vivants. Au cours de l’été de 2000 au
Canada, la Cour d’appel fédérale a statué en faveur de l’octroi d’un brevet à la Harvard
Medical School pour sa carcinosouris Oncomouse
MC
, une souris modifiée génétiquement


7
L’industrie pharmaceutique, la sœur spirituelle du secteur de la biotechnologie, a beaucoup plus tendance
à mettre au point des produits pour les gens qui sont en assez bonne santé dans le monde industrialisé (les
médicaments contre la calvitie, l’impuissance et le cholestérol sont parmi les plus vendus) que des
médicaments pour des maladies tropicales qui tuent ou blessent des millions de personnes chaque année en
Asie, en Amérique du Sud et en Afrique. Voir à ce sujet « Drug companies and Third World: A case study
in neglect », de Donald G. McNeil Jr., New York Times, 21 mai 2000, p. A1.
8
Organisation mondiale de la propriété intellectuelle – publication OMPI n
o
476-E, chapitre 1, p. 3,
www.wipo.org/eng/main.htm
, consulté le 17 septembre 2000. La définition ajoute « Ces droits ne
s’appliquent pas à l’objet physique dans laquelle la création peut être incorporée mais plutôt à sa création
intellectuelle… ».
8

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

pour porter un gène cancérigène. Comme ce cas laisse présager d’immenses possibilités
de breveter des organismes vivants non humains, et comme certains estiment que cela
mènerait facilement au brevetage des formes d’organismes humains, le gouvernement
fédéral a interjeté appel de cette décision auprès de la Cour suprême du Canada.

Jusqu’à présent, le Canada a accordé plusieurs brevets basés sur du matériel génétique
humain (plus précisément, des organismes vivants unicellulaires). Pat Mooney, directeur
général de Rural Advancement Foundation International (RAFI)
9
lance la mise en garde
suivante. « Une fois que l’on accepte de breveter la vie, il n’y a pratiquement aucun
moyen d’empêcher le brevetage d’organes ou de n’importe quelle autre partie du corps
humain ayant des applications commerciales.
10
»

Certains gouvernements, fort de l’encouragement du secteur, cherchent à modifier les lois
sur les brevets par l’entremise des accords sur le commerce international. Toutefois,
certains pays n’ont pas de lois sur les brevets, notamment ceux du Sud où l’on cherche
moins à stimuler les innovations qu’à assurer à la population locale un accès à des
marchandises à prix abordable. Actuellement, le dossier des brevets pour des organismes
vivants (dont les micro-organismes et les plantes) fait partie des délibérations sur le
commerce international de l’Organisation mondiale du commerce. Les États-Unis ayant
devancé le Canada en octroyant des brevets pour des organismes vivants, notre pays subit
des pressions pour emboîter le pas. Des modifications des accords sur le commerce
international accorderaient plus de contrôle aux sociétés transnationales établies en
majorité dans les pays industrialisés et qui pourraient obtenir des brevets pour des
produits appartenant aux pays du Sud, et dont ils ont grandement besoin. Pratiquement,
cela signifie que les « récolteurs » des pays du Nord sont en train de breveter des
semences, des plantes et des microbiens piratés des pays du Sud et d’engranger des
bénéfices énormes de ces activités
11
.

De plus, les lois sur les brevets ne desservent pas nécessairement les intérêts de la santé
de la population locale. Au Canada par exemple, des brevets d’une durée de vingt ans
pour les produits pharmaceutiques favorisent les grandes entreprises multinationales.
Cette protection accordée par les brevets permet également aux sociétés pharmaceutiques
détentrices de marques de commerce de fixer leurs prix aux niveaux qu’elles estiment
acceptables par le marché sans avoir à subir la concurrence de produits génériques moins
coûteux. La protection accordée par les brevets desservira le secteur de la biotechnologie
de façon semblable.




9
RAFI est « une organisation non gouvernementale consacrée à la conservation et à l’utilisation viable de
la biodiversité, et au développement socialement responsable de technologies utiles pour les sociétés
rurales. »
10
RAFI, « The Mouse that Roared on Animal Pharm: Canadian Courts Rule that Mammals can be a
Patented Invention », Geno-Types, 10 août 2000.
11
RAFI estime que les plantes médicinales et les microbiens des pays du Sud contribuent au moins 30
milliards par année à l’industrie pharmaceutique du Nord. Voir à ce sujet « Conserving Indigenous
Knowledge : Integrating Two Systems of Innovation », UNDP, New York, septembre 1994, RAFI.
© 2001 Anne Rochon Ford


9

La biotechnologie et notre alimentation : les organismes
génétiquement modifiés
L’expression « organisme génétiquement modifié » (O.G.M.) désigne généralement des
plantes cultivées ayant subi une manipulation génétique, c’est-à-dire, dont on a modifié le
matériel génique même de la cellule, parfois en y greffant un gène d’un autre organisme
vivant – végétal, animal, insecte, bactérie ou virus. Il peut également désigner des
animaux ainsi modifiés.

Les aliments génétiquement modifiés sont les derniers rejetons d’une série de nouveaux
produits issus de la confection des aliments et de l’agriculture. Certaines innovations dans
la production et la manutention alimentaire, comme la réfrigération, ont été bénéfiques
pour la santé publique, car elles ont permis de sauver des vies et d’améliorer notre qualité
de vie. D’autres nous ont tout simplement fourni des alternatives plus saines, comme
l’ajout de la vitamine D au lait. Par contre, les avantages sanitaires des aliments
génétiquement modifiés, comme les légumes qui ont une couleur plus attrayante, sont
tout au plus douteux. Il reste à voir si les aliments génétiquement modifiés auront des
bienfaits autres que pour les entreprises qui les fabriquent.

Le génie génétique en agriculture au Canada et dans la plupart des pays industrialisés a
surtout cherché à accroître la résistance des plantes aux insectes nuisibles ou aux doses
élevées d’herbicide. Malgré ces avantages, beaucoup de questions demeurent sans
réponse :

 Quels sont les effets à court et à long terme sur la santé humaine de l’introduction de
telles plantes dans notre système alimentaire ?
 Quel sera l’effet sur les écosystèmes de l’introduction de ces nouveaux organismes ?
 Quel sera l’effet sur les collectivités de l’introduction de ces nouveaux organismes ?
 Existe-t-il des solutions de rechange viables présentant moins de risques ?

La transformation des sources alimentaires à la suite de ces biotechnologies a des
conséquences profondes sur nous tous. Prenons un exemple : les aliments génétiquement
modifiés peuvent déclencher des réactions allergiques. Le DNA d’un allergène comme
l’arachide peut maintenant être greffé à un aliment sans que la personne qui consomme
cet aliment le sache, ce qui peut avoir des conséquences graves. Cette question exige
beaucoup plus d’étude, puisqu’elle pourrait avoir des effets profonds sur le grand nombre
de Canadiennes et de Canadiens souffrant d’allergies alimentaires
12
.



12
Il y a également lieu de s’inquiéter des conséquences sur l’environnement de l’introduction
d’organismes génétiquement modifiés. Par exemple, les plantes modifiées génétiquement pour tolérer des
herbicides peuvent se croiser avec des plantes sauvages pour devenir des « super herbes nuisibles ». Les
gènes servant d’insecticides peuvent atteindre des insectes autres que leurs cibles. On a démontré que des
insectes (comme les papillons monarques) qui s’alimentent du pollen de certaines plantes sont morts
d’avoir ingéré le pollen de plantes cultivées qui avaient été modifiées génétiqueme nt. Nous savons
également qu’il y a pollinisation croisée des plantes modifiées génétiquement lorsqu’elles sont plantées
dans des champs. Éventuellement, il sera de plus en plus difficile, voire impossible, d’étudier l’impact
environnemental des nouvelles variétés puisqu’elles seront toutes mêlées.
10

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

Bien qu’au Canada, ce soit la sécurité des aliments qui nous préoccupe le plus, des enjeux
tout aussi sinon plus importants mobilisent les populations à l’étranger. Nous avons déjà
mentionné le fait que les fermiers dans de nombreux pays en développement doivent
maintenant payer des droits et des frais pour des semences que des entreprises ont pu
breveter en tant qu’invention biotechnologique
13
. Les semences modifiées génétiquement
pour produire des plantes stériles suscitent davantage d’inquiétudes, car les fermiers se
voient obliger d’acheter de nouvelles semences chaque année et/ou des produits
chimiques de marque pour les faire germer. Cette pratique a été nommée « technologie
Terminator » et les semences, « semences suicidaires »
14
.

Les porte-parole du secteur des aliments génétiquement modifiés prétendent que ces
progrès aideront à nourrir les populations sous-alimentées de la planète. Nous maintenons
pour notre part que nous produisons bien assez de nourriture pour nourrir tout le monde.
Nous sommes plutôt aux prises avec des problèmes de répartition inégale des aliments et
d’entretien médiocre de la fertilité du sol. Les cultures génétiquement modifiées ne sont
pas la solution de ces problèmes ni la voie qui mène au développement durable.

Au Canada, des sections de deux ministères fédéraux (Agriculture Canada et Santé
Canada), une agence (Agence canadienne d’inspection des aliments), et une loi (Loi
canadienne sur la protection de l’environnement) servent à réglementer les aliments
génétiquement modifiés. De graves questions ont été soulevées quant à l’impartialité de
l’Agence canadienne d’inspection des aliments, qui se fie beaucoup aux tests effectués
par les fabricants des aliments modifiés génétiquement, et qui soutient leur affirmations à
l’effet que ces aliments peuvent être consommés en toute confiance. En 1997, une
conférence populaire publique à Calgary s’est fait l’écho de certaines de ces inquiétudes
et recommandé qu’un « code de déontologie reflétant les valeurs canadiennes soit mis au
point par le Comité consultatif sur la stratégie canadienne en matière de biotechnologie
avec participation de toutes les parties intéressées pour réglementer la biotechnologie
alimentaire
15
. »


Les femmes sont la cible de la publicité
Les femmes ont tendance à être celles qui achètent et préparent les repas familiaux. Les
Canadiennes doivent être sensibilisées au fait qu’elles sont la cible pr incipale de la
publicité entourant les aliments génétiquement modifiés. Les fabricants ainsi que certains
secteurs du gouvernement ont déterminé que ce sont elles qu’ils doivent convaincre de la
sécurité de cette nouvelle technologie.


13
Désireux de sensibiliser la population canadienne aux enjeux de l’agriculture internationale, le Basmati
Action Group (BAG) de Colombie -Britannique cherche à faire connaître un exemple flagrant de
« biopiratage » en Inde et au Pakistan. On cultive le riz basmati dans certaines régions d’Inde et du Pakistan
depuis des siècles. En 1997, une entreprise américaine nommée Rice Tec a réussi à obtenir un brevet pour
certaines souches de riz basmati dans l’hémisphère o ccidental. Les fermiers indiens et pakistanais se voient
maintenant obligés d’acheter des semences de Rice Tec s’ils veulent continuer à cultiver leur riz. Le BAG a
lancé une campagne internationale pour boycotter l’achat des produits de Rice Tec Corporation. Pour plus
de renseignements, consultez le site Internet www.eciad.bc.ca/~lolin/basmati/.
14
Voir le site Internet de RAFI, www.rafi.org.
15
Pour plus d’information sur cette conférence populaire, consultez www.acs.ucalgary/~pubconf/html/.
© 2001 Anne Rochon Ford


11


Par exemple, au début de 2000, un dépliant intitulé Des aliments sains… chez vous! a été
distribué aux ménages canadiens à un coût de centaines de milliers de dollars pour les
contribuables. En octobre 2000, le magazine féminin populaire, Coup de pouce, ainsi que
son pendant anglophone, Canadian Living, ont diffusé un supplément entièrement
consacré aux aliments génétiquement modifiés. Le livret et le supplément ont été produits
par l’Agence canadienne d’inspection des aliments, un organisme qui se fie beaucoup aux
tests effectués par les fabricants d’aliments génétiquement modifiés. Ces deux
publications maintiennent qu’on peut consommer ces aliments en toute sécurité. Des
groupes opposés aux aliments génétiquement modifiés, comme Greenpeace et le Conseil
des Canadiens, se sont inquiétés que leurs commentaires, qui figuraient dans la première
version du supplément, ne figuraient pas dans la version imprimée.

De fait, comme il n’y a pas eu d’études sur les conséquences à long terme des aliments
génétiquement modifiés sur la santé humaine, nous ne savons pas si nous pouvons
manger ces aliments en toute sécurité. Lorsque les essais de nouveaux produits sont
faits surtout par l’industrie même qui bénéficie de leur promotion, il faut se demander si
la santé et la sécurité de la population canadienne reçoivent toute la considération
qu’elles méritent. Il faut également se demander pourquoi cette agence produit de tels
documents, puisque son mandat est de protéger notre santé. Au lieu de recevoir un petit
Coup de pouce rassurant portant le sceau d’approbation de l’Agence canadienne
d’inspection des aliments, les Canadiennes et les Canadiens ont besoin d’études sérieuses
au sujet des effets sur la santé de ces nouveaux produits. Il est aussi très important de
mettre en place des processus d’inspection des aliments et de protection de la santé qui
soient complètement indépendants du secteur de la biotechnologie.

Comme on peut le constater, il s’agit de questions complexes qui suscitent des opinions
fortes chez toutes les parties intéressées. Il arrive parfois que les intérêts économiques des
fermiers opposent ces derniers aux écologistes qui militent contre l’introduction des
O.G.M. dans l’agriculture. Certaines personnes réclament un étiquetage précis et détaillé
de tous les aliments afin que nous puissions choisir des aliments génétiquement modifiés
ou non (il n’y a pas actuellement d’exigence à cet égard au Canada). Mais l’étiquetage ne
s’attaque pas aux enjeux fondamentaux de l’introduction d’O.G.M. dans les aliments. De
nombreux consommateurs, producteurs et scientifiques réclament une vaste évaluation
sociale des conséquences des aliments génétiquement modifiés. Ils veulent s’assurer que
les études scientifiques ne seront pas influencées par les industries qui pourraient profiter
de leurs résultats. D’autres exigent que l’étalon servant à l’approbation des aliments
génétiquement modifiés soit l’« équivalence en substance », c’est-à-dire, qu’il faut
démontrer que la culture ou le produit génétiquement modifié que l’on désire introduire
est aussi sécuritaire que son équivalent qui n’a pas été modifié.

Bien que les écologistes, les militants de la santé et une foule d’autres parties intéressées
tentent de freiner la prolifération d’organismes génétiquement modifiés, il est clair qu’un
raz de marée est en train de se déferler à une vitesse qui exigera des mesures systémiques
beaucoup plus vigoureuses si nous voulons l’arrêter. Pour maintenir la pression en faveur
12

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

de la conservation de la santé et de la sécurité publique en tant que norme à satisfaire, il
faut continuer à faire du lobbying auprès de tous les paliers gouvernementaux concernés.


POINT DE MIRE
Hormone de croissance bovine
L’hormone de croissance bovine – le BGH – (connu également sous le nom de
somatotropine bovine ou BST) est une hormone qui augmente la production de lait chez
la vache. Les gens qui préconisent son utilisation prétendent que les vaches dans
lesquelles on a injecté la version synthétique de cette hormone (appelée BGH
recombinante ou rBGH) produisent de 10 à 25 % plus de lait.

Le recours à cette hormone suscite de nombreuses controverses dans tous les pays où
on l’utilise. Ses défenseurs avancent qu’en obtenant plus de lait de moins de vaches, on
réduit les prix à la consommation puisque les fermiers ont besoin de moins d’aliments
pour leurs animaux et moins de pâturages. Les fabricants de rBGH, notamment la
société Monsanto, maintiennent que le lait et la viande de vache ayant reçu cette
hormone ne présentent aucun risque pour les êtres humains. Les opposants, toutefois,
signalent l’existence d’un nombre croissant d’effets néfastes chez les êtres humains
ainsi que chez les vaches. Par exemple, la mammite (l’inflammation du pis) est plus
répandue chez les vaches ayant reçu le rBGH. On administre des antibiotiques pour
traiter la mammite, et les résidus de ces antibiotiques peuvent se retrouver chez les
gens qui mangent la viande et boivent le lait de ces vaches. (Quand on pense à la
quantité de lait consommée par les enfants et à la promotion qu’on en fait auprès des
femmes, peu importe leur âge, pour empêcher l’ostéoporose…) Cette exposition aux
antibiotiques peut mener à une résistance aux antibiotiques chez les personnes qui
consomment du lait.

L’utilisation du rBGH a été autorisée aux Etats-Unis. L’étiquetage est volontaire dans
certains états et obligatoires dans d’autres. Son utilisation n’a pas été autorisée au
Canada. La décision de l’interdire en 1998 est venue à la suite d’une action médiatique
entreprise par six scientifiques chevronnés de Santé Canada. Lorsqu’ils ont constaté
que le processus d’approbation de la demande de Monsanto comportait des
irrégularités, ces scientifiques ont dénoncé la situation, accusant des fonctionnaires haut
placés de Santé Canada d’avoir fait preuve d’un « favoritisme inhabituel » pour
Monsanto. Leurs supérieurs ont réagi en réduisant les scientifiques au silence par voie
juridique. Toutefois, après que le Comité du Sénat pour l’agriculture se soit penché sur
la question, Santé Canada a choisi d’interdire le rBGH.

Pour plus d’information sur la réglementation fédérale du rBGH, veuillez consulter
http://www.hc-sc.gc.ca/food-aliment/francais/veterinaire/somatotrophine_bovine_recombin.html.
.

© 2001 Anne Rochon Ford


13

Le génome humain et la recherche génétique

« Le problème de la recherche génétique est indissociable de sa
beauté. Sa simplicité intellectuelle, sa capacité de trouver une
solution satisfaisante, sous forme d’explications moléculaires
logiques, à des énigmes médicales jusqu’alors insolubles, crée
l’illusion qu’elle nous fournira des réponses faciles aux grands
problèmes humains… Nous ne sommes pas qui nous sommes à
cause du contenu de nos gènes, mais à cause de tout ce qui est
survenu depuis notre naissance et de la façon dont nous utilisons
notre capital génétique sur une base quotidienne
16
. »

Les gènes sont des segments d’ADN (acide désoxyribonucléique) qui spécifient un ou
plusieurs produits fonctionnels, comme des protéines. Les gènes sont un moyen
important servant à transmettre les ressemblances et les différences des traits biologiques
des parents aux enfants.

Le projet du génome humain, un projet scientifique international commencé en octobre
1990, a catapulté les enjeux entourant les tests génétiques dans le vocabulaire quotidien.
Un des principaux objectifs du projet était d’établir la carte des 50 000 à 100 000 gènes
humains, afin de déterminer leur emplacement sur les chromosomes et de permettre des
études biologiques futures. En juin 2000, on a annoncé le séquençage d’environ 90 % des
trois milliards de bases d’ADN chez l’être humain. Bien que cette annonce ait été décrite
comme une des plus importantes découvertes scientifiques de tous les temps, elle n’est
qu’une première étape très préliminaire dans la compréhension du génome humain. La
prochaine phase du projet sur le génome humain cherchera à produire une « carte
génétique fonctionnelle » décrivant le fonctionnement des gènes, ce qui nécessitera
plusieurs décennies de recherche.

La philosophe et éthicienne canadienne Susan Sherwin lance un appel à la prudence dans
notre façon d’accepter le projet du génome humain.

« On prévoit que le projet du génome humain générera la capacité
d’entreprendre une variété de pratiques problématiques qui risquent
également d’avoir un effet marqué sur les valeurs canadiennes. Les
chercheurs… sont à la recherche de la base génétique supposée de divers
comportements comme l’homosexualité, la timidité et les tendances à la
criminalité. Avant de soutenir la mise au point de tests génétiques
additionnels, nous devons trouver des réponses à plusieurs questions
difficiles : qui veut connaître cette information et pour quelle raison ?
Quelle utilisation fera-t-on de ce type de savoir génétique ? Quels types de
conditions seraient considérées comme étant des raisons acceptables
d’interrompre la vie d’un fœtus, d’être inadmissible à certains types


16
Lois Wingerson, Unnatural Selection: The Promise and the Power of Human Gene Research, New York,
Bantam, 1998.
14

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

d’emploi ou de se voir refuser une assurance santé ou vie à prix
abordable
17
? »

Devant l’importance croissante du diagnostic des maladies et des désordres
génétiques, il est facile de se laisser leurrer par l’immense potentiel d’amélioration
de la santé grâce aux tests génétiques. Certes, il est possible qu’ils aient ce
potentiel pour certaines personnes ayant accès à ces tests. Ainsi, le dépistage
génétique des porteurs d’un gène associé à la maladie Tay-Sachs, une condition
congénitale souvent mortelle survenant principalement chez les juifs ashkenazi et
certaines populations canadiennes françaises, permet à ces personnes de recevoir
des conseils génétiques au sujet des risques pour leurs enfants et, lorsqu’il y a lieu
(par exemple, lorsque le partenaire porte le gène) et si elles le demandent au cours
de la grossesse, un diagnostic prénatal.

Toutefois, il faut garder à l’esprit certains faits lorsqu’on envisage le recours aux
tests génétiques, peu importe qu’il s’agisse de femmes enceintes, de nouveau-nés
ou d’adultes. Dans un premier temps, le fait que quelque chose soit associé à un
enchaînement d’ADN détectable ne signifie pas que la personne porteuse du gène
développera inévitablement cette maladie. Cette connaissance ne nous permet pas
non plus de prédire le degré de gravité de la condition si elle devait se manifester.
La nature génétique d’une maladie est complexe : certaines maladies associées à
un gène ne sont pas congénitales, survenant plutôt à la suite d’une mutation de
l’ovule ou du sperme unicellulaire entraînant le développement d’un être, tandis
que d’autres proviennent de mutations dans certaines cellules une fois ce
développement en route. De plus, même lorsqu’on détecte dans un organisme
vivant prénatal un enchaînement d’ADN associé à une sensibilité accrue à
certaines conditions invalidantes, il est possible que le problème ne surviendra que
si d’autres gènes ou procédés biologiques émettent certains produits. C’est le cas
du cancer. Pour que de nombreux cancers se développent, une cellule doit subir
plusieurs (probablement de cinq à dix) mutations génétiques distinctes. Certaines
de ces mutations peuvent être congénitales, mais d’autres surviennent à la suite
d’une exposition à des substances mutagènes dans l’environnement. Nous ne
connaissons pas pleinement le jeu de chaque facteur ni leur interaction.

On fait actuellement la promotion des tests génétiques comme un choix auquel
toutes les femmes ont droit. Les gens qui effectuent ces tests semblent être d’avis
que le fait de permettre aux femmes de donner ce qu’ils appellent un
« consentement éclairé », peu importe qu’il s’agisse d’une étude ou d’une
situation clinique, les libère de toute responsabilité additionnelle. Toutefois, une
femme peut-elle accorder un plein consentement éclairé si elle n’a pas
l’information lui permettant de consentir ? De nombreux tests recherchent des
variations dans l’ADN associées à des conditions pour lesquelles il n’y a pas de
traitement connu ou efficace. D’autres, en identifiant la femme comme étant plus

17
Présentation de Susan Sherwin, « Biotechnology and Health: The Place of Ethics in a National Strategy »
à « Les nouvelles technologies et les soins de santé », Congrès des sciences sociales et humaines, 30 mai
1998, Ottawa.
© 2001 Anne Rochon Ford


15

à risque que la moyenne de développer un désordre quelconque, peuvent mener à
une discrimination à son égard. Dans ces situations, il n’est pas toujours utile de
savoir qu’une condition est possible.

Le mouvement des femmes maintient depuis de nombreuses années que nos
options (notamment en ce qui concerne la reproduction) ont été limitées et qu’il
nous faut plus de choix. On peut alors avoir de la difficulté à rejeter la possibilité,
le « choix », de subir un test. Toutefois, la santé ne se résume pas à un simple
choix de consommation. Il ne faut pas fonder ces débats sur le principe du
« choix ». Pour qu’un choix soit éclairé, il faut savoir qui offre le test et avoir une
pleine compréhension du but de l’option et de la capacité de la femme d’agir. Si
l’information ne provient que des personnes qui ont tout à gagner de l’utilisation
des nouvelles technologies (bénéfices financiers, succès universitaires, réduction
des coûts des soins de santé, etc.), il est évident qu’on ne tient pas compte des
intérêts de toutes les parties concernées. Comme le fait remarquer Abby Lippman,

« ce qui semble être un choix personnel (par exemple, avoir un test
prénatal, prendre du tamoxifène) n’est peut-être qu’un succédané pour
l’incapacité de la société de me fournir ce dont j’ai réellement besoin (les
ressources financières et sociales et le soutien) qui me permettrait d’être
la mère d’un enfant atteint du syndrome de Down et une garantie que
l’eau que je bois n’est pas polluée par des produits chimiques nocifs
18
. »


POINT DE MIRE
Le dépistage génétique du cancer du sein
Toutes les femmes sont porteuses d’une forme du gène BRCA1 et BRCA2.
Lorsque ce gène est dans sa forme la plus courante, on croit qu’il empêche la
division des cellules et que la croissance des cellules peut se transformer en
cancer lorsque le gène a subi une mutation. Certaines mutations génétiques
dans les gènes BRCA1, BRCA2 ou autres, dont certaines sont congénitales,
peuvent augmenter la possibilité qu’une personne développe un cancer du sein.

Lorsque le soi-disant « gène du cancer du sein » a été identifié en 1994, la
découverte fut perçue comme un progrès très important pour les femmes.
Toutefois, les groupes de défense des intérêts et les organisations du cancer du
sein n’ont pas tardé à signaler que seulement 5 à 10 % des femmes atteintes du
cancer du sein étaient porteuses du gène muté BRCA1 ou BRCA2, et que chez
celles qui l’ont, il faut un ou plusieurs déclencheurs environnementaux pour que
la maladie se développe. Comme moins de 1 % des femmes en général sont
porteuses de cette mutation, le nombre réel de femmes pouvant être de bonnes
candidates pour ces tests est assez faible. Néanmoins, on peut comprendre que
beaucoup de femmes de familles où la maladie a frappé souvent (par ex., ayant
deux membres immédiats ou plus de leur famille – mère, sœurs, filles) aient
envie de subir ce test.


18
Abby Lippman, notes pour l’atelier « La Stratégie canadienne en matière de biotechnologie : évaluer ses
effets sur les femmes et la santé », février 2000, Toronto.
16

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes


Les organisations qui font la défense des femmes atteintes du cancer du sein
(comme le Réseau canadien du cancer du sein et Action cancer du sein de
Montréal) se sont mobilisées pour tenter d’influencer les politiques au sujet de ce
test controversé. Elles ont aidé à sensibiliser la population générale au sujet des
limites de ce test, indiquant que les interventions pour prédire, dépister et traiter
le cancer du sein ne sont que des pis-aller à la prévention de la maladie.

Ces militantes soulignent que les femmes qui découvrent grâce à un test de
dépistage qu’elles portent un gène muté doivent être conscientes des éléments
suivants : 1) un résultat « positif » ne signifie pas qu’elles développeront
obligatoirement un cancer du sein, un résultat « négatif » n’étant pas non plus
une garantie qu’elle n’auront pas de cancer; cela signifie tout simplement qu’elles
ont ou non un facteur parmi plusieurs pouvant accroître leurs chances d’avoir un
cancer; 2) un résultat positif mène à un nombre limité d’options – à l’heure
actuelle, ce sont une double mastectomie et des traitements expérimentaux non
démontrés comme les médicaments tamoxifène et raloxifène
19
; 3) un résultat
positif peut être source de discrimination de la part d’employeurs et d’assureurs
éventuels. Les organisations de défense des femmes atteintes du cancer du sein
ont lancé une campagne pour aider à lutter contre cette discrimination.



Le dépistage génétique et les personnes handicapées
Les groupes qui défendent les gens handicapés avancent que le dépistage génétique
constitue une forme de discrimination contre les personnes handicapées. Ils font
remarquer que nous sommes bien loin d’une acceptation générale des handicaps comme
une expression de la variété humaine et que l’importance que l’on accorde au dépistage
génétique ne fera que faire reculer cette reconnaissance. Catherine Frazee, militante
canadienne pour les droits des personnes handicapées et présidente de la Commission
ontarienne des droits de la personne de 1989 à 1992, a fait cette observation suite à une
étude de toute la documentation se rapportant à la Stratégie canadienne en matière de
biotechnologie :

« …[le mot] handicap n’apparaît nulle part dans les documents qui mettent en
valeur les caractéristiques, les avantages, les principes directeurs, les buts,
l’élaboration et les progrès de la stratégie… On y fait allusion… On le sous-
entend sûrement… mais jamais l’adversaire flou ne se manifeste
20
. »

Les défenseurs des personnes handicapées craignent également que les gens qui refusent
le dépistage seront victimes de discrimination. Selon Ruth Hubbard, scientifique de
l’Université Harvard, le dépistage génétique perpétue la notion qu’il est bénéfique pour la


19
Pour plus d’information sur les inquiétudes associées au tamoxifène et au raloxifène, voir « Preventing
Disease: Public Health versus Chemoprevention », un document d’information préparé par Sharon Batt
pour le Groupe de travail sur les enjeux pour les femmes de la loi fédérale sur la santé qui doit être ajouté
au site Internet de ce groupe à la fin 2000 (allez à http://www.web.net/~desact/francais/francais.html
).
20
Catherine Frazee, « A Rough Reflective Sketch » lors de l’atelier « La Stratégie canadienne en matière
de biotechnologie : évaluer ses effets sur les femmes et la santé », février 2000, Toronto.
© 2001 Anne Rochon Ford


17

société que certaines personnes aient des enfants et non d’autres, et qu’on n’ait que
certains types d’enfants. Lorsque le projet du génome humain a fait part de ses
découvertes en 2000, la Société canadienne du syndrome de Down a pris position en
faveur de « protocoles pour la réglementation et la recherche sur le dépistage génétique et
la thérapie génique qui protégeront la dignité, la valeur et les droits à l’égalité de toutes
les personnes, peu importe leur handicap ou leur invalidité ». Comme le projet sur le
génome humain en général et le dépistage génétique en particulier retiennent davantage
l’attention du public, il faut s’attendre à ce que les groupes de défense des personnes
handicapées s’expriment de plus en plus sur ce que cela signifie pour eux.

Le dépistage génétique risque de nous faire croire qu’on peut empêcher ou guérir une
vaste gamme de problèmes humains dès que la science aura découvert comment identifier
et manipuler nos gè nes. En compagnie de beaucoup d’autres, Ruth Hubbard soutient que
cette façon de penser accorde beaucoup trop d’importance à l’hérédité et nous empêche
de nous attaquer aux problèmes de santé cruciaux causés par l’environnement, ainsi que
par des facteurs sociaux, politiques et économiques.


Les produits génétiquement modifiés et les modifications
génétiques
Trouver des façons de produire des médicaments à l’aide de la technologie génétique et
de modifier les gènes des micro-organismes, des plantes, des animaux et éventuellement
des humains est un domaine important en pleine croissance pour le secteur de la
biotechnologie et l’industrie pharmaceutique au Canada. Ces produits et les technologies
de génie génétique sont présentés comme ayant la possibilité de fournir des options
thérapeutiques pour les gens aux prises avec des maladies congénitales, ainsi que pour
ceux atteints de maladies pouvant comporter des processus génétiques non congénitaux
(par ex., les cancers). Les cahiers d’affaires des grands jour naux canadiens font
régulièrement état de « développements spectaculaires » dans ce secteur accompagnés
d’une « montée » des actions des grandes sociétés canadiennes de génomique. Or, notre
niveau de santé augmente-t-il aussi rapidement que le cours de ces actions ?

Parmi les produits ou approches « thérapeutiques » à base génétique que l’on met de
l’avant, trois méritent une attention particulière.

1. Les médicaments personnalisés
La croissance la plus rapide dans le secteur des thérapies génétiques est ce qu’on appelle
les « médicaments personnalisés ». Les hormones, les médicaments, les vaccins et les
anticorps produits à partir de gènes humains isolés sont à la base de plusieurs thérapies
fort expérimentales et coûteuses. La prolifération de ces médicaments personnalisés
soulève des questions au sujet de l’affectation des fonds pour les soins de santé au
Canada. Par exemple, la recherche génétique a mené à la création et au brevetage d’un
médicament à base d’anticorps appelé Herceptin (son nom générique est le trastuzumab).
Au Canada, ce médicament est proposé aux femmes atteintes d’un cancer du sein avancé
ayant des mutations dans le gène connu sous le nom de Her-2. La présence de produits
protéiniques provenant de ce gène est indicatrice d’un cancer du sein très agressif qui
18

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

aura tendance à se reproduire, puisque cette protéine stimule la croissance et la division
des cellules cancérigènes. Le Herceptin est un médicament personnalisé qui a été mis au
point pour reconnaître cette protéine et bloquer son activité. C’est un médicament très
coûteux, les traitements pour une seule femme coûtant plus de 2 500 $ par mois. Certains
régimes provinciaux d’assurance santé ont déjà accepté de rembourser ces coûts, bien
qu’il ait été démontré que le Herceptin ne fait que prolonger la vie de certaines femmes
que d’environ cinq mois. On s’inquiète également de plus en plus des effets toxiques de
ce médicament sur le tissu cardiaque. Par conséquent, bien que le Herceptin ait certains
effets positifs limités, il faut se demander si on oublie ses nombreux effets néfastes –
ainsi que son coût phénoménal pour le système de santé – en partie à cause des brevets et
des bénéfices que peut en retirer le secteur de la biotechnologie.

2. Le transfert génique
Bien que le transfert génique ait beaucoup retenu l’attention des médias, il s’agit d’une
technique très expérimentale. De plus, c’est le domaine de recherche que le secteur de la
biotechnologie désire le plus développer puisque son potentiel de croissance est énorme.
Les transferts géniques se fondent sur l’espoir qu’on peut modifier les processus
cellulaires en ajoutant des gènes directement dans un organe malade ou qui ne fonctionne
plus. Une fois introduits, ces gènes peuvent servir à remplacer ce qui est absent ou à
modifier les processus cellulaires nocifs. L’objectif est de traiter ou d’éliminer la forme
de la maladie présente dans la personne recevant le traitement. Il y a peu de preuves
jusqu’à présent du succès de cette approche en dépit de toute l’attention qu’on lui
accorde. De fait, certaines personnes sont décédées suite à des tentatives de transfert
génique. Beaucoup de questions ont été soulevées quant à la façon que l’on a obtenu le
consentement éclairé pour ces procédures expérimentales. De plus, on peut adapter les
techniques pouvant servir à traiter une maladie afin qu’elles « améliorent » le
fonctionnement de processus biologiques spécifiques, ce qui soulève une gamme d’autres
inquiétudes au sujet de ce type d’intervention.

3. Modification ou intervention germinale
Contrairement aux expériences sur les transferts génétiques comportant le transfert de
matériel génétique dans des cellules matures du corps, les interventions germinales
entraînent le transfert de matériel génétique dans les gamètes ou le tissu embryonnaire.
Fait important à signaler, ces modifications peuvent ainsi être transmises aux générations
futures, contrairement aux interventions dont il a été question précédemment qui
n’agissent qu’au niveau somatique de la cellule (autrement dit, les modifications
génétiques ne se produisent que dans l’individu en question et non dans sa descendance).
Dans une intervention germinale, tout ADN introduit devient une partie du noyau de
toutes les cellules de l’organisme en développement, y compris ses organes de
reproduction et éventuellement ses gamètes. Ceci constitue une « ingénierie » délibérée
du génome humain, qui ouvre la porte à des interventions cherchant à obtenir des
améliorations (de la taille ou des comportements), et non à prévenir ou à éliminer des
maladies comme prétend le faire le transfert génétique somatique. On constate
actuellement de nombreux cas de ce type d’expérimentation sur des animaux. Bien que la
modification germinale puisse sembler être de la science fiction, plusieurs scientifiques
réputés ont fait la promotion de son éventuelle mise en œuvre. De nombreux
© 2001 Anne Rochon Ford


19

gouvernements autour du monde l’ont déjà interdite, mais elle demeure une possibilité
aux États-Unis où il n’y a aucune réglementation des manipulations entourant la
reproduct ion dans le secteur privé. Plusieurs organisations américaines et anglaises se
sont élevées pour opposer le développement de cette technologie et de technologies
apparentées qui ont des objectifs eugéniques
21
.


Conclusion
Les femmes et les organisations de femmes ont été à l’avant-plan de nombreuses
campagnes pour accroître la sensibilisation aux torts réels et possibles à notre santé. C’est
pourquoi nous devons faire preuve d’une vigilance accrue devant la prolifération de la
biotechnologie et du génie génétique. Plus particulièrement, nous devons surveiller les
développements proposés dans la Stratégie canadienne en matière de biotechnologie ainsi
que l’engagement du Canada en faveur de l’adoption d’un plan « conçu pour répondre au
modèle du marché et non aux exigences de la santé »
22
.

Un nombre croissant d’universitaires, de défenseurs du système de santé et
d’organisations écologistes estiment qu’on a attribué une importance injustifiée à la
génétique dans notre système de santé. Ils sont consternés de voir à quel point le génie
génétique et la biotechnologie sont vendus comme des moyens d’améliorer la santé de la
population canadienne. Devant les nouveaux engagements (financiers et autres) pris par
les milieux législatifs et biomédicaux canadiens en faveur du génie génétique, il faut se
demander ce que l’on ne fait pas à cause de ce virage. Ainsi, est -ce qu’on introduit de
nouvelles technologies, comme le dépistage de certaines informations génétiques, aux
dépens de programmes efficaces et peu coûteux comme des mesures élémentaires de
santé publique à l’intention des femmes enceintes ? Est-ce qu’on lance des médicaments
personnalisés pour ne pas avoir à nettoyer notre environnement ?

Au cours des vingt -cinq dernières années, Santé Canada a pris un engagement marqué en
faveur de la promotion de la santé et de la prévention des maladies, ayant reconnu qu’une
foule de facteurs – sociaux, économiques, environnementaux, culturels et biologiques –
influencent directement notre santé. De fait, le Canada jouit d’antécédents progressistes
remarquables au niveau international en ce qui a trait à la compréhension et au respect du
rôle actif joué par les citoyens dans la prise de décision sur des questions d’une telle
importance. En consacrant tellement de temps, d’énergie et d’argent au génie génétique et
à la biotechnologie sans que l’on soit davantage responsable auprès des populations
touchées par ces changements, le Canada va à l’encontre de ses obligations
fondamentales.


21
Voir notamment le site Internet du Council for Responsible Genetics, www.gene-watch.org.
22
Présentation de Susan Sherwin, « Biotechnology and Health: The Place of Ethics in a National Strategy »
à « Les nouvelles technologies et les soins de santé », Congrès des sciences sociales et humaines, 30 mai
1998, Ottawa.
20

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

Glossaire

ADN : Acide désoxyribonucléique, une molécule en double hélice spécifiant les
séquences linéaires des molécules d’ARN et de protéines.

biodiversité : « Variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre
autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les
complexes écologiques dont ils font partie; cela comprend la diversité au sein des espèces
et entre les espèces ainsi que celle des écosystèmes. » (extrait de la Convention sur la
diversité biologique des Nations unies)

biopiratage : Vol de ressources biologiques et du savoir traditionnel des peuples
indigènes des pays en développement.

biotechnologie : Utilisation d’organismes vivants ou de leurs parties pour la production
de biens et de services. (Loi canadienne sur la protection de l’environnement) De nos
jours, la biotechnologie désigne surtout les technologies du génie génétique.

cellule : Plus petite unité structurelle d’un organisme vivant dont le noyau contient du
matériel génétique.

chromosome : Structure contenant les gènes dans une cellule.

clonage :
Production de copies identiques de gènes, de molécules, de cellules ou
d’organismes complets, par l’utilisation d’une technologie de l’ADN.

eugénisme : Tentative d’améliorer les qualités héréditaires d’une population
d’organismes par une reproduction sélective ou une manipulation génétique.

gamète : Cellule reproductive, soit un ovule (d’une femme) ou un sperme (d’un homme).

gène : Segment d’ADN spécifiant la séquence linéaire d’une protéine. Les gènes de
chaque parent sont transmis à leur descendance.

génome : Ensemble complet de matériel génétique (dans les chromosomes et les
mitochondries) d’un organisme.

lignée cellulaire : Cellules ayant été altérées afin qu’elles puissent se reproduire, parfois
indéfiniment, à l’extérieur d’un organisme vivant dans des conditions de laboratoire.

modification génétique : Processus comportant l’insertion d’une molécule d’ADN dans
les cellules d’un organisme d’une autre espèce où elle pourra se reproduire. La
modification somatique touche uniquement les cellules corporelles d’un individu.
Comme la modification germinale touche également exclusivement les cellules
reproductrices, elle peut être transmise aux générations futures.

© 2001 Anne Rochon Ford


21

mitochondries : Structures cellulaires particulières produisant de l’énergie pour les
cellules et contenant l’ADN hérité uniquement dans la ligne maternelle.

mutation : Toute modification d’une séquence d’ADN produisant une nouvelle fonction
souvent nocive.

organisme transgénique : Nouvel organisme produit par l’insertion de gènes d’une
espèce dans une autre espèce par l’entremise d’interventions génétiques.

protéine : Molécule composée d’une ou de plusieurs chaînes d’acides aminés dans une
ordre spécifique, selon son encodage génétique. Les hormones, les enzymes et les
anticorps sont des protéines.

recombinaison : Production artificielle de nouveau matériel génétique en joignant (par
épissage) des segments d’ADN de divers chromosomes et/ organismes.

technologie « Terminator » : « Biotechnologie utilisée pour exercer le contrôle et des
droits de propriété sur la diversité biologique en produisant des plantes à semences
stériles. » (RAFI)

transgénèse : Transfert de gènes d’un organisme vers un organisme d’une autre espèce
avec lequel il ne se reproduit pas normalement.

transfert génétique (somatique) : Intervention génétique servant à remplacer un gène
défectueux ou qui ne fonctionne pas ou à ajouter un gène à un individu dans le but
d’empêcher ou de guérir une maladie congénitale.

xénotransplantation : Transplantation de tissus, de cellules ou d’organes animaux dans
des êtres humains, souvent à partir de cochons génétiquement modifiés et de primates
non humains.
22

Les conséquences de la bio
technologie et du génie génétique sur la santé des femmes

Ressources Internet

Alliance of Genetic Support Groups
http://www.geneticalliance.org/


Biotechnology Information Centre
(un service du ministère de l’Agriculture des États-Unis)
http://www.nal.usda.gov/bic


Canadian Alert on Genetic Engineering
http://www.sustainability.com/cage/


Council for Responsible Genetics
http://www.gene-watch.org


Genetics and Ethics
http://www.ethics.ubc.ca/brynw/


Human Genome Project Information
http://www.ornl.gov/hgmis/medicine/medicine.html


International Centre for Technology Assessment
http://www.icta.org/


National Human Genome Research Institute
http://www.nhgri.nih.gov


Office of Biotechnology Activities (dans les National Institutes of Health)
http://www4.od.nih.gov/oba


Rural Advancement Foundation International
http://www.rafi.org


The Western Canadian Citizen Conference on Food Biotechnology
http://www.acs.ucalgary.ca/~pubconf/Citizen/citizen.html


Union of Concerned Scientists
http://www.ucsusa.org


Women and Genetics in Contemporary Society
http://www-unix.oit.umass.edu/~fholmes/